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Image du projet "DAU" au Théâtre du Châtelet

L’affinité avec l’art contemporain est-elle possible ?

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Quelles affinités avoir avec l’art contemporain ? Cette question n’est pas neuve, mais si vous ne savez quoi faire ce week-end et si vous êtes à Paris, deux événements très différents permettent de la poser encore une fois : le Salon International d’Art Contemporain Art3f et le projet DAU.

Image du projet "DAU" au Théâtre du Châtelet
Image du projet "DAU" au Théâtre du Châtelet Crédits : Philippe LOPEZ - AFP

Le premier événement a lieu Porte de Versailles, au Parc des Expositions : dès ce soir et jusqu’à dimanche, s’y tiendra le Salon International d’Art Contemporain, Art3f. Ambiance conviviale, rencontre avec les artistes et possibilité d’acquérir des œuvres habituellement hors de prix, c’est la promesse de Art3f, allant ainsi contre toutes les étiquettes qu’on accole au monde de l’art contemporain, à savoir : snob, élitiste, fumeux et clivant… 

Proximité veut-elle dire affinité ?

Difficile de parler d’art contemporain sans avoir en tête la pièce Art de Yasmina Reza… On y retrouve tous les clichés de l’art contemporain, mais peut-être en premier lieu l’incompréhension dont il fait l’objet. Que l’on se trouve face à une de ces œuvres, que l’on en parle entre amis, ou que l’on écoute les discours des artistes, prédomine souvent ce sentiment : l’incompréhension. Que peut bien nous raconter ce monochrome, cette œuvre, cet ami, cet artiste ? Pourquoi l’œuvre ne semble-t-elle pas se suffire à elle-même ? 

Comme je le disais, la question n’est pas neuve… Et l’art contemporain, parce qu’il se veut volontairement incompréhensible ou parce qu’il est profondément incompris, a tout naturellement donné lieu à une foule d’essais.
Parmi ceux-là, on peut par exemple citer en français : La querelle de l’art contemporain de Marc Jimenez, La crise de l’esthétique et L’art à l’état gazeux d’Yves Michaud, L’art contemporain : Histoire et géographie de Catherine Millet, ou Le paradigme de l’art contemporain de Nathalie Heinich, entre autres… 

Volonté d’en éclaircir l’intention et les enjeux, souci de l’inscrire dans une histoire de l’art, pamphlet critique ou défense acharnée de sa radicalité, toute cette production est paradoxale, car en voulant recadrer conceptuellement l’art contemporain, en voulant le rendre compréhensible et en tentant ainsi de calmer les esprits, elle n’a pas forcément apaisé les a priori et les conversations entre amis. 

De là, cette question : jusqu’où la proximité avec une œuvre (par le prix, le discours, l’ambiance, par la théorie, etc.) peut-elle assurer une affinité avec celle-ci ? Faut-il d’ailleurs à tout prix tenter d’être proche d’une œuvre pour s’en faire une idée, un goût, et en parler ?

Esthétique de la rencontre 

L’affinité avec une œuvre passe-t-elle forcément par la proximité, l’accessibilité, par sa vulgarisation, par le fait aussi de la rendre sympathique ?
Le deuxième événement qui a lieu en ce moment-même à Paris, c’est ce projet fou, le projet DAU. Théâtre, exposition, visionnage, ce projet total mise depuis le début sur sa dimension immersive. 

On retrouve ici l’idée d’être proche d’une œuvre, et même plus que d’approcher l’œuvre, on en fait partie. Ce qui est intéressant ici, c’est ainsi cette volonté d’intégrer le spectateur à l’œuvre, que celle-ci ne fonctionne pas sans public ni participants. Cependant, jusqu’ici les impressions des visiteurs seraient plutôt mitigées, l’expérience ne serait pas à la hauteur du projet… Certes, l’immersion est là, la proximité est assurée, mais ça ne prendrait pas. 

De la proximité à l’affinité, de l’immersion à la compréhension, il n’y aurait donc pas qu’un seul pas, il y aurait un fossé… C’est précisément ce problème que les chercheurs et universitaires Esthelle Zhong Mengual et Baptiste Morizot ont soulevé dans un essai paru au Seuil, Esthétique de la rencontre. Ce problème, pour eux, n’est pas celui de la proximité avec l’art contemporain, mais celui de la rencontre. Car si la proximité suppose de mettre en contact deux objets bien séparés, la rencontre, elle, a ceci de particulier qu’elle met en lien deux êtres, spectateurs et œuvres, disponibles à l’autre et susceptibles d’être transformés l’un à travers l’autre. 

Alors, certes, il y a des rencontres ratées, mais l’idée est là : ne pas changer le spectateur de l’art contemporain ou ne pas rendre accessible ni sympathique l’œuvre, mais tenter, au sens premier de l’affinité, une combinaison des deux. 

Sons diffusés :

  • Art de Yasmina Reza
  • Bande-annonce du projet DAU 
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