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S'aimer soi-même... ou pas
Épisode 6 :

S’aimer soi-même… ou pas

4 min
À retrouver dans l'émission

On l'entend partout : s'aimer soi-même serait la condition pour aimer les autres, aimer la vie, aimer tout court... Mais qui est ce soi dont on parle ? Et pourquoi devrait-on tant l’aimer ? N’est-ce pas déjà le cas tout le temps ? Trop, ou pas assez amoureux de soi, c'est à s'y perdre...

S'aimer soi-même... ou pas
S'aimer soi-même... ou pas Crédits : George Marks - Getty

Les injonctions pour aller mieux ne manquent pas, et elles sont d’autant plus plébiscitées quand elles sont mises à la sauce philosophique.
Aujourd’hui, j’aimerais ainsi vous parler de l’amour de soi. "S’aimer soi-même", vous avez sûrement déjà entendu ça quelque part…
S'aimer soi-même serait la condition pour aimer tout court, et on pourrait même voir l’amour de soi comme la condition sine qua none : eh oui, on ne saurait prendre son temps, positiver ou cultiver sa fragilité qu’en étant sûr de soi. Mais de quoi parle-t-on vraiment ?

Un cliché pas si évident

S’aimer soi-même… L’idée semble a priori simple, facile, évidente. Excepté l’adolescence et les textes de Rousseau sur l’amour-propre, je dois dire que je vois peu de moments où la question se pose. C’est même plutôt l’inverse que l’on entend, sans cesse mis en garde sur notre narcissisme. Trop ou pas assez amoureux de nous, c’est à devenir chèvre. 

Pourtant, à voir l’importante production sur le sujet, l’amour de soi ne semble pas aussi facile que ça…
Pour preuve : il y a quelques jours, alors en pleine discussion avec un ami célibataire et malheureux de l’être, j’entends celui-ci me dire : « qui voudrait de moi de toute façon, je suis petit, chiant et mes cheveux manquent de volume ». Et moi de lui répondre : « mais tu sais, pour être aimé, il faut d’abord s’aimer soi-même »…
D’où m’était donc venue cette idée ? À croire que l’air du temps est vraiment à l’amour de soi, puisque sans y avoir réfléchi, c’est pourtant ce qui m’est tout de suite venu à l’esprit.
Pourquoi donc cette distorsion entre le cliché du s’aimer soi-même, facile et accepté par tous, et la difficulté, pourtant, à le faire et même à le définir ? 

Quel amour ? Quel soi ?

Ce qui m’interpelle tout de suite avec cette définition, c’est que, pour moi, l’amour ne relève pas que de l’idée ou de soi. 

  • Déjà, 1ère chose : quand je tombe amoureuse de quelqu’un, je tombe, littéralement, d’amour, malgré moi. Certes, je tombe peut-être sous le coup d’une idée faussée, peut-être reconstruite, créée à partir de mes fantasmes et de ce que je crois voir de la personne adorée, mais je ne dirais pas qu’il y a quelque chose de réfléchi. 
  • Ensuite, 2ème chose : qui est donc ce soi que je devrais aimer ? Je reprends mon exemple : quand je tombe amoureuse de quelqu’un, je tombe amoureuse de quelqu’un, que j’aime, peut-être parce qu’il me renvoie une image aimable de moi… Mais cet autre est quand même bien là, ce n’est pas moi avec moi qui fait le lien, toute seule. 

À ce double titre, s’aimer soi-même me semble vraiment compliqué : je devrais non seulement me dédoubler tout en restant avec moi-même, mais en plus, je devrais tenter de créer un mouvement a priori spontané. C’est impossible. Logiquement, intellectuellement et physiquement : je ne vais pas me prendre dans les bras, je ne vais pas me persuader que je suis géniale. Il reste la masturbation… mais peut-on parler d’amour de soi ? 

Se regarder en face 

Pour dépasser l’alternative entre un amour de soi inquestionnable, donné, évident, et un amour de soi impossible, qui sous-entendrait carrément que l’on est, au mieux, incapable d’être aimé par un autre, au pire, dans la haine de soi, plusieurs tutoriels sont disponibles.
Ils consistent tous à se voir en face, avec ses défauts et ses qualités… Ce qui me pose vraiment un problème parce qu’au fond, il y a cette idée de réflexion : on a à se réfléchir soi-même, dans le double sens de se regarder et de se penser, on doit se décomposer, on doit s’analyser… On devient son propre objet d’étude, avec tout ce que ça comporte d’erreurs, d’illusions et de solipsisme. Et avec une prétention : tout dire de soi, faire la lumière sur tout, être totalement transparent.
Mais quelle horreur : je ne veux pas m’aimer moi-même, comme ça, c’est-à-dire totalement, en toute transparence, je veux rester dans le déni, dans l’inconscience, dans le rêve. Je suis déjà moi-même tout le temps, que demander de plus ?

Sons diffusés :

  • Chanson d'Arlette Téphany, Je n’aime que moi
  • Tuto Youtube de Vincent Rabasse, 10/09/17
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