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Photo prise le 22 septembre 1948 au Palais de Chaillot à Paris de la troisième Assemblée générale des Nations-Unies, à l'issue de laquelle fut adoptée, le 10 décembre 1948, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme

Défectuosité de la Déclaration universelle des droits de l’homme

5 min
À retrouver dans l'émission

Très exactement aujourd’hui, le 10 décembre 2018, nous fêtons les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948 par les Nations Unies, ici-même, à Paris, au palais Chaillot. Mais quels sont ses fondements philosophiques ?

Photo prise le 22 septembre 1948 au Palais de Chaillot à Paris de la troisième Assemblée générale des Nations-Unies, à l'issue de laquelle fut adoptée, le 10 décembre 1948, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme
Photo prise le 22 septembre 1948 au Palais de Chaillot à Paris de la troisième Assemblée générale des Nations-Unies, à l'issue de laquelle fut adoptée, le 10 décembre 1948, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme Crédits : STF - AFP

Précédents historiques

On peut chercher des ancêtres à la Déclaration universelle des droits de l’homme, évoquer la prophétique Magna Carta de 1215 et égrener, à la suite, la Petition of Rights de 1628, l’Habeas Corpus de 1679, la Bill of Rights de 1689 ou encore, puisant dans les actes similaires des colonies d’Outre-Atlantique, la Virginia Declaration of Rights de 1776. La localisation des items de cette liste est aisée car ils relèvent tous de la sphère anglo-saxonne, traditionnellement protectrice des lois civiles contre l’arbitraire du pouvoir.
Cependant, aucun de ces textes n’appelle à des principes universels, chacun se satisfaisant de remédier à des abus précis et garantir des libertés circonscrites de manière très pragmatique.
Le ton et la prétention changent avec la Déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique de 1776 à laquelle survient, une grosse décennie plus tard, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 en France. C’est le renouveau du monde, de l’histoire, de l’homme qu’elles prétendent porter et elles répondent donc à la crise de la modernité par l’affirmation d’une surmodernité, de surcroît universaliste. Quoique de façons différentes.

Les déclarations à prétention universaliste

Rentrons un peu dans le détail. Les deux Déclarations font similairement appel à une transcendance de type déiste, un « Dieu de la nature » dont les appellations toutefois ne s’équivalent pas selon qu’ils sont d’emprunt biblique à l’instar de « la Providence » et du « Créateur » pour la Déclaration américaine ou d’inspiration philosophico-scolastique à l’exemple de « l’Être suprême » pour la Déclaration française. L’égalité des droits et la jouissance des libertés sont soudées en un identique principe et ces droits sont unanimement qualifiés d’inaliénables dans les deux Déclarations quoique leurs contenus se démarquent, étant « entre autres la vie, la liberté, la poursuite du bonheur » dans la Déclaration américaine et « la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression » dans la Déclaration française, l’ensemble des termes se retrouvant néanmoins dans chacun des textes mais diversement interpolés. De même, les deux Déclarations se réfèrent à une forme de sacralité quoique là encore différemment : soit les droits doivent être considérés sacrés en conséquence du serment final d’« honneur » qui les scelle et qui porte cette épithète selon la Déclaration américaine, soit ils le sont dits tels d’emblée, parce que « naturels, imprescriptibles » selon la Déclaration française.  
Les deux déclarations sont donc de traditions et de sensibilités distinctes en termes théologiques, politiques et juridiques, l’une étant anglo-saxonne et réformée, privilégiant le contentement individuel, l’autre latine et catholique, priorisant l’assurance collective. La dissemblance des circonstances qui les justifient explique également que leurs déclinaisons ne se recoupent pas : s’il s’agit dans les deux cas de déclarer unilatéralement une indépendance absolue qui se traduit par l’érection de l’autonomie politique en tant que principe universel, cette indépendance est concrète et s’adresse à un ennemi réel dans la Déclaration américaine, abstraite au regard d’un adversaire figuré dans la française.

Naturalisme ou contractualisme ?

Mais quelle est la différence encore beaucoup plus fondamentale, que toutes celles que nous venons d’évoquer, entre les deux Déclarations ? La Déclaration et la Constitution américaines découlent d’un empirisme de l’individuation dont la source reste religieuse et biblique : les droits consacrés ne sont pas concédés au citoyen par le gouvernement, mais sont supérieurs au gouvernement qui lui-même ne peut les violer, parce qu’ils concernent « directement le rapport de l’homme à Dieu, rapport transcendant à l’ordre civil », cette immédiateté hors de tout cadre hiérarchique provenant de la Réforme.
En France, à l’inverse, la prééminence du sujet constitué par la règle de pensée, qui s’enracine chez Descartes dans la tradition scolastique, persiste dans la théorie politique, seule la règle variant, à l’instar de Montesquieu qui substitue l’esprit des lois à la loi naturelle ou de Rousseau qui insère la volonté dans la temporalité et lui assigne la responsabilité des progrès et des malheurs de l’homme. Les droits du citoyen ne sont pas conférés par Dieu, mais par le corps politique. Cette différence, immense et cruciale, fait de la Déclaration française un acte civiliste et volontariste qui s’écarte définitivement de la loi naturelle et même du droit naturel. C’est la volonté générale qui est au fondement des droits et qui permet « de substituer la relation du citoyen à la loi aux relations particulières d’homme à homme ».
Voilà, en bref, les deux positions possibles en matière de procédure déclaratoire à prétention universelle.
Mais alors quel est le parti pris de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par les Nations Unies en 1948 à Paris et dont nous fêtons aujourd’hui les 70 ans, naturaliste à l’américaine ou contractualiste à la française ? Eh bien justement, c’est là que le bât blesse ! La Déclaration universelle des droits de l’homme n’a aucun cadre théorique, rien n’explique d’où viennent les droits qu’elle déclare. Voilà une question sur laquelle il serait bon de se pencher !

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