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Couverture de "Questions d'esthétique" aux éditions puf, collection Premier Cycle

Et vous, qu'est-ce qui vous fait ouvrir un livre de philo ?

6 min
À retrouver dans l'émission

Peut-être une couverture alléchante ? Un titre aguicheur ou le nom d'un Platon ou d'un Kant ?

Couverture de "Questions d'esthétique" aux éditions puf, collection Premier Cycle
Couverture de "Questions d'esthétique" aux éditions puf, collection Premier Cycle

Glamour ou sérieux, comment donner envie de lire de la philosophie ?
C’est la question que je me suis posée suite à un défi qui a tourné sur Twitter ces dernières semaines : chaque jour, une personne invitée à le faire, devait partager, pendant 7 jours et sans commentaires, la couverture d’un livre qu’elle a aimé. 

Bande dessinée, romans ou essais, photos prises de ses livres lus et relus, avec post-it et pages cornées à l’appui, ou copiées-collées de couvertures trouvées sur internet…
Tous ceux sommés de relever le défi, ont transformé pendant quelques jours l’imagerie des réseaux sociaux : aux photos de repas, de chats et aux captures d’écran, se sont substituées, entre autres, Les confessions de Jean-Jacques Rousseau, Le métier de sociologue de Pierre Bourdieu, ou encore Le rap français : une exploration en 100 albums de Mehdi Maizi… Le tout avec des couvertures plus ou moins alléchantes, dans des éditions plus ou moins datées et des couleurs plus ou moins austères ou flashy… 

D’où ma question, concernant les essais philosophiques : comment, en une seule couverture, donner envie d’ouvrir un livre ? Qui plus est un livre dont le titre et le propos n’ont pas parfois rien d’aguicheur, bien au contraire… ?

Une question de titres 

Qu’est-ce qui vous donne envie de lire un livre de philosophie ?
J’imagine que c’est la question que se posent tous les éditeurs d’essais. Au-delà de faire découvrir des œuvres, des auteurs ou des pensées, au-delà d’un désir de transmission ou de participation à un patrimoine culturel, la question de donner envie d’ouvrir le livre que l’on a pris soin de publier semble bien sûr essentielle. 

Et j’imagine que chaque éditeur tente de se mettre dans la peau d’un lecteur à ce moment de la chaîne de production, et que publier Sartre ou Camus, être Gallimard et avoir les moyens d’une maison d’éditions reconnue ou avoir dans les mains un chef-d’œuvre conceptuel ne suffit pas à assurer cette envie auprès du public… 

Mais la question recouvre en fait plusieurs aspects. Le premier aspect pourrait être celui du titre et de l’auteur : s’il s’agit de la Critique de la raison pure, rien à faire, Kant restera Kant et la Critique, la Critique… Mais pour les plus récents et les philosophes moins connus, faut-il un titre imagé, aguicheur, voire racoleur, ou un titre qui dit ce qu’il en est ? De manière générale, faut-il rendre sexy un livre au prix du sérieux que l’on attend de lui ou accorder le paraître sur l’être ?

Par exemple, si j’écris un texte sur l’herméneutique du sujet (comme Michel Foucault) : devrais-je parier sur la lisibilité du propos ou le rendre attractif ? Préférez-vous ouvrir un livre qui a pour titre L’herméneutique du sujet ou le Souci de soi ? Certains ne choisissent pas : l’un devenant le sous-titre de l’autre… 

Une question d’esthétique 

Le deuxième aspect à cette question : comment donner envie de lire de la philosophie en une seule couverture ? relève d’un choix esthétique. Dans la rétrospective que consacre le Centre Pompidou en ce moment au peintre Victor Vasarely on peut admirer les multiples couvertures qu’il a faites pour la collection Tel Gallimard (95 titres au total, de 1976 à 1985) : avec lui, Gallimard faisait le choix de mettre au goût du jour des classiques de la pensée. Avec son art optique, le Précis de décomposition de Cioran, Le visible et l’invisible de Merleau-Ponty, ou L’expérience intérieure de Bataille prenaient ainsi une autre perspective… Vasarely donnait en fait à voir ces œuvres. 

Couverture de "L'expérience intérieure" aux éditions Gallimard, collection Tel
Couverture de "L'expérience intérieure" aux éditions Gallimard, collection Tel

Mais la question est là : pour donner envie de lire, que donner à voir du livre ? Faut-il des illustrations, et lesquelles ? Gallimard a fait le choix du contemporain, mais Folio celui du classique (c’est un portrait de Rousseau qui orne ses Confessions). Faut-il des photos des auteurs ? S’ils sont connus, pourquoi pas... C’était le choix osé de la collection premier cycle aux puf qui faisaient poser des universitaires en couverture, très 90s…

Faut-il de la couleur ? Les lecteurs de philosophie, élèves, étudiants, professeurs, amoureux de la discipline, pourront parler du jaune pétant de la collection Champs chez Flammarion, du blanc crème, rassurant mais sérieux, de L’ordre philosophique au Seuil, ou du blanc pas du tout cassé des livres édités chez Vrin, sans oublier le rouge vermillon, qui en impose sans dramatiser, de la collection Quadrige aux Presses Universitaires de France… 

Une question d’esprit 

Le troisième aspect, enfin, que soulève cette question de l’envie de lire de la philosophie à partir seulement d’une couverture, c’est celui de l’amour ou de l’attachement que l’on a pour une collection ou une maison d’éditions. 

Cet attachement peut venir de l’esprit qui s’en dégage, qui forme un tout entre le fond et la forme : ce sont les très belles éditions Allia dont le fondateur est Gérard Berréby, le choix engagé et actuel des éditions La découverte, la sélection séduisante des éditons Climats, ou encore les éditions du Dehors et de L’incidence, ou le beau grain du papier du Bruit du temps… 

Couverture de "Nous autres réfugiés" aux éditions Allia
Couverture de "Nous autres réfugiés" aux éditions Allia

Mais cet attachement peut aussi venir du fait que l’on a été sauvé par un de ses livres : pour ma part, les Que sais-je et les Garnier-Flammarion aux introductions essentielles… Et vous ?

Sons diffusés :

  • Reportage chez Gallimard (ORTF, Lire, Du côté de chez Gallimard, 1966)
  • Archive de Victor Vasarely (France Inter, Radioscopie, 1977)
  • Archive de Gérard Berréby (France Culture, À voix nue, épisode 4, 2018)
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