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Dessin d’après une peinture de Henry Tenre, 1890

Jusqu'où peut-on aller avec son chien ?

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À retrouver dans l'émission

La philosophe et biologiste Donna Haraway signe le "Manifeste des espèces compagnes" qui questionne notre cohabitation avec le vivant et tout particulièrement... le chien, partenaire de vie. Quelle est cette relation intime tissée avec son animal de compagnie ?

Dessin d’après une peinture de Henry Tenre, 1890
Dessin d’après une peinture de Henry Tenre, 1890 Crédits : De Agostini - Getty

Le Manifeste des espèces compagnes de Donna Haraway paraît dans une nouvelle traduction aux éditions Climats.
Professeure émérite à l’Université de Californie, philosophe et biologiste, Donna Haraway est d’abord connue pour un autre manifeste : le Manifeste Cyborg, qui a fait d’elle une des pionnières du cyberféminisme. 

Poursuivant sa réflexion sur les corps et leurs affinités, femmes, animaux ou cyborgs, elle se penche ici sur les espèces de compagnie, les espèces compagnes pour reprendre la nouvelle traduction de ce Manifeste. Et parmi tous ces animaux, il y en a un sur lequel elle se penche tout particulièrement, un animal qu’elle affectionne : le chien ! 

Une « écriture canine » pour « rejoindre le chenil pour la vie »

Savez-vous qui est Martha, celle à qui Paul McCartney clame tout son amour ? C’est sa chienne. Sur l’amour d’un chanteur ou d’une chanteuse porté à son chien, on trouve d’ailleurs de quoi faire. Étonnamment, en philosophie aussi !
Depuis quelques temps, notamment toute cette mouvance autour de la question animale, le chien connaît là aussi une actualité frappante. 

Colloques, rééditions ou essais (on pourra citer, par exemple, Chiens de Mark Alizart aux éditions puf), c’est bien dans cette actualité double (de la question animale et du chien précisément) que s’inscrit cette nouvelle traduction du Manifeste des espèces compagnes. Car ce qui intéresse Donna Haraway, c’est bien l’idée de « cohabitation, de coévolution et de socialité interspécifique incarnée », au moyen d’une « écriture canine » qui nous « invite à rejoindre le chenil pour la vie ».

Ce qu’on peut lire dans ce Manifeste, ce sont ainsi deux choses : 

  • des récits de partage entre les hommes et les animaux
  • et ce qui est la finalité de ce livre : le déploiement d’une éthique et d’une politique, je cite, « dévouées à la prolifération des « relations de partenaires ». 

Partenaires particuliers

Un récit de partage avec sa chienne Mlle Cayenne Pepper pour promouvoir ce qu’elle appelle les « relations de partenaires », c’est ce qu’on vient d’entendre à l’instant. Dans ces premières lignes du Manifeste des espèces compagnes que Donna Haraway qualifie elle-même de « pornographie soft », apparaît bien l’affinité au cœur de ces relations de partenaires.  

En décrivant le mélange des salives, le frottement des peaux et les caresses de poils, le terme « partenaire » prend en effet, sous sa plume, une autre dimension. Et c’est toute la spécificité de la démarche de Donna Haraway : à la différence de la plupart des essais sur la cause animale, elle tente, elle, de révéler que la dimension avec tout animal est d’abord affective, particulière, charnelle et sentimentale. D’où ce parti pris du récit singulier avec ses chiens… 

Mais jusqu’où cette relation de partenaire et d’affinité, et non de seule compagnie, est-elle possible avec son chien ? 

Cultiver l’affinité sans inégalités 

La question du dressage pointe justement cet enjeu de l’inégalité entre les chiens et les hommes. L’amour que l’on porte à celui-ci ne masque-t-il pas au fond une relation foncièrement inégalitaire ? On a beau être antispéciste, défendre la continuité des espèces, militer pour éthique animale ou une politique du vivant, comme le font les parutions actuelles sur la cause animale, ou comme le fait Donna Haraway, décrire le mélange cellulaire et identitaire avec son animal, cela est-il suffisant, ou n’est-ce pas trop justement ? 

L’originalité de ce Manifeste est de pousser la réflexion sur nos relations entre espèces jusqu’au bout, jusqu’à leur fusion, en partant pourtant de notre expérience la plus ordinaire, celle de l’amour que l’on a pour nos chiens, chats, oiseaux et autres.
L’enjeu est là : comment cultiver l’affinité, l’idée d’espèces compagnes, partenaires, sans en faire les faux alliés de notre pensée ?

Sons diffusés :

  • Paul McCartney, Martha my dear 
  • Lecture du Manifeste des espèces compagnes par Georges Claisse 
  • Extrait de la chaîne Youtube Educ-dog
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