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17 avril 2020, Jean-Luc Mélenchon, naissance de la nuque longue

La coupe mulet de Jean-Luc Mélenchon

5 min
À retrouver dans l'émission

La nuque longue de Jean-Luc Mélenchon a fait jaser dans les chaumières confinées. La crise du covid serait-elle aussi une crise esthétique bouleversant le regard que l'on porte sur soi ? La question de l’apparence ne serait-elle pas si dérisoire ?

17 avril 2020, Jean-Luc Mélenchon, naissance de la nuque longue
17 avril 2020, Jean-Luc Mélenchon, naissance de la nuque longue Crédits : THOMAS COEX / POOL - AFP

La semaine passée, la nuque longue de Jean-Luc Mélenchon a fait beaucoup parlé d’elle. Comme tout Français privé de coiffeurs depuis le 16 mars, on a bien compris qu’il jouait lui aussi le jeu de la quarantaine et n’était pas au-dessus des lois. Mais au-delà de cette courte analyse de communication politique, ses quelques centimètres de cheveux en plus disent bien quelque chose : la crise que nous vivons n’est pas seulement sanitaire mais aussi capillaire, voire esthétique. Comment le covid-19 a-t-il bouleversé le regard sur nous-mêmes ? 

Symbole capillaire de la ringardise ?

Comme beaucoup, j’ai moi aussi été autant happée par les cheveux longs de Jean-Luc Mélenchon que par son discours. Certains l’ont comparé au tennisman André Agassi, version années 90, d’autres y ont vu la fatalité de la fermeture des coiffeurs se passant eux-mêmes une main dans leurs crinières laissées à l’abandon. Mais le constat était là : l’Insoumis arborait une coupe mulet. 

La coupe mulet est un sujet assez fascinant : elle a ses chansons, ses détracteurs et ses fans… et son article Wikipédia. Comme tout signe extérieur dépassé, les magazines se demandent régulièrement si, en vertu du cycle de la mode, elle va redevenir un usage acceptable voire désirable. Car, le mulet, qui se porte court devant, sur le front et les tempes, et long derrière, est le symbole capillaire de la ringardise.

C’est la coupe des footballeurs des années 80, des rednecks américains ou des allemands qui portent des chaussettes dans leurs claquettes. Mais pas des personnes de bon goût. Voilà, arborer une telle coupe, volontairement ou non, c’est être suspecté de mauvais goût, d’indifférence ou pire d’infraction au code d’honneur capillaire. Ce n’est pas un acte neutre, au contraire : c’est un acte notable, sérieux en termes de représentation extérieure. 

Mais que faire quand c’est la situation qui impose le mulet, et non l’inattention ou un choix émanant de soi ? On peut trouver ce problème dérisoire, mais c’est une vraie question, et beaucoup plus large : que faire quand ce que l’on montre de soi, cheveux ou habits, ne vient précisément plus de soi ?

L'apparence condamnée

Quand on suit l’actualité du covid, le nombre de morts par jour, les soignants plus que sous tension, la détresse des personnes isolées, on ne peut que trouver que la question de l’apparence (des cheveux, des habits, de l’épilation) est une question dérisoire. C’est pourtant l’un des sujets les plus abordés sur les réseaux sociaux ou dans des discussions personnelles. Elle reste, c’est vrai, une simple préoccupation, et pas une information de premier ordre… Mais d’ailleurs, pourquoi pas ? 

Pourquoi la question de l’apparence ne serait-elle pas décisive ? C’est une chose que je me suis souvent demandé : pourquoi l’apparence devrait-elle toujours être mise de côté, condamnée pour sa duplicité ou sa superficialité ? jugée pour l’importance excessive qu’on lui accorde alors qu’elle ne serait qu’une surface, que le jouet de notre ego surdimensionné ou au contraire de notre faiblesse de caractère, influencé par les tendances ? 

Car, de fait, cette crise, comme toute situation grave qui nous touche physiquement, n’est pas seulement psychologique, éthique, médicale ou politique, elle est aussi esthétique. Paradoxalement, on va rire de la nuque longue de Mélenchon (et on peut !), on va se moquer de ces personnes qui veulent s’épiler, ou dont le premier rendez-vous pris est chez le coiffeur, mais c’est aussi, et même d’abord en surface, à nos cheveux, à nos masques, à nos gants, que cette crise se voit…

Crise à portée esthétique

Masques, cheveux, gants, notre apparence n’est plus la nôtre, elle n’a plus les codes qu’on lui connaissait, elle est le reflet de la crise, elle est, par là-même en crise… On pourra toujours me dire que l’apparence que l’on croit sienne, n’est pourtant jamais la nôtre, mais celle d’une époque, d’un héritage génétique, de ce que les autres projettent ou d’un statut social. 

Là est aussi le problème de cette crise à portée esthétique, elle est visible, elle se voit, et elle rend visible cet enjeu qu’on connaît tous et toutes : comment faire sienne une apparence qui nous échappe, qui n’est pas seulement le reflet, même fabriqué, trafiqué, aliéné de soi, mais d’une situation ? Comment travailler, transformer et incorporer ces nouvelles données, en jouer aux yeux des autres et en faire quelque chose de soi…
Là-dessus, il faut le dire : le covid en a rajouté une sacrée couche. 

Sons diffusés :

  • Prise de parole de Jean-Luc Mélenchon le 28 avril 2020 à l'Assemblée nationale 
  • Franck Provost répond à vos questions, BFM TV, 1/05/20
  • Le mulet de David Cretta et Jacky Mercury
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