LE DIRECT
31/05/2020 - New York

George Floyd, quand l'Histoire se répète

5 min
À retrouver dans l'émission

Il y a une semaine, on ne connaissait pas son nom, mais aujourd'hui, George Floyd, Afro-américain tué lundi par un policier, est un emblème aux Etats-Unis : le monde dénonce ce crime racial, qui est loin d'être le premier. L'Histoire peut-elle changer ?

31/05/2020 - New York
31/05/2020 - New York Crédits : JOHN MOORE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP - AFP

Il y a une semaine, presque personne ne connaissait son nom. Aujourd’hui, tout a changé : George Floyd, un afro-américain de 46 ans tué lundi dernier, le 25 mai au soir, lors de son arrestation par un policier à Minneapolis, est devenu l’emblème de plusieurs manifestations de protestations à travers les Etats-Unis. Il y a une semaine, presque personne ne connaissait son nom, aujourd’hui, oui… mais est-ce que tout a vraiment changé ? 

Anormalité familière 

La mort de George Floyd lundi soir dernier, aux Etats-Unis, a suscité colère, souffrance et révolte. Des manifestations, des protestations, des émeutes, sur plusieurs jours, dans plusieurs villes. La vidéo de plusieurs minutes montrant son arrestation et son décès est devenue virale, les personnalités du monde entier ont dénoncé ce “crime racial”.
L’un des mots qui est revenu le plus souvent est celui “d’insoutenable” : vidéo insoutenable, crime insoutenable, situation insoutenable… Pourtant, ça m’a frappée, ce terme “insoutenable” allait de pair avec un autre terme, celui de “familier” : “les images sont tragiquement familières”, pouvait-on lire dans Le Monde du 29 mai. “L’histoire se répète”, “normalité” anormale selon les mots de l’ancien Président des Etats-Unis, Barack Obama…
J’ai été frappée par ce paradoxe, dans la mort de George Floyd, mais aussi d’Ahmaud Arbery et d’Eric Garner, Afro-américains tués eux aussi par la police. Ce paradoxe dans cette normalité anormale, ou dans cette tragédie devenue familière. Pourquoi, malgré la colère, la souffrance et l’injustice, rien ne change ? Pourquoi l’anormalité reste-t-elle normale, la tragédie familière et l’histoire se répète-t-elle ? 

L'Histoire peut-elle changer ? 

Chaque année, aux Etats-Unis, des études et des statistiques témoignent de la disproportion systématique des violences policières contre les Afro-Américains. Racisme structurel, police injuste, histoire américaine et discriminations, expliquent sans les justifier, cette transformation de l’exceptionnel en quotidien. Récemment, en France, la chanteuse Camélia Jordana déclenchait un tollé en témoignant de son insécurité face à la police.
Pourtant, qu’il s’agisse de les dénoncer ou de les expliquer, qu’elles suscitent la colère ou l’indignation, les violences policières sont devenues des affaires “normales”. On accepte de voir régulièrement dans les médias ces injustices, d’assister, impuissant, à la tragédie, de regarder l’histoire se répéter. Même quand on se révolte, même quand on dénonce le caractère insoutenable de ces actes, rien ne semble y faire.
À partir de combien d’indignations, de souffrances, d’études, de livres, de prises de parole, à partir de combien de colères, d’émeutes et de rassemblements, les choses peuvent-elles changer ? À partir de quand et de quoi, peut-on stopper la répétition, peut-on arrêter ou transformer l’histoire ?

Cette question, c’est un problème classique en philosophie : est-ce que les hommes font l’histoire ? Et si oui, comment : y participent-ils, sont-ils “agis” par le cours des choses ou y a-t-il des grands hommes ? Aucune réponse, je l’avoue, ne m’a jamais satisfaite durant mes études de philosophie, et encore aujourd’hui. Mais pourquoi ? Pourquoi ce problème de l’histoire et du cours des choses, est-il encore et toujours un problème ? 

Les hommes font-ils l'histoire... ou pas ? 

L’histoire m’a toujours posé un problème : j’ai toujours eu l’impression qu’on me racontait une histoire sans que je ne puisse rien y faire. Un récit passé dont je pouvais certes tirer des enseignements, des réflexions, des dates, des repères, mais pas modifier. Encore heureux pour le passé… mais qu’en est-il pour aujourd’hui ? L’histoire continue-t-elle à se dérouler sous mes yeux sans que je puisse rien y faire ?
Je sais qu’il y a des militants, des hommes politiques, des personnes engagées, je sais qu’il y a de l’imprévisibilité, du hasard, mais aussi des avancées, du progrès, et que l’histoire se répète sans être tout à fait la même… mais pourquoi y a-t-il encore des George Floyd aujourd’hui ? Quelle force, quelle puissance anime l’histoire et avec laquelle je ne peux pas débattre, me débattre ? 

Au fond, là est ma question : pourquoi l’histoire m’est-elle à la fois familière, si quotidienne, et si distante ? Pourquoi me concerne-t-elle et me renvoie-t-elle sans cesse à mon impuissance ? Pourquoi j’en suis sans la faire ? Est-ce un problème avec ce terme d’histoire ?
En fait, j’en viens même à me dire que la question à poser est celle-ci : comment les hommes ne font-ils pas l’histoire ? 

Sons diffusés :

  • Mort de George Floyd, France 24, 29 mai 2020
  • Chanson de Kendrick Lamar, The blacker the berry
Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......