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Dire non à la positive attitude
Épisode 4 :

Dire non à la positive attitude

5 min
À retrouver dans l'émission

Après être zen, prendre le temps ou carpe diem, je m’attaque aujourd’hui à l’idée de positiver…

Dire non à la positive attitude
Dire non à la positive attitude Crédits : George Peters - Getty

The yes against the no

Un état d’esprit positif, la parentalité positive, la discrimination positive… rien n’échappe aujourd’hui au positif !
Le dernier événement en date a été le défilé d’une centaine de mannequins atypiques, dimanche dernier, à Paris, pour célébrer le mouvement du « body positive » qui prône la diversité physique contre les normes esthétiques.
Positif est ainsi devenu un label, garant de bienveillance et d’ouverture, censé redorer nos comportements négatifs. 

Cette tendance n’est pas du tout neuve, Lorie chantait la « positive attitude » en 2004, Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre, la reprenait en 2005, et si on remonte à ses sources, comme j’ai essayé de le faire, on peut découvrir que la pensée positive, courant initié par le pasteur américain, Norman Vincent Peale, date des années 50 et a connu un bond au début de notre siècle avec les théories du développement personnel. D’où Lorie, donc, et puis Raffarin…  

Ce qui m’a frappé avec cette tendance constante à positiver, c’est que l’on ne cesse, en revanche, de nous rappeler à quel point on est malheureux. Au lendemain du défilé body positive, Le Monde livrait ainsi son analyse d’une grande enquête réalisée auprès des Français qui révélaient que ceux-là étaient « pessimistes sur l’avenir et sceptiques sur leurs dirigeants ». Pas de positif sans négatif, et inversement, ça paraît presque évident…

La boue et les pépites d’or

D’un côté, la boue, et de l’autre, les pépites d’or. D’un côté, le noir, de l’autre, la lumière. D’un côté, le négatif, de l’autre, le positif. Voilà ce qui est terriblement simple avec l’idée de positiver : cette idée qu’il suffit de renverser les choses, de les retourner, ou de leur opposer leur contraire, pour qu’elles deviennent autre chose ou meilleures, qu’elles-mêmes.
Mais comment être positif ? Ça veut dire quoi « positiver » ? 

En mettant le doigt dans la positivité, je ne pensais pas tomber dans un tel océan de dictons, de références, de disputes aussi…
J’ai bien sûr mis de côté le positivisme philosophique d’Auguste Comte qui entendait substituer des lois scientifiques à nos croyances, et j’ai découvert qu’il fallait distinguer la pensée positive, pseudo-scientifique (tous les articles insistent là-dessus), de la psychologie positive, qui elle, ne se contente pas de rendre les choses bonnes, comme par magie, mais veut renforcer les émotions positives présentes en chacun de nous. 

Positiver, c’est donc un vaste champ qui a occupé pas mal de penseurs : avec la pensée positive qui promeut le positif contre le négatif, et la psychologie positive qui part du positif pour donner du positif. C’est sûrement une grande différence, mais je dois dire qu’elle me dépasse un peu. J’ai essayé de me mettre en condition : tenté de transformer les choses négatives en choses positives ou tenté de me concentrer sur le positif pour plus de positif. Mais les deux ont eu le même effet : me ramener vers le positif, comme si c’était là où il fallait de toute façon aller. 

Le positif pour le positif

Pourquoi faut-il aller vers le positif ? Parce que c’est positif. Mais pourquoi c’est positif ?
L’étymologie de « positif » nous dit que c’est ce qui est posé, conventionnel, établi. Aller vers le positif, c’est donc aller vers ce qui est communément admis. Positiver, c’est donc établir, encore une fois, renforcer, ce qui est déjà là et forcément considéré comme bon.
Être positif revient à réfléchir le monde sous un bon angle, mais sans avoir à le changer. On est clairement dans l’empire du bien (pour reprendre l’expression de Philippe Muray) qui s’auto-produit, s’auto-proclame, s’auto-justifie lui-même, contre le négatif. Jamais d’entre-deux, jamais de nuances.
Je ne suis pas non plus pour défendre l’échec ou la douleur comme l’envers lucide de la bien-pensance du positif.
Alors, je me demande : est-il possible de ne pas être positif sans être négatif ? 

Sons diffusés :

  • Archives INA de Jean-Pierre Raffarin, 2005
  • Chanson de Lorie, La positive attitude
  • Vidéo Youtube de Cola’s hood, Comment positiver ? 5 astuces pour une vie plus heureuse !
  • Vidéo d’Hélène Filliozat sur la parentalité positive 
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