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Qu’est-ce que le "bien vivre" ?
Épisode 18 :

Qu’est-ce que le "bien vivre" ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Vivre en paix, heureux, serein... l'idée est là : bien vivre. Davantage qu'un concept, "bien vivre" se rattache aujourd'hui au développement personnel. Mais "bien" vivre, qu'est-ce que cela signifie ? Vivre de manière droite, comme chez Spinoza ou chez Descartes ? Est-ce la vie bonne d'Aristote ?

Qu’est-ce que le "bien vivre" ?
Qu’est-ce que le "bien vivre" ? Crédits : CSA-Printstock - Getty

Aujourd’hui, je m’attaque à quelque chose de large, plus large qu’un concept, qu’un mantra ou qu’un conseil... certains, attachés au pan développement personnel de la philosophie, en font même sa finalité première : le bien vivre. J’ai souvent lu ou entendu, et de temps en temps, utilisé cette idée de « bien vivre ». Et pourtant, ai-je vraiment compris ce qu’elle voulait dire ? 

Bien vivre selon Aristote ou Spinoza ? 

Vivre en paix, vivre heureux, vivre serein... peu importe la formulation, l’idée est bien là : il s’agit de bien vivre. Et vous l’avez forcément croisée ou même utilisée. J’ai le souvenir d’y avoir eu recours il y a quelques années sur Facebook pour promouvoir une émission sur Spinoza diffusée sur cette même radio, une personne avait alors laissé un commentaire moquant et pointant cette instrumentalisation du grand philosophe façon coaching.
J’avais été très vexée. Moi, tombant dans cette dérive du développement personnel ?... Puis, j’avais riposté (intérieurement) : et après tout, pourquoi pas ? Pourquoi Spinoza n’aiderait-il pas à bien vivre ? Pourquoi faudrait-il sacraliser l’auteur de l’Ethique, ou inversement snober le développement personnel...
Bref, j’ai ainsi réglé mon problème d’ego, et celui de Spinoza, mais pas le problème de fond, le véritable enjeu : qu’est-ce que ça veut dire « bien vivre ? ». 

Je ne m’étais jamais posé la question, car ça semble évident : bien vivre… c’est bien vivre. Mais qu’est-ce que le « bien » ici ? Est-ce le fait de vivre de manière droite, comme chez Spinoza ou Descartes, une forme de rectitude ? Mais alors en vertu de quelles règles ? Ou est-ce un clin d’œil, inconscient à « la vie bonne » d’Aristote, celle où on accomplit parfaitement ce pourquoi on est fait, mais là aussi, encore faut-il savoir pourquoi l’on est fait… 

Un terme vague mais qui touche juste

Bien vivre est tellement large, tellement vague, qu’en faisant des recherches, vous ne trouverez jamais des conseils comme ça, en l’air, pour bien vivre, mais toujours des préconisations plus précises : bien vivre le changement, comme on l’a entendu, bien vivre son célibat, bien vivre dans un petit espace, sa ménopause ou avec Spinoza, et parfois le tout en même temps.
On passe ainsi, et sans transition, d’injonctions éthiques très abstraites à des outils de bricolage très concrets… Mais la question reste entière : qu’est-ce que bien vivre ? 

Le bien est-il celui de la morale, de la norme, du bonheur ? Est-il universel, singulier ? Sans parler de « vivre », qu’est-ce que ça signifie ? Manger ? Dormir ? Aimer ? Penser ? Vivre avec les autres, vivre au jour le jour ?

Et est-ce que « bien vivre » a quelque chose à voir avec « le bien-vivre », ce poncif politique ? Suivre les règles de la vie en société pourrait-il me faire bien vivre ? A chaque tentative d’approche de cette idée de bien vivre, j’ai l’impression qu’elle m’échappe. Elle est tantôt trop floue, trop vaste, tantôt trop précise… Et pourtant, soyons honnête, elle a quelque chose qui touche juste. C’est paradoxal mais ce flottement, cette facilité, qu’on pourrait condamner, moquer, critiquer, a en fait quelque chose de vrai, de juste. Mais alors quoi ? 

Bien vivre comme on porte un vêtement 

Certains diront que cette idée plaît car ce n’est que du vent, qu’un slogan, parce que chacun y entend ce qu’il veut, ou parce qu’il s’y cache l’idée de réussir sa vie, d’avoir une « belle vie ». Mais c’est trop facile. Car, malgré ses flottements, il y a, je crois, une spécificité dans cette idée de « bien vivre », qui nous parle, qui sonne bien… « Bien »…, encore ce « bien » qu’on ne sait pas définir ou qui nous impressionne. 

On a tendance à voir le bien comme le Bien, avec une majuscule, cet empire moral et bien-pensant… mais il y a pourtant dans ce bien quelque chose de beaucoup plus immédiat que la morale, c’est cette évocation du doux, du confortable. Bien vivre, c’est comme porter un vêtement qui tombe bien, bien ajusté. Voilà pourquoi je pourrais encore dire qu’on peut bien vivre avec tel ou tel philosophe, pas parce qu’ils sont des cautions, pas pour eux, mais parce que l’idée même de bien vivre est la promesse de me sentir à l’aise.  

Sons diffusés :

  • Archive de Frédéric Lenoir, France Culture, La Grande table, 22/12/2017
  • Vidéo de Nathalie Martin, Comment bien vivre un changement
  • Chanson de Nana Mouskouri, C’est bon la vie
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