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La fin des "Temps Modernes", la fin d’une époque ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Jeudi dernier paraissait une tribune pour alerter de la disparition de la revue "Les Temps Modernes", fondée par Sartre et Beauvoir. Est-ce la fin d’une époque ou le début d’une autre pour la philosophie ?

Politique, littéraire et bien entendu philosophique, Les Temps Modernes avait pour but, je cite le titre de la tribune, « d’apporter une intelligence globale du monde ».
Plus de 70 ans après la naissance de la revue et suite à la disparition de Claude Lanzmann en juillet dernier, alors à la tête de la revue, celle-ci ne paraîtra plus.
Comment interpréter cette disparition ? La modernité est-elle bel et bien finie et avec elle une certaine manière de faire de la philosophie ? Ou est-ce le moment, l’occasion à saisir, de repenser et de renouveler le genre, la revue philosophique, entre temps long de la recherche et temps court de l’actualité ? 

Une ligne éditoriale déclinable

Quand la revue Les Temps Modernes paraît pour la première fois, elle comprend dans son comité de direction de grands noms comme ceux de ses deux fondateurs, Sartre et Beauvoir, mais aussi : Raymond Aron, Michel Leiris, Maurice Merleau-Ponty, André Malraux, sans oublier Albert Camus, ou les contributeurs fameux, comme Queneau, Arendt ou Faulkner… Un tel panthéon réuni en une seule revue, ça en impose. D’autant que, comme on l’a entendu, ce n’était pas qu’une revue, Les Temps Modernes ont été également, un temps, une émission de radio. 

Les Temps Modernes, c’était donc un média global avant l’heure ou plus largement une ligne éditoriale, déclinable, une manière de faire, un esprit en fait. L’esprit a été perpétué au fil du temps, des maisons d’éditions, au fil de ses directeurs et directrices, au gré des formules et des formats, mais toujours sous la forme, inaltérable, jusque-là, de la revue papier. Il n’en est plus ainsi depuis le 6 décembre 2018, date à laquelle les éditions Gallimard ont informé d’un courrier leurs abonnés de la fin à venir de sa parution. 

Dans la tribune parue dans Le Monde jeudi dernier, les signataires, membres du comité de rédaction, précisent que la maison Gallimard envisage une formule plus légère, trois volumes thématiques annuels. C’est donc la fin d’une forme et d’une époque, mais est-ce pour autant la fin de cet esprit, de cette pensée, des Temps Modernes ? Jusqu’où cette philosophie est-elle tributaire de sa forme ? Jusqu’où n’importe quelle philosophie, d’ailleurs, est-elle solidaire des formes de diffusion qu’elle prend ? C’est l’enjeu des Temps Modernes et de toute philosophie : se demander, non pas quelles idées, mais quelle forme elle prend et pour qui. 

Le numérique, un nouveau lieu philosophique ?

En écoutant cette archive de 1947, toujours extraite de la forme radiophonique des Temps Modernes, on peut être frappés par la réaction qu’elle provoque chez Sartre et l’analyse qu’il en fait, c’est peu ou prou, ce qu’on retrouve aujourd’hui sur les réseaux sociaux : le désir d’être entendu alors que sa voix n’est pas forcément exprimée par les canaux traditionnels. 

Sans extrapoler sur cette anecdote des lettres d’insultes, elle fait écho à cette citation de Lanzmann sur Les Temps Modernes, ceux-ci, avait-il déclaré en 1995, « sont un lieu d’accueil privilégié, de débat, de combat, pour tous ceux qui ne s’accommodent pas des consensus à la mode et pensent que la tâche du déchiffrement du monde implique en même temps engagement et résistance ». C’est la question qui se repose aujourd’hui : comment penser un lieu d’accueil philosophique privilégié mais pour tous ? Faut-il qu’il soit encore une revue ou des livres, du papier ? 

La tribune s’achève sur cette question des lieux où pourrait s’accomplir la tâche de Sartre et Beauvoir : comment imaginer ces lieux ? Faut-il s’engager dans l’air du temps ou y résister ? L’idée d’une plateforme numérique proposée, semble aujourd’hui s’imposer, comme le site La vie des idées, collaboratif, diversifié, plus souple, plus immédiat, les possibles y sont plus grands.
Là est désormais la nouveauté, avec certes ses difficultés de nivellement, de contenu, d’efficacité à moindre coût, mais c’est un lieu à prendre pour la philosophie et qui a largement dépassé la modernité. 

Sons diffusés :

  • Archives INA des Temps Modernes présentés par Sartre
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