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Don Juan (Niels Arestrup) et Elvire  (Irina Brook) dans Don Juan ou le festin de pierre, mise en scène Maurice Benichou

La séduction mise à nu

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En plein débat sur l’égalité des sexes, où en est-on de la séduction ? Quelle est-elle ? Deux essais pour y répondre.

Don Juan (Niels Arestrup) et Elvire  (Irina Brook) dans Don Juan ou le festin de pierre, mise en scène Maurice Benichou
Don Juan (Niels Arestrup) et Elvire (Irina Brook) dans Don Juan ou le festin de pierre, mise en scène Maurice Benichou Crédits : THIERRY ORBAN/Sygma - Getty

Séduire est-il encore possible ? C’est une des questions posées en plein débat sur l’égalité des sexes, les uns plaidant pour un modèle alternatif de séduction qui ne soit plus fondé sur la différence masculin / féminin, les autres pointant la menace de disparition de la séduction dès lors qu’on abolit toute distinction. 

Mais jusqu’où la séduction s’ancre-t-elle dans cette différence des sexes ? Séduire implique-t-il nécessairement une relation de domination ou de duperie ? La séduction est-elle vraiment en train de s’éteindre ou serait-elle plutôt en train de s’étendre à tout, se diffusant de l’amour et du sexe aux sphères économiques, esthétiques et politiques ? 

Au fond, l’enjeu n’est pas celui du jugement, mais bien de l’essence : qu’est-ce que la séduction ? Cette essence est-elle plastique, compatible avec toutes les transformations de la séduction ? Ou gravée dans le marbre ? 

On ne peut pas parler de séduction sans évoquer Don Juan : deux livres parus dernièrement en font le point de départ de leurs propos. Marie-Francine Mansour avec Ruses et plaisirs de la séduction, paru chez Albin Michel et Gilles Lipovetsky dans Plaire et toucher, Essai sur la société de séduction, publié en novembre aux éditions Gallimard. Don Juan, en termes de séduction, c’est LA référence, LE modèle par excellence de la séduction, ou plutôt du séducteur : figure forcément masculine, forcément mal intentionnée, forcément dominatrice. 

Genre, intention, force, Don Juan permet de dégager les facettes essentielles de la séduction. Et l’enjeu, aujourd’hui, est bien celui-ci : s’il n’y a plus de genre distinct, plus d’intention de tromper ni de rapport de force, que reste-t-il encore de la séduction ? Est-ce encore de la séduction ? Ces deux livres n’y coupent pas, ils affrontent ses traits essentiels : 

-Marie-Francine Mansour prend ainsi le parti de l’histoire, plus que de l’essence, tentant de saisir la séduction de la Bible à Jane Austen, par représentations, féminines plus que masculines d’ailleurs (hétaïre, courtisane, muse)

-quand Gilles Lipovetsky, de son côté, et au présent, le souligne dès son introduction : on a tôt fait de réduire la séduction à un stratagème ou une technique de tromperie, dans la séduction, il y a d’abord l’attraction… 

Comment penser la séduction en termes de simple attraction, en la débarrassant de tout soupçon ? Mais en la débarrassant aussi de tous ses fards, de tous ses atours dont elle se sert mais qui la maquillent aussi, et empêchent de la voir autrement que comme une mauvaise farce ou un jeu de dupes ? Comment penser une séduction, non plus restreinte et négative, mais “augmentée” et “créatrice”, comme le propose Gilles Lipovetsky ? 

Pour penser une telle séduction, augmentée, eh bien, il faut en fait revenir à son essence 1ère, je cite : “un état émotionnel, une expérience 1ère et universelle se confondant avec le ressenti de l’attrait”. Ce qui est alors frappant avec la séduction, c’est qu’elle est n’est pas une manière ajoutée, cosmétique, à nos relations, et qui en vient à se faire plaisir à soi, contre l’autre, mais une forme de relation, une manière d’entrer en contact avec l’autre, une manière d’être à l’autre. 

Mais jusqu’où cette expérience 1ère peut-elle être retrouvée quand la séduction déborde partout ? 

Drague, marketing, mode, et même la politique : la séduction n’est plus une affaire entre deux êtres, deux genres, ni une affaire d’amour. Et c’est mieux : car elle permet de comprendre ce qui fonde une communauté, ce qui crée des relations non plus entre deux, mais entre tous, ce qui permet de croire, d’adhérer en une pensée, une voix, une politique ou autre. Reste qu’elle est encore entachée de sa réputation trompeuse, celle d’enjôler et de duper. Et la question est là : peut-on vouloir plaire et séduire sans qu’il y ait d’abord un amour de soi ? Comment séduire peut-il désormais définir un rapport à deux et plus, plutôt qu’un rapport à soi seul ? 

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