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Magnétophone classique à bande en bobine

Eloge de la destruction

4 min
À retrouver dans l'émission

Quelles sont les vertus de nos déchets, restes, et autres surplus et brouillages d’informations ?

Magnétophone classique à bande en bobine
Magnétophone classique à bande en bobine Crédits : Toki-ho

Deux parutions abordent la question de la destruction et de ses vertus, avec cette question : comment faire de la destruction une invention ? : L’exforme de Nicolas Bourriaud, paru aux PUF, et Révolution électronique, sorti aux éditions Allia, et présenté par son auteur lui-même : le célèbre écrivain-médecin de la Beat Generation, William Burroughs.

En 1974, Burroughs lui-même évoquait donc son court texte, Révolution électronique. Alors, certes, cette présentation est loin d’être claire, mais l’idée y est : l’usage du magnétophone, et de l’électronique en général, comme arme de révolution et de révélation.

Loin de la critique, trop connue aujourd’hui, du surplus d’informations, de brouillages des messages, d’invasions médiatiques, Burroughs entend se servir, au contraire, de ce trop-plein de mots et de sons, qui se croisent, se contredisent et se détruisent, pour agir politiquement.

Couper, recoller, rembobiner, jouer… il s’agit de développer cette technique paradoxale qui vise à brouiller pour dévoiler et dénoncer, technique qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler sa fameuse méthode du cut-up…

Mais voilà, le paradoxe de cette technique, qui est de révéler la vérité tout en brouillant les messages, est aussi son problème. Burroughs lui-même pose la question, je cite : « dans quelle mesure les messages brouillés seront-ils dé-brouillés, c’est-à-dire perçus par des sujets d’expérience ? (…) Le contenu réel du message peut-il être reçu ? »

Et comment ?, je cite encore : « quelles drogues augmente l’habileté à dé-brouiller les messages ? Les messages transmis par la propre voix du sujet sont-ils plus efficaces que ceux transmis par d’autres voix ? »

Autrement dit : comment saisir l’essence, la vérité du message au-delà de ses boursouflures, brouillages et destructions ? Comment valoriser tous ces parasitages, tous ces restes, ces déchets, pour en faire des actes révélateurs et même créateurs ?

En voilà un message brouillé, du moins parasité : la seule archive de James Joyce lisant Ulysse, c’était en 1924. Nicolas Bourriaud dans L’exforme, le cite : il se sert de ses exemples de flux de conscience où ce qui en tombe, leurs déchets, leur donne précisément sens.

Comme chez William Burrough, on trouve ainsi dans l’essai de Nicolas Bourriaud un véritable éloge de ces restes, mais il va plus loin encore : alors que nous vivons dans une société de déchets, nucléaires, technologiques, de consommation, il ne faut pas en trouver le sens en deçà, au-delà, mais y voir déjà des formes. Ce sont bien ces « exformes », tout aussi belles, tout aussi vraies, que leur version propre et pure.

EXTRAITS

-archive William Burroughs à Paris, 1974

-archive William Burroughs explique la méthode du cut-up

-archive James Joyce lisant Ulysse, 1924

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