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Roland Barthes en 1978

Barthes est-il devenu une « mythologie » ?

5 min
À retrouver dans l'émission

« Minable », « nullité » ou « baudruche », que reproche René Pommier à Roland Barthes ?

Roland Barthes en 1978
Roland Barthes en 1978 Crédits : ULF ANDERSEN / AURIMAGES - AFP

Rediffusion du 28/11/2017

Le livre qui a retenu mon attention porte certes sur un philosophe, mais non pas pour le célébrer, mais pour le « démolir ». Ce livre, c'est un essai de René Pommier qui, après avoir eu comme « cibles » : Freud, ce « déjanté », ce « fou » qui avait « tout faux », René Girard, cet « allumé qui se prend pour un phare », ou encore Thérèse d'Avila, « très sainte et cintrée », s'attaque cette fois (mais ce n'est pas la 1ère) à un « minable », une « nullité », et même celui qu'il appelle une « baudruche » : Roland Barthes...

« Grotesque de notre temps, grotesque de tous les temps », c'est le sous-titre de cet essai qu'on ne peut pas dire « consacré », ni « dédié » à Roland Barthes, mais qui porte sur lui et toute l'avalanche de bêtises qu'il a pu dire. 

Et c'est bien ça qui m'a intéressé : d'abord, la question toute particulière de « mais pourquoi parler d'un auteur qui nous insupporte ? » C'est donc une première question bien psychologique, même intime, qui ne regarde, au fond, que René Pommier, mais que l'on pourrait élargir à chacun et inverser en : mais pourquoi faudrait-il à tout prix étudier ou lire uniquement les philosophes ou écrivains que l'on aime ?  

Et c'est ce qui m'a donc amené à cette seconde série de questions : pourquoi Barthes est-il tant célébré aujourd'hui avec tous ces colloques, émissions et republications ? Pourquoi l'aime-t-on ? L'aimer permet-il de mieux le lire ? L'amour serait-il forcément la meilleure condition pour le lire, bien le lire ? 

Sur Racine de Barthes : toute la critique de René Pommier a commencé par ce livre de commande, peu relu, selon lui, auquel il a consacré sa thèse, et tout se poursuit ici avec les analyses que Barthes a proposées de Balzac, Sade, Racine encore, sans oublier le florilèges de « bêtises » dans Le Plaisir du texte ou les Mythologies

Alors qu'est-ce que reproche précisément René Pommier à Roland Barthes ? A peu près tout : d'avoir dit des bêtises, ce qui est drôle pour un penseur que la bêtise fascinait, mais d'abord ceux que Pommier appelle ses « jobarthiens » ou « barthaciens », une sorte de cour qui l'a mythifié. Et on serait tenté de voir là un comble : Barthes serait-il devenu une mythologie à lui seul ? C'est-à-dire une de ces manies de l'époque qu'on fait, qu'on croit, sans la questionner ?  

René Pommier serait-il alors le seul à être lucide face à cette mythologie ? Son livre se présente, en tout cas, comme ce qui fait la lumière, face au reste du monde, sur les erreurs de Barthes : telles son refus de l'explication traditionnelle d'un texte, et pire sa méconnaissance des auteurs qu'il commente...

Question classique : sait-on quand on a bien lu un auteur ? Barthes lui-même le reconnaissait : il ne lisait pas tout, pas en entier, pas très bien, ce qui ne l'a pas empêché d'être écouté, trop et mal peut-être aussi, mais d'avoir des analyses qui portent et donnent envie de lire. Au contraire, René Pommier a très bien lu, en tout cas, en entier, Roland Barthes, et pourtant... 

Si l'amour n'est sûrement pas la condition d'élucidation d'un auteur, bien au contraire, la détestation qui, certes, éclaire, attire, fait tomber les illusions, donne soit envie de lire l'auteur démoli, soit dégoûte à jamais des querelles littéraires et de la lecture tout court. Ce qui est bien paradoxal pour un tel essai de littérature

Editions Radio france: coffret 2 CD « Roland Barthes. Fragments de voix » entretiens avec Jean-Marie Benoist et Bernard-Henri Lévy

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