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Portrait posthume de Christophe Colomb
Épisode 4 :

"Paranoïer"

5 min
À retrouver dans l'émission

L’esprit peut-il partir en vacances ou tourne-t-il à vide jusqu’à la paranoïa ?

Portrait posthume de Christophe Colomb
Portrait posthume de Christophe Colomb Crédits : Sebastiano del Piombo (1485-1545)

Comme activité estivale, j’ai décidé de me pencher aujourd’hui sur une activité inattendue, pas forcément agréable, ce n’est pas la photographie ni le bronzage… non cette activité, c’est la paranoïa. Vous pouvez me dire que cette activité n’a rien d’estival. C’est vrai. Mais je me suis dit que les vacances avaient parfois une dimension plus sombre, plus obscure, qu’il faut bien un peu d’inquiétude pour prendre conscience de tout l’éclat et de l’effort que supposent le repos et la détente, et que, surtout, c’est bien souvent en vacances, dans ces moments de solitude et de désœuvrement que l’esprit vagabonde, et parfois, se perd dans ses propres méandres… 

L’histoire des idées, le cinéma ou la littérature ne manque pas d’exemples de paranoïa. Cet extrait du film de L’enfer de Claude Chabrol en témoigne : le mari jaloux, prêt à séquestrer sa femme, pour un soupçon, en est une des figures classiques. L’Histoire, tout court, ne manque pas non plus de ces figures paranoïaques, et c’est tout l’objet de ce livre de Luigi Zoja, Paranoïa, la folie qui fait l’histoire

Pour cet intellectuel italien, sociologue et psychanalyste, la paranoïa est un des ressorts de l’histoire : du massacre des Indiens d’Amérique à la 2nde Guerre Mondiale jusqu’aux guerres préventives des démocraties face au terrorisme, la paranoïa qui caractérise des figures comme Staline ou Hitler et des politiques totalitaires, serait une des manières de rendre compte de grands événements jusqu’ici réservés aux explications sociales, économiques et politiques. 

Eclairer l’histoire par la psychanalyse, et inversement la psychanalyse par l’histoire, c’est donc l’enjeu de ce livre de Luigi Zoja… Mais quel rapport au fond avec vos vacances et l’angoisse paranoïaque qui peut parfois vous étreindre en cette période ? Quel rapport entre l’Histoire et vos vacances ? Qu’ont en commun la paranoïa individuelle et circonstancielle et la paranoïa collective et historique ? 

Comme ce livre le rappelle très bien : tout commence pour la paranoïa avec Ajax, le héros grec qui veut être le plus fort. Son désir n’a plus de limites, sa raison se laisse déborder… Littéralement. Car la paranoïa, c’est à l’origine l’esprit qui se déborde, c’est l’esprit qui trouve de quoi s’exercer et dans le combat et face à l’autre… Mais quand l’esprit est seul, sans ennemi, ni champ de bataille, où déborde-t-il ? 

Ce qui est frappant dans la paranoïa est là, dans ce dévoilement du fonctionnement de l’esprit : un esprit qui tourne à vide, qui veut s’exercer, s’employer, s’activer mais ne trouvant pas à quoi, étant en vacances, vacant, vide, va imaginer, va se créer de toutes pièces une occupation, une cause, une histoire, une lutte. C’est comme si l’esprit ne pouvait souffrir d’être désœuvré… 

Mari jaloux, dictateur, héros tout-puissant… et maintenant Christophe Colomb, soit une autre figure paranoïaque. Celle de l’individu seul qui réussit à convaincre une foule, car la paranoïa se diffuse, contamine, et elle passe ainsi d’une solitude à un groupe. C’est l’autre point frappant de la paranoïa : quand l’esprit déborde, il déborde aussi sur les autres. Décidément… c’est comme si on devait en conclure que l’esprit ne pouvait jamais être en vacances…  Devrait-on même renoncer à en prendre ? Ou obliger son esprit à ce terrible  effort : être seul, désœuvré, en vacances ?

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