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Êtes-vous intelligent ?

Êtes-vous intelligent ?

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En France, le QI moyen aurait baissé de quatre points entre 1999 et 2009... L’intelligence de l’humanité serait-elle en train de régresser ?

Êtes-vous intelligent ?
Êtes-vous intelligent ? Crédits : Youst - Getty

L’effet Flynn

Savez-vous ce qu’est l’effet Flynn ? L’effet Flynn, c’est ce phénomène décrit par James Robert Flynn, un politologue néo-zélandais, selon lequel la moyenne des scores obtenus aux tests dits d'intelligence n’a cessé d’augmenter au cours du dernier siècle. Nous étions sauvés ! L’humanité se dirigeait vers toujours plus d’intelligence et l’augmentation de nos quotients intellectuels était là pour en témoigner. Seulement voilà, mauvaise nouvelle. Une étude réalisée en 2016 par Richard Lynn et Edward Dutton est venue montrer que, depuis les début des années 1990, dans un certain nombre de pays, le QI avait tendance à stagner, voire à régresser.
Par exemple, en France, le QI moyen aurait baissé de quatre points entre 1999 et 2009...
Après une longue ascension, l’humanité serait donc en train de devenir de plus en plus stupide.
Les chercheurs ont évidemment tenté d’apporter des explications à cette hausse puis à cette baisse du QI en réactivant l’ancienne querelle de l’inné et de l’acquis. Soit l’intelligence est une donnée naturelle et ses variations s’expliquent par les faibles ressources individuelles ou collectives qu’il faut rapporter essentiellement à des disparités génétiques. Dans ce cas, nous sommes un peu mal barrés. Soit l’intelligence est le résultat d’une construction sociale. Dans ce cas, il y a encore de l’espoir. On peut alors réfléchir à comment rehausser l’intelligence de l’humanité. 

"Opération 100 000"

Tout ça est évidemment très sympathique. Mais une chose surprend dans tous ces débats, c’est la définition unilatérale, mathématique et froide que tous ces chercheurs donnent de l’intelligence sans jamais l’interroger. Car qu’est-ce que mesure véritablement un test de QI ? Des aptitudes verbales, des capacités logiques et un certain niveau de performance cognitive. Mais cela suffit-il vraiment à définir l’intelligence d’une personne ou d’une population ? La question n’est pas neutre. Elle a pu même provoquer de véritables drames, comme en témoigne le funeste "Projet 100 000" lancé par le secrétaire à la Défense américain Robert McNamara dans les années 1960, en pleine du guerre du Vietnam. Le complexe militaire américain était alors à son apogée et l’argent investi dans le combat coulait à flot. Les Américains étaient prêts à gagner la guerre. Seul problème, l’armée manquait cruellement de soldats. Les jeunes en âge de combattre multipliaient les recours et les faux certificats médicaux. Pour pallier ce problème, McNamara, avec l’appui du gouvernement américain, avait alors décidé d’enrôler les hommes qui, jusque-là, avaient été réformés à cause d’un QI trop faible. Ces hommes, que l’on surnommait « les débiles de McNamara », et qui étaient, en réalité, au nombre de 350 000, ont donc été envoyés en première ligne et une grande majorité d’entre eux ont péri sous les balles. L’histoire est glaçante et semble sortir tout d’un droit d’un livre de science fiction. Elle est pourtant bien vraie. Et elle ne fait pas que révéler la folie de McNamara, elle donne à voir aussi la bêtise d’une vision bornée de l’intelligence. 

Intelligences multiples

C’est contre cette vision que se sont insurgés plusieurs chercheurs comme par exemple Howard Gardner qui, en forgeant le concept d’"intelligences multiples", a tenté de proposer une conception plus fine et plus complexe de l’intelligence humaine. Cet effort a aussi été celui d’un autre chercheur, Charles Hadji, professeur à l’Université de Grenoble-Alpes, auteur de l’ouvrage Pour une conception intelligente de l’intelligence, publié en 1993. Hadji propose une solution plus radicale comme il l’explique dans un article du Point, je cite : 

On ne peut pas se contenter de dire que l'on ne mesure, avec le QI, que des « facettes » de l'intelligence. Il faut aller plus loin, en refusant les courts-circuits qui font remonter d'une performance (constatée) à une capacité intellectuelle (induite), puis de celle-ci à une intelligence générale (postulée). L'intelligence n'est pas un organe. Il faut se délivrer de la tentation d'en faire une chose, de la réifier. 

Hadji propose donc de considérer ce que l’on appelle intelligence comme un "pouvoir" en la plaçant au sein des "universaux anthropologiques" identifiés par Edgar Morin et Massimo Piattelli-Palmarini. Ces "universaux anthropologiques" sont des attributs propres à tous les hommes. Ils sont écrits dans le programme génétique de l’homme, mais ne déterminent que des potentialités : pouvoir d’apprendre le langage, pouvoir de marcher, pouvoir de calculer, etc.
Hadji propose donc que l’intelligence soit comprise comme un attribut qui s’exprime dans le pouvoir de penser. Si l’intelligence est une potentialité enfermée en chacun de nous, cela veut dire que chacun est libre d’en user ou non, de la nourrir et de la développer ou non.   

Cette alternative est intéressante, mais elle est loin d’épuiser le problème.
Les tests de QI continuent à pulluler et déterminer l’intelligence objective et socialement reconnue des individus.
Ils sont même de plus en plus utilisés pour diagnostiquer des enfants précoces en leur infligeant l’idée qu’ils sont différents, pour sélectionner des étudiants en réduisant leurs talents à leur capacité de finir une suite logique, mais aussi pour expliquer les tendances criminelles chez certaines personnes.
Bref, nous sommes loin d’en avoir fini avec tout ça. Vivement que les philosophes s’emparent sérieusement du sujet !   

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