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Nicolas Poussin, "Le Printemps ou Le Paradis terrestre", vers 1660-1664

Hommage à Jacqueline Lichtenstein

6 min
À retrouver dans l'émission

La philosophe et historienne de l’art nous a quittés mercredi 3 avril, nous laissant son goût de la critique esthétique, son amour de la couleur et sa curiosité pour le faux en art.

Nicolas Poussin, "Le Printemps ou Le Paradis terrestre", vers 1660-1664
Nicolas Poussin, "Le Printemps ou Le Paradis terrestre", vers 1660-1664 Crédits : PHAS/UIG - Getty

On a appris vendredi la disparition de la philosophe et historienne de l’art Jacqueline Lichtenstein.
Professeure à l’Université Paris-Nanterre, à la Sorbonne, à l’Université de Berkeley et à l’École du Louvre, directrice de la collection Essais d’art et de philosophie aux éditions Vrin, membre du Conseil scientifique du musée du Louvre, elle avait fait de la peinture, du dessin et de la couleur, et du faux, ses objets d’étude.
Les raisons de l'art : essai sur les théories de la peinture, La Tache aveugle (sur les liens entre peinture et sculpture) et La couleur éloquente (qui traitait du soupçon philosophique dont était frappée la couleur) sont les titres de ses trois principaux ouvrages. 

Préférant l’histoire de l’art qui s’ancre dans la matière et la pratique à l’esthétique actuelle qui s’enfonce dans les discours, critiquant allègrement Kant et sa définition du beau comme ce qui plaît universellement sans concept (elle prônait au contraire la discussion, l’interprétation et les désaccords argumentés dans l’esprit du rôle de critique), n’ayant pas plus d’attachement à Platon qui condamnait la couleur telle un charme opposé au Vrai et au Bien, voyant l’œil comme un organe intellectuel à part entière, Jacqueline Lichtenstein occupait une place à part dans la philosophie de l’art. Passionnée, généreuse, invitée régulièrement sur France Culture, ce Journal lui rend hommage en diffusant quelques-uns de ses passages à la radio. 

C’est au micro d’Alain Veinstein, en 2014, que Jacqueline Lichtenstein revenait sur son parcours et son amour de la peinture comme objet d’étude philosophique. Refusant la distance entre l’art et la pensée, elle a tenté pour sa part de réconcilier les images et les mots, les yeux et l’intellect, les goûts et la connaissance.
Mais elle a surtout perçu dans ce qui semblait superflu une véritable profondeur : décor, ornement, couleur… et maquillage.

C’est sûrement du maquillage que l’on peut faire découler deux axes, concomitants, dans sa pensée : la couleur et le faux.
Quelle valeur accorder à ce que l’on voit ? Comment exercer notre perception ? Comment étayer nos jugements ? Entre la critique des théories classiques de l’art (de Platon à l’esthétique contemporaine en passant par Kant, un ennemi plus grand qu’elle comme elle avait l’habitude de dire), et la réhabilitation, mais toujours avec raison, des fards, du surplus, de l’éclat, Jacqueline Lichtenstein donnait à voir toutes les nuances des images plates. Et pour finir, voici le conseil qu’elle donnait à tous les auditeurs : aller au musée. 

Archives de Jacqueline Lichtenstein diffusées :

  • France Culture, Du Jour au lendemain, 24 juin 2014
  • France Culture, Carnets d’été, 2 août 1989
  • France Culture, Les Chemins de la philosophie, L’imposture : de l’art d’être faussaire, 7 février 2018
  • France Culture, La Nuit rêvée de Jacqueline Lichtenstein, 28 août 2016
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