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Salvador Dali,  posant au côté de son tableau intitulé "L'âme politique de Picasso" (1953)

Faut-il être fou pour créer ?

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Dali, Artaud, Van Gogh, Niki de Saint-Phalle… comment être assez fou mais pas trop pour créer ?

Salvador Dali,  posant au côté de son tableau intitulé "L'âme politique de Picasso" (1953)
Salvador Dali, posant au côté de son tableau intitulé "L'âme politique de Picasso" (1953) Crédits : STF - AFP

La création et la folie aujourd’hui grâce à ce livre du psychiatre et psychanalyste Thierry Delcourt qui sort aujourd’hui-même, aux éditions Max Milo : La folie de l’artiste, créer au bord de l’abîme. Thierry Delcourt s’était déjà penché sur la création, avec un livre consacré à Carolyn Carlson (De l’intime à l’universel, Actes Sud, 2015) et un autre : Créer pour vivre – Vivre pour créer (l’Âge d’Homme, 2013), mais cette fois-ci, ce n’est pas la vie ni l’universel qui l’intéressent : mais, au contraire, la création à partir de cas singuliers, qui frôle l’abîme, la folie, la dépression ou le suicide.

1er cas : évidemment, Salvador Dali… Avec lui, le lien entre folie et création paraît tomber sous le sens, tant il incarne l’artiste du délire, sans limites, ni surmoi, ni vernis social. Pourtant, la folie de Dali n’a rien à voir avec celle si classique de l’artiste maudit, tel Van Gogh ou Camille Claudel, ou avec celle, clinique, d’un Francis Bacon ou d’un Jean-Michel Basquiat… 

Pourtant, le lien entre art et folie nous paraît au fond évident… mais en quoi la folie serait-elle une composante de la création ? Et dans quelle mesure ? Quel grain faut-il avoir pour créer, et faut-il seulement avoir un grain ? Par exemple, chez Dali, de quoi s’agit-il ? De petite fantaisie ou de total mal-être ? 

Ce sont précisément les questions qui sont soulevées ici, car lui-même brouillait les pistes, jouait avec son nom, son image, ses rêves, la veille et le sommeil, l’inconscient et l’inconscience… la folie semble même sa création, mais juste ce qu’il faut. Assez fou pour créer mais pas trop non plus pour être pris au sérieux. 

Encore de la merde, après celle de Cézanne, selon Dali, celle d’Antonin Artaud. C’est un des autres cas évoqués dans ce livre pour évoquer les liens entre l’art et la folie, mais avec lui, Artaud, c’est moins la question du dosage, de la quantité de folie qui se pose, que celle de ses propriétés : comment être fou, quelles propriétés folles faut-il avoir pour créer sans pour autant tomber complètement dedans ? Comment se tenir au bord de l’abîme sans sombrer soi-même ? 

C’est tout le paradoxe de la folie dans l’art : celle de son identification d’abord, de son dosage ensuite, et puis celle de sa valeur. Comment la cultiver ? Laquelle ? Et donc, comment en faire, délibérément, une condition pour créer ? Comment choisir d’être fou pour s’en servir à bon escient ? Est-ce possible ?

Dali y répond d’une certaine manière, Artaud aussi. Mais quand Dali faisait de son délire une création qui ne concernait que lui, Artaud, lui, a en fait une lucidité, une clairvoyance sur le monde. 

Dernier exemple : celui de Niki de Saint-Phalle, ou l’art, ici, inverse, de se servir non pas de la folie pour créer, mais de l’art comme remède à son malaise. Et là encore, la question de l’identification, du dosage ou de la valeur se pose, mais tout à l’inverse, et à propos de l’art : comment faire de la création un remède, sans pour autant complètement soigner sa folie et donc continuer à avoir besoin de l’art ? De ces équilibres entre art et folie, les exemples ne manquent pas, reste à savoir si nous sommes, nous, enfin moi, les non-artistes, lucides, sur leurs liens et s’ils ne sont pas fantasmés aussi… 

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