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Michel Foucault, le 25 mai 1984

Il est comment le dernier Michel Foucault ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Le 4ème et dernier volume de l’Histoire de la sexualité, Les aveux de la chair, paraît aujourd’hui.

Michel Foucault, le 25 mai 1984
Michel Foucault, le 25 mai 1984 Crédits : MICHELE BANCILHON - AFP

« Il est comment le dernier Michel Foucault ? » C’est peut-être la question que vous allez entendre ces prochains jours si vous suivez l’actualité philosophique. 

Difficile, en effet, de passer à côté de cette publication : disparu il y a 34 ans, véritable référence, découvrir un inédit du philosophe est un événement dans le monde des idées. Difficile, d’ailleurs, aussi, de passer à côté de cette publication tant le bandeau rouge « INEDIT » sur le livre vous saute aux yeux et tant le sujet peut attiser la curiosité, à savoir la sexualité au temps fort du christianisme. 

Pour rappel : le titre de cet inédit, c’est : Les aveux de la chair ; il paraît aujourd’hui aux éditions Gallimard, et il constitue le 4ème et dernier volume de l’Histoire de la sexualité, entamée en 1976 avec La volonté de savoir. Mais, en réalité, c’est au début des années 80 que ce texte a été rédigé : il devait alors constituer, non pas le dernier, mais la suite directe de La volonté de savoir, son introduction générale de l’Histoire de la sexualité… 

Il est comment ce dernier Foucault ? Est-il « ambitieux et banal », comme le dit Foucault de son projet en 1977 ? Banal car la sexualité constitue une dimension évidente de l’homme, ambitieuse puisqu’il s’agit de définir cette évidence : comment s’est-elle formée au cours de l’histoire ? S’est-elle formée, ou a-t-elle toujours été là, à l’œuvre mais inconsciente, et désormais visible, mais suspecte et réglementée ? Et cette évidence de la sexualité, que dit-elle essentiellement, vraiment, évidemment de l’homme ? 

Après une large place laissée aux antiques dans les 1ers volumes, Foucault se penche ici sur le rapport du christianisme à la chair : loin d’être le lieu d’un abandon de soi ou d’une relation à l’autre, l’Eglise fait au contraire de la sexualité (procréation, virginité, mariage), une technique de soi. La virginité est, par exemple, une « expérience spirituelle positive » permettant une connaissance du sujet. 

Plus que la sexualité, ce qui est donc excitant ici, c’est de saisir cette évidence, qui n’est pas celle de la sexualité, mais de tout homme à lui-même, sa compréhension, sa coïncidence avec lui-même, son évidence.

Comment est-il cet inédit de Foucault ? A le lire et à l’écouter, il est contre-intuitif pour notre époque. Décapant, même. Car, qui prône aujourd’hui la confession, qui suppose plutôt la culpabilité, comme l’occasion de dire quelque chose de vrai sur soi ? Comment le mariage serait-il une technique pour analyser sa libido et son propre désir ? En quoi ces pratiques, très codées, très normées, permettraient-elles un rapport vrai à son corps, à son désir et à son âme, une évidence à soi ?

Mais quel soi ?, interroge Foucault. C’est le paradoxe : ces techniques et vérités de soi conduisent à ne plus être soi, et Foucault de dire, je cite : « le travail indéfini pour voir et dire le vrai de soi-même est un exercice de mortification. (…) Le devoir de s’enfoncer indéfiniment dans l’intériorité de l’âme est couplé à l’obligation d’une extériorisation permanente dans le discours adressé à l’autre ». 

Ce dernier Foucault, il est donc étonnant, mais il est aussi éclairant pour notre époque : car cette extériorisation permanente de soi et de son désir à l’autre, sous la forme actuelle de règles et d’injonctions, peut-elle, elle aussi, aujourd’hui s’apparenter à une « certaine manière de mourir à soi-même » ? 

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