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Frantz Fanon

L’aliénation selon Fanon, de la psychiatrie au colonialisme

5 min
À retrouver dans l'émission

Comment la lutte contre l’aliénation coloniale s’enracine, chez Frantz Fanon, dans sa lutte contre l’aliénation psychiatrique ?

Frantz Fanon
Frantz Fanon Crédits : STF - AFP

C’était déjà un événement en 2015 lorsque ses Ecrits sur l’aliénation et la liberté étaient sortis aux éditions de La découverte, nous en avions alors parlé ici, leur parution en poche en reste un à mes yeux, c’est pourquoi je suis ravie d’en parler à nouveau. 

Ces textes sont exceptionnels, parce qu’ils sont longtemps restés inédits ou inaccessibles. Et ça fait toujours quelque chose de découvrir les autres dimensions, les soubassements, les hors-champs d’une grande œuvre. 

Car Frantz Fanon, s’il faut le rappeler, né à Fort-de-France en 1925, mort prématurément à l’âge de 36 ans, aux Etats-Unis, en 1961, est un militant anticolonialiste qui a marqué les droits civiques et les études postcoloniales, avec deux livres notamment : Les damnés de la terre (rendu célèbre par une violente préface de Sartre, en 1961) et Peau noire, masques blancs, en 1952.  

Quand on cite Fanon et son célèbre Peau noire, masques blancs, on peut oublier que sa formation 1ère était la psychiatrie. Articles scientifiques, thèse fondatrice en 1951 sur les altérations mentales, notes de cours, compte-rendu de cas et de traitements, ces textes constituent la partie la plus importante de ces Ecrits sur l’aliénation et la liberté

Parce qu’ils nous révèlent comment tout s’enracine, chez Fanon, dans la psychiatrie, comment la révolution qu’il a voulu entreprendre face à l’aliénation coloniale part en fait de réflexions et d’une pratique déjà révolutionnaire de la psychiatrie face à l’aliénation mentale et physique, ces textes sont 1ers, certes, importants, aussi en volume, mais surtout précieux enfin pour la pensée. Car ce qu’on y découvre notamment, c’est l’approfondissement que Fanon élabore, construit, expérimente de l’aliénation….  

En quoi un patient, atteint d’un délire de possession par exemple, en quoi un autre, épileptique,  ou encore, un autre qui a commis un acte de folie, tel un meurtre, sont-ils tout autant aliénés à une pathologie qu’à la lecture que les médecins font de cette pathologie ? En quoi sont-ils tout autant aliénés à un traitement qu’on a choisi pour eux qu’au lieu où on les enferme ? 

Dès ces Ecrits psychiatriques, parfois difficiles car non littéraires, partant de cas concrets et de traitements aux procédures compliquées, on voit comment s’annonce la grande thèse de Fanon sur l’aliénation : comment le regard porté par l’autre sur soi nous rend étranger à nous-mêmes, nous assignant à des causes biologiques, et nous renvoyant à des traitements religieux, raciaux, genrés. 

Mais comment se désaliéner du regard de l’autre ? Et comment désaliéner cet autre d’un regard lui-même aliéné ? Plus que lutter contre des pathologies physiques ou psychiques, comment, lutter contre ce que Fanon appelle la « pathologie de la liberté » ?

Luttant contre l’ethnopsychiatrie (qui réduisait les troubles à des causes purement organiques), Fanon prôna la « socialthérapie », soit la prise en compte de la culture dans le traitement du malade (pour éviter de se rabattre encore une fois sur la nature). Il écrivit aussi du théâtre, qu’on peut découvrir ici, puis, comme on le sait, des textes politiques. Dans tous ces registres, il s’est ainsi tenu à une chose : remédier à l’aliénation qu’il s’agisse de celui qui est dominé ou de celui qui domine, pensant pourtant être libre. 

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