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Givenchy et Audrey Hepburn

Hubert de Givenchy ou la vie élégante

5 min
À retrouver dans l'émission

L’élégance aurait-elle disparu en même temps que le créateur qui en avait fait sa signature ?

Givenchy et Audrey Hepburn
Givenchy et Audrey Hepburn Crédits : Sunset Boulevard/Corbis - Getty

Lundi, on apprenait la disparition du couturier samedi 10 mars. Dernier grand témoin et acteur de « l’âge d’or de la haute couture », inventeur de « la fameuse petite robe noire immortalisée par Audrey Hepburn », un des « 1ers à avoir créé une marque de prêt-à-porter », homme « (trop ?) discret » « dans notre époque hypercommunicante »… 

Voici ce que vous avez pu lire dans les hommages rendus à Givenchy dans Le monde, Le figaro, L’Obs, L’Express ou Vogue. Mais vous avez aussi dû relever un mot, un beau et grand mot, persistant pour évoquer le couturier, mais si peu utilisé aujourd’hui. Ce mot, c’est celui d’« élégance »…

Qu’est-ce que l’élégance ? Ce terme peu employé aurait-il seulement disparu de nos vocabulaires ? Ou les occasions de l’utiliser seraient-elles devenues rare ? Etre élégant aujourd’hui a-t-il un sens, est-il même encore possible ? Question de mot, d’époque ou de caractère ? L’occasion nous est donnée de le demander et de questionner l’élégance…

Nous entendrons la voix de Givenchy tout à l’heure, dans la suite de cette même archive de 1955. Mais déjà, il faut s’arrêter sur cette drôle d’expression et d’entreprise : la « Givenchy université ». Car si Givenchy incarnait l’élégance, la « Givenchy université » peut signifier que l’élégance s’apprend, qu’elle est à portée de toutes, qu’elle est accessible… Or, est-ce vraiment le sens de l’élégance ? 

À l’origine (c’est-à-dire en latin), l’élégant, c’est celui qui sait choisir. Etymologie fort instructive puisqu’on peut tout de suite se demander : mais qui sait choisir ? Comment savoir choisir ? Le choix est-il une question de connaissance ? Etre élégant, c’est-à-dire savoir choisir (qu’il s’agisse d’habits, de tons ou de goûts), pourrait-il s’acquérir ? 

C’est ce qu’on peut croire avec cette « Givenchy université » mais aussi avec le seul à avoir parlé d’élégance, à défaut d’en avoir fait des vêtements, et il a tout d’un philosophe, c’est Balzac. Balzac à qui l’on doit, en effet, un « Traité de la vie élégante », commande du journal La Mode, en 1830, soit l’époque où l’on faisait des « physiologies », des « études de mœurs » et « des analytiques de la vie sociale », et où l’on donnait des conseils sous forme de théorie. 

L’élégance peut-elle s’acquérir ? Oui, nous dit Givenchy. Et en 4 formules. Mais être élégant et savoir choisir (puisque c’est, je le rappelle, l’étymologie du mot) est-il une question d’argent ? Ou, du moins, d’acquisition, de possession et de propriété ? Et est-ce quelque chose qui s’acquiert, plus qu’elle ne se développe ? Autrement dit, l’élégance, est-ce une question d’être (naturelle ou cultivée) ou d’avoir (une qualité que l’on s’adjoint) ? 

Dans son fameux « Traité de la vie élégante », Balzac distingue trois types de vie : la vie occupée (c’est-à-dire où on travaille), la vie d’artiste (c’est-à-dire où on pense) et la vie élégante (c’est-à-dire la vie où on ne fait rien). Enorme avancée sur l’élégance avec Balzac : si l’élégant est celui ou celle qui sait choisir, l’élégant est aussi celui ou celle qui ne fait rien. Mais comment choisir tout en ne faisant rien ? A quoi bon savoir choisir ? Et à quoi bon un traité de la vie élégante, une Givenchy université ou des formules, si tout est une question, moins de faire quelque chose, « d’instinct ou d’habitude », ou encore de « sentiment », pour citer Balzac ? 

La grande idée de Givenchy, c’était celle-ci : donner la possibilité aux femmes d’assembler, en fonction de ses goûts et besoins, des pièces séparables. Loin de là les silhouettes imposées, les total look et les uniformes consensuels. Et là s’exerce le choix à peu de frais et d’activité de l’élégant ou de l’élégante : savoir choisir ses pièces, mais sans les faire, sans les créer. Or, n’est-ce pas encore le cas aujourd’hui ? Savoir choisir sans rien faire se serait-il vraiment perdu ou serait-ce plutôt devenu la norme sans qu’on se le dise ? 

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