LE DIRECT
Orange mécanique de Stanley Kubrick

Extension du domaine de la violence

5 min
À retrouver dans l'émission

Diffuse, multiple, explosive, comment saisir la logique de la violence ?

Orange mécanique de Stanley Kubrick
Orange mécanique de Stanley Kubrick Crédits : Warner Bros/ Allociné

Demain, sort ce livre de François Cusset, Le déchaînement du monde, logique nouvelle de la violence. Cette question de la violence semble interpeller les philosophes en ce moment, puisque, j’en cite quelques-uns, il y a eu celui d’Elsa Dorlin, Se défendre, une philosophie de la violence, Marc Crépon, L'Épreuve de la haine. Essai sur le refus de la violence, et assez proche sur le sujet, on peut signaler Tu haïras ton prochain comme toi-même d’Hélène L’Heuillet. 

Le nombre de ces parutions sur la violence indique son actualité ou plutôt son inactualité, car elle n’est pas nouvelle, Machiavel, Marx ou Arendt en ont parlé. Ce qui l’est, en revanche, c’est la manière, renouvelée, dont elle se manifeste, son extension à tous les domaines de la vie et partout dans le monde, et la manière renouvelée dont on doit aussi la considérer…  

Ce mouvement, Black Lives Matter, qui lutte contre la violence, notamment policière, faite aux Noirs, fait partie des exemples cités par François Cusset. Plus qu’un exemple, ce mouvement témoigne de la circulation de la violence qu’il a observée : « de l’attaque à la contre-attaque, de la brutalité dominante à défense active qu’elle peut susciter ». Mais peut-on désigner sous ce même terme de violence ces deux positions opposées ? 

C’est un des paradoxes soulevés ici : la plasticité de la violence, tant dans les situations variées désignées que dans le mot que l’on emploie au quotidien, autant pour parler d’un licenciement, que des conditions d’accueil des réfugiés ou d’une série vue à la télé… Comment est-il donc possible d’embrasser la totalité des manifestations violentes sans rien étreindre vraiment d’elle ? 

C’est que, bien souvent, on s’en tient, justement, à sa seule manifestation, au choc et à ses effets, à son explosion et la souffrance qu’elle implique. La violence fait écran à la violence, et c’est le 2ème paradoxe souligné dans ce livre. Comment déceler la vérité de la violence, ses mécanismes, ses effets, sa logique ?

Exemple ultra classique : Orange mécanique de Stanley Kubrick. Au début des années 70, on y a vu le symbole de la violence. A raison, puisqu’elle ne sert ici rien d’autre qu’elle-même, qu’elle est son propre but. Mais, en cela, on décèle moins sa logique que ce que ça signifie d’être violent, d’avoir un caractère violent et une appétence pour celle-ci. 

Orange mécanique, c’est donc l’exemple connu de la violence, mais pas forcément le meilleur de ce qu’elle est, car celle-ci est d’abord un moyen d’atteindre un but, une modalité relationnelle, une manière d’agir avec et sur l’autre. La violence a souvent affaire au pouvoir, de celui qui a de la puissance à celui qui est un puissant : qu’on la légitime comme Max Weber, ou qu’on la condamne comme Arendt, qu’on la naturalise, comme Hegel et la lutte des consciences, ou qu’on en fasse une « force faible » comme Jankélévitch. 

Mais est-elle une seule question de pouvoir, comme ces penseurs politiques qui la lient à la force ? Ni seule pulsion individuelle ni seul moyen d’atteindre le pouvoir, la violence circule de toute part. Et c’est le 3ème paradoxe soulevé dans ce livre : hypersensibles à la violence, nous nous y sommes pourtant habitués… 

On ne peut pas parler non de violence sans évoquer Martin Luther King, dont ce sera bientôt les 50 ans de sa disparition. Si la violence circule, si elle nous aveugle, si elle est habituelle, peut-on lutter contre elle et comment ? Elle n’est pas un caractère ni une exception, elle est une logique, et une logique propre au système (économique, politique, social). C’est la thèse de ce livre. Or, comment abattre une logique et comment l’abattre si ce n’est avec violence ? 

On pourra citer les chantres de la non-violence : Martin Luther King, donc, Gandhi bien sûr. On pourra parler résistance et désobéissance. Mais comment faire face au système s’il s’identifie à la violence ? Faut-il choisir la violence, une fois pour toute, pour s’en émanciper ? Il faut lire le dernier chapitre de ce livre...

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......