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Le philosophe John Rawls à Paris en 1987

John Rawls, maïeuticien-justicier

5 min
À retrouver dans l'émission

En 1971, en pleine guerre du Vietnam et révoltes populaires, le philosophe américain John Rawls imaginait le dispositif du voile d’ignorance. Et vous, si vous ne saviez rien de votre situation sociale, quels principes choisiriez-vous pour fonder une société juste ?

Le philosophe John Rawls à Paris en 1987
Le philosophe John Rawls à Paris en 1987 Crédits : Frederic REGLAIN/Gamma-Rapho - Getty

Rawls, encore et toujours 

Aujourd’hui, je vous donne quelques nouvelles de John Rawls.
Philosophe américain, né en 1921 et mort en 2002, il a laissé une contribution majeure à la réflexion politique : sa Théorie de la justice.
Publiée en 1971 aux Etats-Unis (16 ans plus tard, en 1987 en France), en pleine guerre du Vietnam et des mouvements civiques américains, cette théorie et son auteur, Rawls, sont alors devenus des références incontournables en philosophie mais aussi en politique. 

Avec lui, se sont en effet reposées les questions classiques de ce qui fonde une société juste. Qu’est-ce que la justice ? Est-ce une égalité stricto sensu ou une équité des conditions ? En vertu de quels critères (matériels, économiques, politiques, mais aussi intellectuels et éducatifs) les citoyens peuvent-ils vivre à égalité ? Et surtout, quel contrat social faut-il imaginer afin que l’équité soit effective entre les membres d’une société dont les visions et les intérêts divergent ? 

Hasard de calendrier, convergence inconsciente de la recherche ou véritable air du temps politique, trois livres tout juste parus soulèvent à nouveau ces questions et mobilisent, travaillent, questionnent la théorie du philosophe américain.
Parmi ceux-là, il y a l’essentiel ouvrage de Catherine Audard, traductrice de Rawls : La démocratie et la raison : actualité de John Rawls, paru aux éditions Grasset.

Actualité de Rawls, c’est peu de le dire, tant la question qu’il pose de la justice et de l’égalité dans le cadre d’une société multiculturelle est d’une brûlante pertinence aujourd’hui. Tout comme l’expérience de pensée qu’il avait imaginée pour justement dégager ces conditions de vie égalitaire avec lesquelles chaque individu serait d’accord : le voile d’ignorance, et qu’a convoqué un député québécois, Gabriel Nadeau-Dubois, en mai dernier pour interpeller le Ministre québécois de l'emploi et de la solidarité sociale, François Blais, en pleine commission de l'économie et du travail :

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La « position originelle », une position universelle

Diagnostic d’une fragilité de la culture politique solution sous forme d’un idéal d’équité qui traite chacun de manière égale sans laisser personne à la traîne, mais d’abord métaphore centrale d’une « position originelle » dans laquelle chacun aurait à choisir des principes de justice sociale sans connaître sa situation socio-économico-politique et en faisant seulement appel à sa raison, ce sont les trois temps forts de la pensée de Rawls. 

Mais une chose est de les nommer, une autre de les comprendre puis de les utiliser. Comment s’en servir aujourd’hui, au-delà du contexte des Trente Glorieuses dans lequel a rédigé Rawls ? Comment les comprendre pour ensuite les utiliser ? 

Dans son ouvrage, Catherine Audard accorde une large place à cette « position originelle » comme « lieu de pensée » où chacun est appelé à revêtir un voile d’ignorance pour mieux accoucher de principes. Et l’intervention de Gabriel Nadeau-Dubois en témoigne : il y a une force opératoire de cette expérience de pensée, au-delà du contexte de rédaction de Rawls, au-delà des problématiques contemporaines qu’il connaissait…
Faites-en vous-mêmes l’expérience ! Si vous ne saviez rien aujourd’hui de vous, quel choix rationnel, raisonnable et libre feriez-vous pour ne pas être soumis à « l’arbitraire du destin » ? 

Dans un autre livre tout juste paru sur Rawls, La gauche américaine en France : la réception de John Rawls et des théories de la justice aux éditions CNRS, Mathieu Hauchecorne suit la diffusion de la pensée rawlsienne en France, dans les cercles académiques et comme affirmation d’une gauche américaine, non-marxiste. On y voit comment la lecture de sa théorie a été tributaire du contexte idéologique, mais ce faisant, apparaît également une plasticité des concepts de Rawls… de là, à y voir une force d’adaptation de ses thèses et une application encore possible, il n’y a qu’un pas. 

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