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Faut-il vraiment rentrer ?

Faut-il vraiment rentrer ?

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C'est la rentrée politique, littéraire, et bientôt celle des classes. Et déjà cette question : faut-il vraiment rentrer ? Est-on totalement libre de ne pas rentrer ?

Faut-il vraiment rentrer ?
Faut-il vraiment rentrer ? Crédits : CSA Images - Getty

Je ne sais pas vous, mais c’est une question que je me pose souvent : faut-il vraiment rentrer ? faut-il vraiment rentrer chez soi, retourner au travail, reprendre ses habitudes, honorer tous ces rendez-vous à venir et ses nouveaux contrats ? serait-il possible de se soustraire, de s’affranchir de ce qui nous attend et qu’on attend de soi, d’être libre ? 

Pas de liberté totale au pays de la philosophie

En philosophie, la liberté est une notion incontournable mais bizarrement, les philosophes n’en parlent qu’en l’accolant aux mots de contraintes, de déterminisme et de nécessité. Au bac, j’avais même eu ce sujet : “la liberté totale existe-t-elle ?”, évidemment, celui qui répondait oui, avait forcément une mauvaise note. Et je me demande encore pourquoi : car pourquoi serait-il nécessaire qu’il y ait de la nécessité, des contraintes, et donc de rentrer ? 

L’autonomie de Rousseau, puis de Kant, la libre nécessité de Spinoza, l’éternel retour de Nietzsche ou la reprise de Kierkegaard, je pourrais passer toute cette chronique à vous faire la liste de ces philosophes qui se sont acharnés à ne pas concevoir la liberté sans la contrainte, qui n’ont pas essayé d’imaginer la possibilité que la liberté soit infinie, totale, débordante. Toujours, celle-ci doit être toujours retenue, gênée, justifiée, reprise. 

L'homme parti acheter un paquet de cigarettes

Mais imaginez que, tout à coup, vous ne rentriez pas, qu’on vous attende en studio et qu’il n’y ait personne à ce micro, qu’on vous appelle et qu’il n’y ait aucune réponse de votre part. Rien, personne. J’ai souvent en tête l’exemple fameux de celui (c’est toujours un homme d’ailleurs quand on en parle) parti acheter un paquet de cigarettes et jamais rentré : qu’est-il devenu ? comment a-t-il vécu ce geste ? s’est-il senti libéré ? a-t-il véritablement fait l’expérience de la liberté pure, de l’acte gratuit ? et est-ce encore le cas ?

J’imagine bien qu’il a bien dû avoir faim et dormir quelque part, être tourmenté par la culpabilité, les souvenirs, qu’il a dû être limité par son corps et son esprit, il a même peut-être refait sa vie et s’est refabriqué de nouvelles contraintes, de nouvelles réunions de travail, de nouveaux rendez-vous médicaux, peut-être même qu’il fait sa rentrée lui aussi.
C’est d’ailleurs tout le drame : la liberté pure, l’acte gratuit, l’affranchissement soudain, ne semblent que temporaires, fugaces, illusoires dans la durée, là dessus les philosophes ont vu juste et je n’oserais pas contredire 2000 ans de pensée.

L'instant de la liberté

Mais au fond, est-ce si grave ? est-ce si grave que le passage à l’acte gratuit ne soit qu’un moment dans une vie ? qu’un jour seulement, on envisage non pas de rentrer mais de fuir, peu importe la durée de cette échappée, sa forme, sa destination ? est-ce si grave, donc, que la liberté totale ne dure paradoxalement qu’un instant ? 

En fait, je crois que c’est là tout le problème de la liberté totale, et son grand malentendu : on pense qu’elle devrait être totalitaire, entière, complète, définitive, mais la liberté n’est jamais définitive, sinon elle ne serait plus totale, elle ne serait plus libre… Aujourd’hui, des années après le bac, je crois que je soutiendrai que la liberté totale existe bien, j’aurais 6/20, mais au moins je pourrais démontrer que le simple instant où on envisage de ne pas rentrer suffit à nous rendre totalement libres. 

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