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Theodor W. Adorno (1903-1969)

La culture au prisme de Theodor Adorno

5 min
À retrouver dans l'émission

Prismes, critique de la culture et société reparaît aux éditions Payot.

Theodor W. Adorno (1903-1969)
Theodor W. Adorno (1903-1969) Crédits : Röhnert/ullstein bild - Getty

Au programme aujourd’hui : Prismes, critique de la culture et société de Theodor Adorno, qui paraît à nouveau chez Payot. Philosophe de l'École de Francfort, sociologue et musicologue allemand majeur du XXème siècle, Adorno n'est pas le plus facile d'accès, mais on nous assure, en 4ème couverture, que ce livre, Prismes, est l'un des meilleurs accès à son œuvre. Et c'est vrai ! Constitué de plusieurs textes, Adorno y développe sa « critique de la culture », en partant toujours d'une figure ou d'un phénomène du monde de l'art, de la littérature ou de la musique... 

Parmi les chouchous d’Adorno (pardon pour ce mot qui n’est pas du tout adornien pour le coup mais qui me le rend proche), il y a Schoenberg. Et ce qu’il aime avec sa musique, c’est qu’il a su, dès ses 1ères œuvres, déconcerter, décevoir même, les attentes d’un public, je cite, “pétri par l’industrie culturelle”. 

Et c’est bien ce que refuse radicalement Adorno dans la culture et ses productions : ce « pétrissement » du public, son avachissement, son conformisme. Dès les 1ères pages de ce livre, avant même de s’en prendre aux produits de cette culture de masse, il pointe le pire de ce système, celui qui s’en fait le défenseur théorique : le critique, le collectionneur expert ou le critique d’art. 

Pour Adorno, ce critique est celui qui, je cite, prétend “s’élever théoriquement au-dessus du désastre régnant” tout en participant à la culture ; celui qui, je cite encore, “ne se contente pas de se soumettre au principe de la vénalité marchande et de reproduire les catégories socialement prédominantes, mais s’adapte objectivement à l’ordre établi”... et en vient à décrédibiliser un artiste comme Schoenberg pour lui préférer un phénomène de masse… 

On peut dire que l’amour que porte Adorno à Schoenberg est égal au dégoût que provoque pour lui le jazz… Lire son texte “Mode intemporelle, à propos du jazz”, est à cet égard vraiment jouissif, il ne mâche pas ses mots, il livre sans fard, ni lâcheté, son appréciation de cette musique qui n’a pas su, en 40 ans, se remettre en question ni remettre en question l’ordre musical. 

Et c’est bien là que réside le nœud de la critique d’Adorno de la culture : s’adapter à l’ordre établi, comme le critique d’art, avoir des attentes, comme le public, et, concernant les créateurs, ne jamais remettre en question les structures musicales déjà là… TOUT en se présentant, et c’est là le comble, comme anticonformistes, comme étant au-dessus de la masse. Entre l’être et l’apparence, Adorno pointe le décalage : la culture se présente peut-être comme libre, affranchie, mais elle reste, au fond, aliénée à l’ordre établi, aux catégories dominantes et à la vénalité marchande… 

Cette critique de la culture d’Adorno est séduisante, actuelle, percutante… mais problématique : car lui, comment fait-il pour critiquer la culture sans y participer ? Comment fait-il pour échapper aux feux de sa propre critique ? 

A côté de la musique, Schoenberg, le jazz, mais aussi Bach, Adorno nous propose tout un ensemble de réflexions sur Benjamin, l’utopie d’Aldous Huxley… et puis sur Kafka ! Vous lisiez l’auteur du Procès comme l’écrivain du malaise, de la condition aliénée, déjà vue, déjà connue, de l’homme...eh bien, vous aviez tort, pour Adorno. 

Mais pourquoi lui, aurait-il mieux lu Kafka que nous, pourquoi aurait-il mieux écouté Bach ou le jazz que d’autres ? C’est que, comme Adorno l’affirme à propos de Kafka : tout est sujet à interprétation et rien ne peut être arrêté, figé, et encore moins par des critiques et une foule. La culture est dangereuse parce qu’elle arrête ses jugements et flatte un public, et Adorno, lui, veut y résister, complètement la refuser. Il n’a peut-être pas raison (dans ses goûts) mais il n’a au moins pas tort sur son geste. 

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