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Albert Camus à Paris en octobre 1957

Camus et les discours du Prix Nobel de littérature

5 min
À retrouver dans l'émission

Comment les discours de Prix Nobel de littérature sont-ils l’occasion pour les artistes de délivrer leur philosophie de l’art ?

Albert Camus à Paris en octobre 1957
Albert Camus à Paris en octobre 1957 Crédits : MP/Leemage - AFP

Rediffusion du 04/12/2017

Début octobre, on a appris à qui revenait le Prix Nobel de littérature. Décerné cette année à l'écrivain britannique, Kazuo Ishiguro : il y a 60 ans, et c'est un anniversaire, il était remis à Albert Camus qui avait alors prononcé ses Discours de Suède, que les éditions Folio ont réédité pour l’occasion ! 

Et pour moi, c’est l’occasion de me demander : que nous livrent les artistes dans ces discours de Prix Nobel ? Quelle vision de leur art, et de l'art, en général, y développent-ils ? Et si les écrivains, mieux que tout philosophe, y faisaient œuvre de théorie esthétique ?  

Premier exemple avec Saint-John Perse. En 1960, alors qu'il reçoit le Prix Nobel de littérature, son message est clair : la littérature a toute la légitimité, l'envergure, la force pour prendre la place de la philosophie. 

Et c'est là l'enjeu de tous ces discours : comprendre ce que les artistes disent de leur art pour comprendre ce qu’est l'art, pour comprendre ce concept vaste et impressionnant d'« art ». Et avec ce genre de Prix, c'est l'occasion rêvé, pour les écrivains, de le faire, de prendre, par eux-mêmes et sans les philosophes, de la distance sur l'art, d'y jeter un regard surplombant et réflexif, d'en proposer, autrement dit, une théorie... 

Mais alors quelle théorie ? Et comment ? Produire une esthétique, est-ce forcément prendre la place de la philosophie, revêtir les atours du concept, adopter sa méthode et sa finalité, comme celle de l'étonnement ? Produire une esthétique, est-ce forcément produire une théorie, en bonne et due forme ? 

Mon deuxième exemple est un peu provocateur (comme l'a été ce choix de l'Académie suédoise) : saut dans l'art, dans le temps et dans l'esprit, on est bien passé de 1960 à 2016, de Saint-John Perse à Bob Dylan. On est bien passé d'un exposé en public, officiel, cérémonieux, où la littérature fait œuvre philosophique, à un récit, enregistré et envoyé six mois après la remise des Prix, et dans lequel Bob Dylan revient sur ses premiers amours musicaux et romanesques et se demande ce qu'il peut y avoir de littéraire dans ses chansons... 

Et pourtant, l'esthétique n'est-elle pas là justement ? N'est-elle pas dans ce que raconte Bob Dylan, dans tous ses mouvements de l'âme, dans tous ces ressentis, dans toute cette sensibilité déployée et touchée par les œuvres ? C'est d'ailleurs bien le sens premier de l'esthétique. Mais, entre l'approche métaphysique d'un Saint-John Perse et celle très physique de Bob Dylan, où situer l'art, quelle idée globale s'en faire ? Faut-il y renoncer ? Faut-il renoncer, quand on écoute un artiste, à découvrir une esthétique en forme théorique, ce qu'on pourrait appeler une philosophie de l'art ? 

Troisième et dernier exemple, celui qui justifie toutes ces questions que je me pose aujourd'hui : Albert Camus et ses deux très beaux Discours de Suède. Alors que nous dit-il pour sa part ? Que livrait-il dans ce discours et cette conférence de 1957 ? 

Artiste, je cite, « embarqué dans la galère de son temps », art, comme on l'a entendu, qui n'a rien d'une réjouissance solitaire... L'esthétique de Camus insiste sur les obligations de l'art : il fait des œuvres des voix obligées par le tumulte de l'histoire, c'est-à-dire obligées non pas à prendre parti mais à faire partie, à être pris au milieu de tous pour comprendre... 

Ni juge ni indifférente, ni métaphysique ni physique, telle est l'esthétique de Camus, une esthétique tout court, qui ne joue pas à la philosophie ni à ne pas l'être du tout. 

Bibliographie

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Discours de SuèdeAlbert CamusGallimard/Folio, 2017

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