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Johnny Hallyday à Bercy en 1992

Dernier Journal de la philo 2017

5 min
À retrouver dans l'émission

Peut-on faire une philosophie de l’année 2017 ?

Johnny Hallyday à Bercy en 1992
Johnny Hallyday à Bercy en 1992 Crédits : FRANCOIS XAVIER MARIT - AFP

C'est le dernier Journal de la philo de cette année 2017, et comme toute fin d'année, c'est le moment du bilan : grands événements ou pires moments de l'année, que doit-on retenir de cette année presque finie ? 

J'imagine qu’à ce moment-là, vous essayez de faire défiler, rapidement, dans votre tête ce qui vous a marqué cette année, la France, et même le monde... Voici quelques moments incontournables de 2017, de quoi tenter d'en tracer une philosophie. Immanquable, on ne peut pas se retourner sur les mois passés, sans penser à ça : 

Marine Le Pen, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon… Une année de campagne électorale, et l'élection d'un nouveau Président, que l'on a considérée comme l'avènement d'un nouveau monde. Et c'est vrai que face à cela, certains ont pu le dire, 2017 a été la fin d'une époque, la fin de nos idoles, la disparition de nos icônes : Johnny Hallyday, Jean d'Ormesson, Simone Veil, Jeanne Moreau, Claude Rich, Jean Rochefort, Roger Moore, ou, à 117 ans, l'italienne Emma Morano, dernière femme née au XIXème siècle, doyenne de l'humanité... 

Des dizaines d'attentats terroristes, des essais nucléaires en Corée du Nord, la guerre en Syrie encore, 15000 scientifiques pour avertir l'humanité sur l'état de la planète, l'indépendance en débat de la Catalogne et les suites du Brexit, l'affaire Weinstein, le Muslin Ban de Donald Trump, 250 millions de migrants à l'échelle mondiale... 

Mais, on le voit, la difficulté de penser cette année, et toute année, n'est pas qu'un problème d'histoire, où le présent empêche une distance objective, c'est aussi un problème philosophique. Car pour penser, encore faut-il donc se placer d'un point de vue, à la bonne distance, mais aussi regarder vers un ensemble défini : or, ce qui s’est passé cette année ne se finira pas le 31 décembre à minuit, et ce qui s’est passé cette année n'est pas réductible à cette compilation de moments marquants. 

Avec une telle question, que doit-on retenir de cette année 2017, il faut peut-être plutôt faire surgir des tensions, plus globales : l’ancien et le nouveau monde, les mouvements mondiaux et la tendance à l'indépendance, les questions d'identité et d'altérité. Mais face à une telle question, on pourrait aussi adopter l'attitude de la dissertation, au lieu d'y répondre frontalement, on pourrait problématiser ce besoin de retenir une année avec des moments marquants : le temps est-il un ensemble de moments ? Comment déterminer que tel ou tel moment a valeur d'événement ? Ou encore, peut-on retenir le temps qui passe ? 

Les philosophes sont ici pleins de ressources : ils ont fait du temps, et encore maintenant, un objet de réflexion crucial : durée de la conscience (Bergson), le temps et le récit (Ricœur), l'instant et l'irréversible (Jankélévitch), le sens de l'histoire (Hegel)... Mais peut-on faire la philosophie d'une année, et de 2017 ? Sûrement, mais je m’en tiendrais pour le moment, manière de botter en touche, ou question de prudence, à ce que disait Saint-Augustin du temps, en le reformulant : « Qu'est-ce donc que l'année 2017 ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je cherche à l'expliquer à celui qui m'interroge, je ne le sais plus ». 

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