LE DIRECT
John Dewey (1859-1952)

La politique philosophique de John Dewey

6 min
À retrouver dans l'émission

C’est un événement dans le monde de la philosophique politique : la parution des Ecrits politiques de John Dewey !

John Dewey (1859-1952)
John Dewey (1859-1952) Crédits : Bettmann - Getty

J’aimerais revenir aujourd’hui sur la publication des Ecrits politiques de John Dewey, il y a quelques semaines, aux éditions Gallimard. Ces Ecrits sont un événement pour la pensée politique, puisqu’ils donnent à entendre, sur plus de 50 ans, de 1888 à 1942, la réflexion d’un philosophe majeur sur la politique de son pays, les Etats-Unis. On peut se plaindre que, parfois, les penseurs restent dans leur tour d’ivoire, ce n’est pas le cas ici, alors ne boudons pas notre plaisir ! 

John Dewey, pour ceux qui ne le connaissent pas ou peu, est né en 1859 et mort en 1952. On lui doit notamment des livres comme Le public et ses problèmes ou L’art comme expérience

Philosophe et psychologue, c’est une grande figure du courant pragmatiste, initié par William James et Charles S. Peirce. Le pragmatisme, comme son nom l’indique, ne veut pas céder à la tentation métaphysique des philosophies rationalistes ou idéalistes. 

Sa méthode, c’est celle de l’enquête, le fait de se pencher sur les conditions d’émergence et de résolution d’une question. Et sa finalité, ce n’est pas de révéler la vérité, la seule et l’unique, inconditionnelle, mais au contraire, de soutenir des convictions et des principes qui ne peuvent se soustraire à l’expérience, l’enquête et l’histoire. 

Ces textes, rassemblés ici, et qui sont autant de réflexions sur la vie politique et américaine, n’ont donc rien de surprenant pour un philosophe pragmatiste : ils sont le fruit d’une pensée de « plain-pied avec les affaires du monde ». Ni application de principes a priori, ni instrumentalisation du réel pour en dégager une vérité éternelle, John Dewey prône (ce qu’on trouve dans des textes comme « Philosophie et démocratie », « Philosophie et civilisation » ou tout simplement intitulé « Philosophie ») une philosophie qui n’a de sens qu’en articulation avec ses conséquences politiques et sociales. 

Là est le 1er point qui fait de la publication de ces Ecrits politiques un événement : ils rappellent qu’une autre philosophie est possible, où la pensée n’a de sens qu’incarnée dans la vie collective...

Bien sûr, John Dewey est mort bien avant les problèmes actuels que connaissent les Etats-Unis : pauvreté, racisme et armes à feu, comme le rappelle cet extrait de Bowling for Columbine, le documentaire de Michaël Moore. Pourtant, il semble nous livrer, à travers ses Ecrits politiques, cette méthode propre au pragmatisme qui est de partir de questions concrètes pour penser des résolutions attentives aux conséquences qu’elles ont pour la vie commune. En témoignent par exemple son texte de 1923, « Ethique et relations internationales », ou celui intitulé « Démocratie et administration de l’enseignement », qui date de 1937, dans lesquels il étudie les croyances, les points de vue, les solutions possibles et leur mise en œuvre… 

Avec John Dewey, semble ainsi se produire le dépassement d’une opposition, d’un dualisme entre une philosophie des idées et une philosophie appliquée, mais surtout semble se produire un renversement, et c’est le 2ème point qui fait de ces Ecrits un événement : il s’agit moins de réflexions philosophiques sur la politique que la mise en place d’une politique philosophique. Mieux : d’une démocratie philosophique, puisque c’est le terme, la notion et le régime qui intéresse le plus John Dewey… Après Alexis de Tocqueville et la démocratie sociologique, nous voici donc en terre de la démocratie philosophique, mais à quoi ressemble-t-elle ? Comment la définir ? 

Entre les textes sur le sens de sa philosophie et ceux qui partent de problèmes concrets (relations internationales, violence ou enseignement…), il y a tous ceux qui se penchent sur les grandes figures de l’Histoire : Hobbes, Grotius ou les pragmatistes qui l’ont précédé, pour la pensée, Hitler et le monde du totalitarisme, ou Jefferson pour la fondation américaine… Dans « Présentation de Thomas Jefferson » de 1940, Dewey trace le portrait philosophique du 3ème Président des Etats-Unis : comment sa Déclaration d’Indépendance ne relève-t-elle pas d’un idéalisme chimérique ? En quoi se fait-elle philosophie concrète ? 

De ses mots spécifiques à certaines époques à la mise en place de « petites Républiques » locales en passant par sa volonté de réviser la Constitution régulièrement, Jefferson, selon Dewey, incarne la démocratie philosophique : celle où le langage, le gouvernement et la vivacité des lois ne sont pensées que dans l’Histoire… 

Bibliographie

.

Ecrits politiquesJohn DeweyGallimard / NRF, 2018

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......