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Le cénotaphe de feu Michel de Montaigne en 2018 au Musée d'Aquitaine à Bordeaux

Faut-il percer le mystère du tombeau de Montaigne ?

5 min
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Agitation dans le monde philosophique : aurait-on percé le mystère de la tombe de Michel de Montaigne ? Enquête cocasse puisqu'il s’agit d’identifier définitivement celui qui a élevé le doute au rang d’art. Qu’est-ce qu’une telle découverte va apporter à notre vision du philosophe ?

Le cénotaphe de feu Michel de Montaigne en 2018 au Musée d'Aquitaine à Bordeaux
Le cénotaphe de feu Michel de Montaigne en 2018 au Musée d'Aquitaine à Bordeaux Crédits : MEHDI FEDOUACH - AFP

Depuis quelques mois, le monde de la philosophie s’agite autour d’une découverte inattendue : la tombe supposée de Michel de Montaigne. Des fouilles entreprises en novembre dernier, mais suspendues pour cause de covid, permettraient de déterminer si ce tombeau découvert inopinément dans les sous-sols du Musée d’Aquitaine, à Bordeaux, serait bien celui de l’auteur des Essais.
Pourquoi une telle excitation à lever le  doute sur ce qu’il reste du maître sceptique du XVIème siècle ? 

L'enquête et le doute 

Pourquoi découvrir la tombe d’un philosophe met-il dans un tel état ? Excitation, moment historique, émoi, surprise… les mots ne manquent pas pour décrire l’effet produit par une telle recherche, digne de l’enquête policière, comme l’a très bien remarqué et retracé le journal Le Monde jeudi dernier. Historiens, archéologues, administrateurs de la Mairie de Bordeaux, montaignistes professionnels ou amateurs, ils sont tous aux aguets.
Et je dois dire : moi aussi.
Imaginez : remettre la main sur le corps d’un des plus grands philosophes français ? Percer le mystère de la disparition de sa tombe ? Lever le voile sur l’identité du maître sceptique ? Pourtant, quand on y pense, il n’y a rien de plus cocasse en fait : car il s’agit d’identifier, de juger et de cerner définitivement, celui qui a cependant élevé le doute au rang d’art, celui qui n’a fait que dépeindre les flottements de l’identité, celui qui, enfin, a passé des centaines de pages à raconter ses déboires physiques… 

Est-ce cohérent ? Peut-on aimer Montaigne et sa pensée et vouloir résoudre ce mystère ? Au fond, la question est là : pourquoi vouloir connaître ça ? Qu’est-ce qu’une telle connaissance va-t-elle pouvoir m’apporter, à moi, à ses lecteurs, à lui ? Qu’est-ce qu’elle pourra apporter à ma vision de Montaigne, à l’appréhension de son oeuvre, à l’amour ou à l’analyse qu’on fait des Essais ?  

Poux ou morpions ? 

Depuis que j’ai découvert cette enquête sur le tombeau de Montaigne, je ne cesse d’osciller entre curiosité et perplexité, je veux en savoir plus mais je me demande en fait pourquoi : pourquoi vouloir savoir ça, qu’est-ce que ça pourra m’apporter ? En lisant les différents articles, j’ai vu que les motifs des uns et des autres dans cette enquête étaient assez différents. 

Certains, par exemple, veulent profiter de cet événement pour faire redécouvrir Montaigne, d’autres pour augmenter la valeur patrimoniale de Bordeaux, d’autres ont juste une passion pour la découverte, pour la fouille et l’histoire, d’autres, enfin, une passion pour le philosophe et veulent tout savoir de lui. 

Même un spécialiste de l’archéoentomologie, des insectes fossiles, a été mis sur le coup, déclarant : « On ne sait pas ce qu’on va découvrir : peut-être rien, peut-être des choses formidables (...)… Mais aussi des éléments plus anecdotiques : savoir si Montaigne avait des poux ou des morpions ! ». 

Savoir si Montaigne avait des poux ou des morpions… j’ai beaucoup ri en lisant ça. Drôle de motivation. Mais c’est vrai, moi aussi, j’aimerais bien savoir ça... Mais alors pourquoi ? Montaigne serait-il comme les stars que je scrute dans les magazines people, pas maquillées, pas apprêtées  : autant intéressantes pour leurs frasques que pour leurs oeuvres ? Serait-ce Montaigne l’adoré, la star, plus que sa pensée, plus que ses Essais

"Vraisemblablement" 

Ce qui est frappant avec cette affaire, c’est que paradoxalement : on veut non seulement dépouiller le penseur du scepticisme de son mystère, on veut non seulement tout savoir d’un philosophe ayant théorisé l’ignorance, mais en plus, loin de l’idée qu’il faille séparer l’homme de l’artiste, on veut à tout prix faire coïncider les deux. 

C’est comme s’il fallait tout le temps tout connaître et tout rendre cohérent, tout éclairer et tout discerner, chez une seule et même personne, de son corps à son esprit, de ses actes à son oeuvre. Or, est-ce pertinent de pousser la connaissance jusque-là ? 

Je me pose vraiment la question, et je l’avoue : je ne sais pas.
J’y vois l’évidence de faire la lumière mais aussi le fantasme d’un savoir total un peu éblouissant. Je crois que je vais donc m’en tenir à la déclaration de Laurent Védrine, directeur du Musée d’Aquitaine : “Nous sommes vraisemblablement en présence de Michel de Montaigne”... tout étant dans le “vraisemblablement”.  

Sons diffusés :

  • Reportage sur le tombeau de Montaigne, novembre 2019, site de l'université Bordeaux Montaigne 
  • Chanson de Brassens, Trompettes de la renommée
  • Chanson de Pierre Louki, L'avant-goût du tombeau
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