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 Quentin Bigot, médaillé d'argent au lancer du marteau masculin, mondiaux d'athéltisme au Qatar le 2 octobre 2019

A-t-on encore besoin de héros ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Les sportifs des mondiaux d'athlétisme qui ont lieu au Qatar, dans des conditions climatiques extrêmes, imposent respect et admiration : sont-ils des nouveaux héros ? Pourquoi a-t-on toujours besoin de mieux que nous ? Qui sont-ils, les héros que nous rêvons, que nous créons, que nous aimons ?

 Quentin Bigot, médaillé d'argent au lancer du marteau masculin, mondiaux d'athéltisme au Qatar le 2 octobre 2019
Quentin Bigot, médaillé d'argent au lancer du marteau masculin, mondiaux d'athéltisme au Qatar le 2 octobre 2019 Crédits : KIRILL KUDRYAVTSEV - AFP

A-t-on encore besoin de héros ? C'est une question que je me suis posée hier soir en regardant les mondiaux d’athlétisme. Mais elle est en fait le fruit de plusieurs éléments...
Il y a donc eu ces championnats du monde d'athlétisme. Ils ont lieu cette année au Qatar, dans des conditions climatiques particulièrement difficiles, alternant entre des températures à 40 degrés et une climatisation surglacée. Des athlètes n'ont pas manqué de le rappeler, voire de s'en révolter. Certains d'abandonner. D'autres ont tenu bon. Hier soir, au lancer de marteau, Quentin Bigot a ainsi remporté la première médaille française, et j'ai été très émue. Hyper serein, pas fanfaron mais satisfait, pas révolté mais vigilant, avais-je là, sous les yeux, le nouveau héros ? 

Héros national

Tout a commencé, en ce qui concerne mon interrogation sur notre besoin de héros, avec Régis Debray et son canular au cœur de son dernier essai, Du génie français.
Il a imaginé l’organisation par la Société Des Gens de Lettres d’une consultation pour désigner l’écrivain incarnant le mieux la France : c’est Stendhal qui remporterait, selon lui, la mise, contre Proust, Flaubert, mais surtout contre Hugo, son chouchou.
En écoutant les multiples interviews de Debray, je dois dire que je me suis moi-même prise au jeu : qui incarnerait à mes yeux l’écrivain français par excellence, le porte-parole culturelle de notre pays, à travers les siècles et le monde ? Qui pour être le héros national version littéraire ? Balzac et sa Comédie humaine, Zola et son Histoire naturelle et sociale des Rougon-Macquart ? Ou Houellebecq et sa critique contemporaine ? 

Pour y répondre, je me suis dit qu’il fallait trouver des critères : à quoi doit tenir un héros ? Qu’est-ce qui le rend héroïque ? Ses records, son succès, son style, son caractère, sa cohérence ou son sens de l’opportunité ? Est-ce que ça tient à lui ou à ce qu’on a vu en lui ? L’héroïsme s’impose-t-il, de fait, incarnant ce qui est déjà là, une grandeur présente ? Ou s’impose-t-il, de droit, appelant à ce qui devrait être, un idéal espéré ?
Dans tous les cas, le héros semble devoir être mieux que moi… mais est-ce toujours le cas ? 

Héros moderne

Rocky a aussi contribué à mon questionnent sur notre besoin de héros…. c’est la parution d’un essai qui élève Stallone au rang de “héros de la classe ouvrière” qui me l’a soufflé.
Aux héros sportifs, proches des figures antiques brillant par leurs exploits, aux héros que l’on élit comme porte-parole d’une nation rêvée, il faudrait ainsi ajouter ce genre de héros modernes, beaucoup plus proches de nous.
Et c’est vrai que ces héros, eux, nous ressemblent... mais leurs qualités ordinaires alliées à l’obstination et à la chance, les rendent malgré tout meilleurs que nous.
Il faut le dire, la caractéristique reste donc la même : le héros a toujours quelque chose de plus que moi, sinon il n’en est pas un.
Voyez aussi les super-héros, certes humanisés à coups de blagues et de questions existentielles, ou les anti-héros qui, vicieux, s’élèvent pourtant au-dessus de la masse…
D’où ma question : pourquoi a-t-on besoin de mieux que nous ? De plus fort, de plus acharné, de plus vertueux ou de plus vicieux ? A-t-on besoin d’exemples, de guides, de représentants, de porte-paroles ? Pourquoi l’ère démocratique n’a-t-elle pas mis fin à cette dynastie des modèles ? 

Héros du commun… est-ce possible ? 

Je me suis alors demandé qui était mon héros personnel. Et j’en suis arrivée à Victoire Beretton, Vic, héroïne de La Boum.
Ado comme les autres, elle n’a rien de particulier. Vraiment rien. Mais, de manière générale, il y a peu de personnages qui m’ont fait rêver. Essayez de penser aux vôtres. En avez-vous vraiment ? Et si oui, vous ont-ils vraiment guidé ? 

Les champions, les héros nationaux ou de classe, ont quelque chose du simulacre : ils reproduisent des hiérarchies qui n’existent plus, ils viennent combler un besoin d’exception qui ne fait vibrer que quelques minutes. L’originalité serait de voir dans le commun, dans l’uniforme, dans le moins ou l’absence de trait particulier, quelque chose d’exceptionnel.
Est-ce possible ? Vic me fait penser que oui…

Sons diffusés :

  • Archive de Régis Debray, interview France Inter du 7/9, 12/09/19
  • Bande originale du film Rocky, de John G. Avildsen
  • Extrait du film La Boum, de Claude Pinoteau
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