LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Freaks  La monstreuse parade  1932  directed by Tod Browning Johnny Eck

La philosophie face à ses monstres

4 min
À retrouver dans l'émission

Corps informes, freaks, mondes sans hommes… une philosophie du monstre est-elle possible ?

Freaks  La monstreuse parade  1932  directed by Tod Browning Johnny Eck
Freaks La monstreuse parade 1932 directed by Tod Browning Johnny Eck Crédits : COLLECTION CHRISTOPHEL / RnB © Metro-Goldwyn-Mayer Pictures - AFP

Deux publications ont aujourd’hui attiré mon attention, deux publications qui m’ont même fascinée : car, elles témoignent, justement, de la fascination de la philosophie pour l’horreur, pour le monstrueux…

Plus précisément, elles soulèvent une question très proche, voire similaire, en partant de l’horreur et du monstrueux : la question de l’identité de ce qui ne nous ressemble pas, de ce qui nous dépasse, de ce qui est hors de contrôle, de nos catégories, de notre raison et du raisonnable, la question, donc, de l’identité de ce qui n’est pourtant pas du tout identique à nous et suscite en cela sidération, fascination ou horreur…

Deux ouvrages donc pour cette même question : d’abord, l’ouvrage tout à fait classique, d’ailleurs paru en Classiques Garnier, Le monstre, la vie, l’écart, de Bertrand Nouailles, qui revient sur la tératologie, la science des monstres, proposée et structurée par les naturalistes Etienne Geoffroy Saint-Hilaire et son fils, Isidore, dès le milieu du XVIIIème siècle ; et ensuite, l’ouvrage, The Thing, une phénoménologie de l’horreur, paru aux éditions MF, sous la plume de Dylan Trigg, livre plus insolite dans sa forme et ses références, comme, par exemple, les réalisateurs David Cronenberg, John Carpenter, ou encore l’écrivain Lovecraft…

Cette nouvelle de Lovecraft, dernièrement traduite sous le titre, Chuchotements dans la nuit… pose exactement le décor de ce qu’est faire l’expérience de l’horreur et du monstrueux : à savoir faire une expérience dont on ne peut rien prouver, une expérience sans nom, anonyme, brouillée, nocturne.

Et de fait, ces deux ouvrages commencent en décrivant cette expérience là : nous voici sur une planète au beau milieu du système solaire, entre océans de glace et noir total, avec Dylan Trigg, ou nous voici plongés dans un bocal de formol avec les Geoffroy Saint-Hilaire aux côtés d’un corps déformé…

Or, comment décrire ce qui nous entoure quand on ne le reconnaît pas ? Avec quels mots, quels concepts ? En fait, et comme le dit très bien, Dylan Trigg, comment penser un monde seulement fait de matière, un monde sans nous, sans sujet, et donc sans pensée ?

Déjà, au milieu du XVIIIème siècle, c’était l’enjeu des Geoffroy Saint-Hilaire, père et fils, et c’est l’enjeu de cet ouvrage de Bertrand Nouailles consacré aux deux naturalistes : saisir le monstrueux, dépasser l’horreur de la pure matérialité des corps, hors de la raison, pour le ranger dans des cases, pour identifier le déviant et dégager des normes…

Mais voilà le drame : à force de nommer le monstre, qu’en reste-t-il ? A force de créer des normes, n’a-t-on pas rendu le monstre normal ? Car l’idée n’est pas de laisser le monstre au ban, mais au contraire, de penser grâce à lui, ses formes et son imaginaire le corps, l’expérience, leur phénoménologie, quand ils sont hors du temps, de nous, de l’espace, au seuil.

Extraits :

-HP LOVECRAFT, Chuchotements dans les ténèbres (France Culture, « Samedi noir », 2016)

-Freaks, film de Tod Browning

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......