LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Photo : Laurence Mouton

Haro sur l’orthographe !

6 min
À retrouver dans l'émission

Après l’écriture inclusive, c’est maintenant l’accord du participe passé avec l’auxiliaire « avoir » qui fait débat.

Photo : Laurence Mouton
Photo : Laurence Mouton Crédits : Getty

Participe passé et auxiliaire « avoir »

Une tribune a paru il y a une semaine dans le Monde, tribune que je n’ai découverte qu’hier. Elle est signée par Eliane Viennot, linguiste et historienne, professeur émérite de littérature française de la Renaissance à l’Université Jean-Monnet-Saint-Étienne. Partisane de l’écriture inclusive et de l’abandon de la règle qui veut que « le masculin l’emporte sur le féminin », Eliane Viennot s’attaque dans ce papier à la règle d’accord des participes passés employés avec le verbe « avoir ». Je rappelle en deux mots la règle : avec l’auxiliaire « avoir », le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct si celui-ci est placé devant le verbe. 

Dans la phrase : Les livres qu’elles ont achetés sont intéressants. Achetées s’écrit ÉS. Elles ont acheté quoi ? Les livres, masculin pluriel. Le participe passé s’accorde donc avec le complément d’objet direct et non avec le sujet. Je le dis d’ailleurs sans rougir, il m’arrive souvent de m’arrêter en plein milieu de la rédaction d’une phrase et de me demander frénétiquement à voix haute « QUI ? QUOI ? »  pour être sure de ne pas faire d’erreur.  

Une règle tardive

Alors que la règle selon laquelle « le masculin l’emporte sur le féminin » a été introduite au XVIIème siècle, et qu’elle a apparemment été continûment ignorée par bon nombre de lettrés jusqu’à la fin du XIXème, la règle d’accord des participes passés employés avec le verbe « avoir » est plus ancienne, puisqu’elle a été théorisée par Clément Marot au XVIème siècle, qui a voulu transposer en français cet usage italien qu’il avait entendu lors de l’un de ses voyages. Eliane Viennot ajoute qu’en italien, ces accords s’entendent. Du reste, elle note qu’ils s’entendent aussi en français, mais seulement pour les verbes du troisième groupe : par exemple, je l’ai pris / je l’ai prise. Pour tous les autres verbes, la différence ne se fait qu’à l’écrit. Au cours du XVIIIème siècle, cette règle qui ne concernait d’abord que l’accord des participes passés avec l’auxiliaire « avoir » s’est étendue aux verbes pronominaux, qui pourtant se conjuguent avec l’auxiliaire « être ». Là, effectivement, nous rentrons dans le dur et il faut à chaque fois prendre un petit moment pour être sûr de ne pas se tromper. 

Une règle antidémocratique et inutile ? 

C’est à cette complexité qu’Eliane Viennot s’attaque jugeant qu’elle est anti-démocratique et inutile. Anti-démocratique d’abord, car cette complexité crée un gap entre ceux qui n’ont pas assimilé la règle et ceux qui l’ont assimilée. Tandis que les premiers sont renvoyés au fait qu’ils sont nuls, les seconds retirent une espèce de sentiment de supériorité. La règle participerait même, selon, Eliane Viennot à l’« insécurité linguistique » dont souffrent beaucoup de francophones et qui pousserait de moins en moins de personnes à vouloir apprendre le français. La dramatisation me paraît, tout de même, un brin excessive. Et supprimer une règle parce qu’elle est compliquée, c’est accepter sans sourciller le nivellement par le bas. Mais bon, même si je suis contre, l’argument reste audible. En revanche, le second argument, selon lequel la règle est inutile me paraît relever d’une maladie de l’époque. Dans une langue, les règles ne sont pas utiles ou inutiles, ce sont des règles, elles témoignent toujours d’une histoire. Les langues changent, bien sûr, parfois elles précèdent les consciences, parfois elles les accompagnent, parfois même elles charrient longtemps des archaïsmes. Mais cette injonction à la simplicité et à l’utilité, qui ne touche d’ailleurs pas que le français, est regrettable. C’est ce même argument de l’utilité et de l’inutilité qui a prévalu lorsqu’il a été question de supprimer le latin et le grec à l’école. Pensez-y une seconde, on aurait pu être privés d’une des plus belles chansons de Jacques Brel, pour ne pas dire plus généralement de la chanson française !

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......