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Le péril jeune

Roulez jeunesse !

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Comment les philosophes peuvent-ils s’adresser à tous ces « jeunes », créatures en crise et en devenir ?

Le péril jeune
Le péril jeune Crédits : Capture d'écran youtube

La semaine dernière est sorti, aux éditions Verdier, un excellent ouvrage de Paul Audi sur ce moment crucial de l’adolescence, intitulé Au sortir de l’enfance.

Age par excellence de la crise, là où a lieu ce passage de l’enfant à l’adulte, la métamorphose du corps et de l’esprit, ce livre est l’occasion de se pencher sur le rapport que la philosophie entretient avec la jeunesse : comment les philosophes peuvent-ils s’adresser à ces créatures en devenir ?

Pour Paul Audi, Hamlet de Shakespeare, c’est, je cite, « l’exemple-type de l’Adolescent », c’est le « tourment de l’adolescence par excellence », c’est la « récrimination infinie », c’est, comme on l’a entendu, « la perte de gaieté » et « une humeur désolée».

Alors, comment lui parler, comment le penser ? C’est bien l’enjeu : si la jeunesse n’est qu’errance, tourment, récrimination, crise, et même pour certains, bêtise et ingratitude, comment la philosophie peut-elle se poser, poser cet âge, pour le penser et le discuter ?

L’enjeu, à lire Paul Audi, est même double, il est question de raisonner, de rationaliser cet âge, cette sortie de l’enfance, moins analysé que l’enfance elle-même, mais aussi de voir ce qu’elle reflète, ou mieux, de voir paradoxalement ce qu’une telle sortie de soi contient.

Et pour cela, les penseurs classiques comme Rousseau, Lyotard ou encore Lacan, qui ont travaillé sur la question, sont plus qu’éclairants, mais permettent-ils vraiment de dialoguer avec ceux qui sortent de l’enfance ? Jusqu’où permettent-ils de non seulement penser cet âge mais de penser avec cet âge, de discuter avec ceux qu’on appelle des « jeunes » sans jamais savoir au final ce que ça veut dire ?

Voici un extrait d’un dialogue entre le philosophe Jean-Luc Nancy et Emile, 14 ans, dont le prénom évoque bien sûr le traité de Jean-Jacques Rousseau.

Et c’est bien l’autre perspective que l’on trouve aujourd’hui dans les parutions philosophiques : à côté des ouvrages classiques sur l’enfance, qui pensent l’enfance, la caractérisent, la modèlent et la façonnent, il y a toute une production qui pense avec celle-ci, s’adresse directement à cet âge. On peut par exemple citer la collection et maison d’édition des Petits Platons, la collection Chouette penser chez Gallimard, ou encore, aux éditions de l’Aube, toute les Grands entretiens d’Emile dont on vient d’entendre une version documentaire.

Dans toutes ces collections, l’accent est mis sur le dialogue, sur l’échange… ce qui est mis en avant, ce n’est pas la théorie achevée, mais le processus qui y conduit. A l’image de l’adolescent en devenir, de la bêtise qui n’est qu’une forme d’interrogation, ou de la crise qui remet tout en question, ces textes révèlent donc la métamorphose de l’esprit plus qu’ils n’en imposent.

Reste que la jeunesse, cet âge de vertige impossible à définir, et tant mieux d’ailleurs, n’est pas seulement la découverte de possibilités infinies, d’une métamorphose sans fin, et d’un processus de réflexion ouvert, mais aussi le début de la fin, la révélation, comme le rappelle Paul Audi, que l’entrée dans l’âge adulte est aussi l’entrée dans les limites de l’homme.

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