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Qu’est-ce que la vulgarité ? Est-ce mal parler ou mal se comporter ?

Défense de la vulgarité

5 min
À retrouver dans l'émission

Vague et pourtant choquante, la vulgarité désigne autant la triste banalité de l’homme commun que ce qui nous rassemble et ce que l’on a tous et toutes en commun. Faut-il ainsi bannir la vulgarité ?

Qu’est-ce que la vulgarité ? Est-ce mal parler ou mal se comporter ?
Qu’est-ce que la vulgarité ? Est-ce mal parler ou mal se comporter ? Crédits : PNC - Getty

Vulgarité et modernité, c’est le titre simple et clair de ce livre de Bertrand Buffon, simple et clair car il affiche d’emblée un constat et une problématique.
Le constat : la modernité est vulgaire, tout en témoigne : l’évolution du langage, la publicité, les manières des élites (pensez à Trump ou Berlusconi), les réseaux sociaux ou la mode… De là, la problématique : la modernité étant inéluctable, comment être de son temps sans être vulgaire ? Mais j’ajouterais : le faut-il ?

Définir la vulgarité

La modernité est à la vulgarité. Culture du clash, de l’invective et du mauvais goût, on sait la reconnaître ou la désigner, car elle nous choque, elle nous hérisse… 

Mais on ne sait toutefois pas la définir clairement, car la vulgarité n’est pas un phénomène distinct, à part, circonscrit, elle a cette particularité de se propager, de faire plier nos résistances, et de faire, que même les plus polis ou délicats d’entre nous, cèdent parfois à ses sirènes. 

La vulgarité a donc à la fois quelque chose de frappant et de vague, de scandaleux et de diffus, de particulier et de général. Comment tenter malgré tout de la définir ? C’est tout l’enjeu de ce livre de Bertrand Buffon : décortiquer tous les sens de ce terme, de son apparition sous la plume de Madame de Staël au moment de la révolution à aujourd’hui, autrement dit de la naissance de la modernité faite d’individualisme, d’utilitarisme et de consumérisme à leur intensification actuelle…

La vulgarité et le vulgaire

Qu’est-ce que la vulgarité ? Est-ce mal parler ou mal se comporter ?
La vulgarité, en fait, vient du latin « vulgus » qui signifie le commun des hommes, la foule.
De là, on comprend son apparition concomitante avec la Révolution et l’époque moderne : la vulgarité est apparue en même temps que le peuple est venu au pouvoir, dès qu’il est devenu visible. 

Le vulgaire désigne ainsi, de manière neutre, le commun, ce que partage le plus grand nombre, et de manière péjorative, ce qui est commun, banal, médiocre, informe. En cela, c’est vraiment un terme et une notion passionnante : 

  • car, d’un point de vue éthique, on repousse la vulgarité mais elle nous concerne tous, elle nous guette, et parfois elle peut même nous séduire 
  • et car d’un point de vue politique, elle souffre de la même ambivalence que la notion de « peuple », à la fois noble et irrationnel, elle désigne ce que l’on a à partager ou de tristement commun. Faut-il ainsi bannir la vulgarité ? Faut-il s’en offusquer quand elle dit autant de nous et nous rassemble? 

Ce qui sépare et nous rassemble

Le problème de la vulgarité, ce n’est pas tant qu’elle peut se loger partout et sous diverses formes, qu’elle est autant dans les mots que dans les manières, qu’elle concerne autant les bons élèves que les mal élevés, c’est qu’elle est à la fois ce qui nous sépare et nous rassemble, ce qui nous met à distance de nous (quand on est hors de soi, on emprunte souvent la vulgarité) et permet de nous épancher, sans filtre sans forme. 

Dans son livre, Bertrand Buffon fait le lien entre modernité et vulgarité : les ressorts de l’une, individualisme, utilitarisme et consumérisme, sont les ferments de l’autre. Mais est-ce si sûr ? Le contraire de la vulgarité, la politesse, la civilité, est ce qui permet la vie ensemble, mais le vulgaire reste aussi ce que l’on a en commun, sans distinction de classe. La différence est que la politesse est une question d’apparence, de vernis, quand la vulgarité fait craquer ce vernis… et permet alors d’abolir toutes ces manières qui nous aliènent.    

Sons diffusés :

  • Montage de l’émission L’heure des pros sur CNews (6 mai 2019)
  • Extrait d’Un air de famille de Cédric Klapsich (1996)

Bibliographie

Vulgarité et modernitéBertrand BuffonGallimard, collection Le Débat, 2019

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