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Faut-il en vouloir aux écrans ?

Faut-il en vouloir aux écrans ?

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Coupables de nous abrutir, les écrans nous coupent-ils vraiment de nous et de la réalité ?

Faut-il en vouloir aux écrans ?
Faut-il en vouloir aux écrans ? Crédits : Kelvin Murray - Getty

Les écrans sont, encore et depuis quelques années, sous le feu des critiques.
Abrutissants, chronophages, désocialisants, les téléphones, les ordinateurs, les tablettes, avant : la télévision ou le minitel, tous coupables de nous rendre bêtes. En cette rentrée, l’essai du docteur en neurosciences, Michel Desmurget, en remet une couche avec La fabrique du crétin digital. Le titre est on ne peut plus clair. Mais que cache cette haine des écrans ? 

Du bon usage des écrans

Comme Michel Desmurget, l’auteur de La fabrique du crétin digital, et sûrement comme tout le monde d’ailleurs, j’ai recours aux écrans. Pour travailler, pour m’informer, me divertir, ou pour me reposer et tout oublier (vous m’accorderez que se coller à son écran du téléphone reste une bonne échappatoire à une réunion barbante).  

Mais comme Michel Desmurget, et sûrement comme tout le monde, j’ai moi aussi l’impression de souvent perdre mon temps, de perdre en concentration, en attention et en acuité visuelle devant un écran. Parfois même, je me sens un peu sale, fatiguée, un peu bête : qu’ai-je gagné en traînant sur les réseaux sociaux ? Qu’ai-je appris en visionnant une série pendant des heures ? Pour résumer, et comme le répètent à l’envie les partisans ou détracteurs des nouvelles technologies : tout serait une question d’usage et de dosage dans nos usages. 

Eh bien, j’ai un scoop : on s’en doute ! On le sait que c’est une question d’usage ! Mesure, pondération, équilibre, ça marche pour tout : l’alcool, l’amour, le travail, l’argent… C’est d’ailleurs ce que nous disent les philosophes depuis l’Antiquité (sauf Nietzsche peut-être) : tout est une question de mesure. Mais pourquoi en particulier pour les écrans ? Pourquoi ai-je l’impression qu’ils sont plus dangereux que le reste ? Suis-je perméable à cet air du temps qui en fait la nouvelle cible ? Ou seraient-ils fondamentalement plus mauvais qu’autre chose ? 

Les deux critiques des écrans

Pourquoi toute cette production critique, voire assassine des écrans et de ce qu’ils provoquent en nous ? En fait, il y a deux manières de s’opposer aux écrans : d’abord, il y a le point de vue technico-moral : les écrans seraient comme toute nouveauté technologique à apprivoiser, à limiter, à régler. Le philosophe allemand Hans Jonas avec son Principe responsabilité (1979), dans lequel il prône un encadrement du progrès technique, incarne parfaitement cette approche. 

Mais plus intéressant que cette approche qui peut frôler l’anti-modernité, il y a aussi tout ce qui se joue avec l’image, la représentation, l’art même. Les écrans sont ainsi l’occasion d’actualiser toutes les théories critiques de l’image, que l’on trouve de Platon jusqu’à Guy Debord : coupables de doubler la réalité ou de la fausser, coupables de nous tromper. Et là-dessus, les écrans seraient même pires que les images, car écoutez : on ne parle plus de ce qui est montré en employant le terme d’« écran », mais de ce qui montre, on s’en tient au support, à la surface.
L’écran fait donc bien écran, et c’est ce qu’on lui reproche. Mais écran à quoi ? Que cacheraient-ils ? 

Miroir, miroir, dis-moi qui est le plus bête ? 

En écoutant les enfants parler de télévision, fascinés par elle mais pas moins critiques, je me dis en fait que les écrans ne cachent pas leur jeu, ils ne cachent rien : ils s’affichent tel quel. Mais mieux que ça, j’ai une hypothèse : et si les écrans ne cachaient rien, ne faussaient rien, ne trompaient personne, mais au contraire, révélaient quelque chose de nous, agissaient comme des révélateurs ? 

Si je me sens un peu bête après avoir regardé 10 heures de séries, pourquoi la faute en reviendrait aux écrans ? Les écrans font penser que je pourrais faire autre chose, autrement : parler plus aux gens, lire un livre… mais si je ne l’ai pas fait, ce n’est pas à cause du pouvoir d’attraction des images, mais parce que l’envie ou la volonté n’y étaient pas. Les écrans révèlent les regrets que l’on se crée d’une autre vie que l’on aimerait avoir, d’un autre moi que l’on aimerait être, d’une autre journée que l’on aurait aimé passer. 

Finalement, les écrans sont les meilleurs alliés de nos doutes, de nos inquiétudes, de quoi être lucides sur nous-mêmes (et sur notre bêtise).  

Sons diffusés :

  • Interview de Michel Desmurget 
  • Chanson d'Angèle, La thune
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