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"Les Mangeurs de ricotta" de Vincenzo Campi réalisé vers 1580, peinture à l'huile conservée au musée des Beaux-Arts de Lyon
Épisode 8 :

La gourmandise

4 min
À retrouver dans l'émission

La gourmandise serait-elle le premier péché de l'homme ? Petite histoire de la gourmandise à travers la Genèse, les sources littéraires ou artistiques...

"Les Mangeurs de ricotta" de Vincenzo Campi réalisé vers 1580, peinture à l'huile conservée au musée des Beaux-Arts de Lyon
"Les Mangeurs de ricotta" de Vincenzo Campi réalisé vers 1580, peinture à l'huile conservée au musée des Beaux-Arts de Lyon Crédits : Musée des beaux-arts de Lyon / Wikicommons

Gourmandise, gloutonnerie, goinfrerie

La gourmandise c’est le joli terme pour dire gloutonnerie et goinfrerie, qui donnent une meilleure idée de son caractère peccamineux. Là encore, comme pour les autres péchés capitaux, tout est dans le Genèse. C’est ce que rappellent Carla Casagrande et Silvana Vecchio dans leur Histoire des péchés capitaux au Moyen Âge.
Dans les traités théologiques médiévaux, la gourmandise est liée à la corruption morale, à un mythique état de nature, depuis que le fruit de l’arbre interdit a été croqué par gourmandise selon Ambroise de Milan ou orgueil selon Augustin. L’idée qu’il s’agit donc du premier péché de l’homme occupe une bonne partie de la littérature sur le sujet. La règle monastique est stricte. Mortifier le corps permet d’éloigner toutes les tentations donc tous les péchés, on loue la puissance du jeûne et on le pratique abondamment. Mais avec la privation vient la tentation, le désir effréné d’aliments. Celui qui résiste et ne succombe pas fait preuve de sainteté. La gourmandise n’est pas que l’affaire des religieux, elle est aussi un vice laïc. Pour la combattre, les prédications insistent sur la santé, l’appartenance sociale, l’apparence physique. Voilà qui n’est pas très loin de nos médecins modernes. Côté peinture, on pense aux Mangeurs de ricotta de Vincenzo Campi, à ces quatre personnages qui mangent un gros plat de ricotta à la cuillère. Chacun est à une étape différente du processus, la cuillère levée ou la bouche pleine.

L’excès pour religion

Côté littérature, le Gargantua de Rabelais s’impose. Laissez-moi vous en lire un extrait qui correspond au moment de la naissance de Gargantua : « Pour apaiser l'enfant, on lui donna à boire à tire-larigot, puis il fut porté sur les fonts, où il fut baptisé, comme c'est la coutume des bons chrétiens. Et dix-sept mille neuf cent treize vaches de Pontille et de Bréhémont lui furent dévolues par ordonnance pour son allaitement ordinaire. Car il n'était pas possible de trouver, dans tout le pays, une nourrice satisfaisante, vu la grande quantité de lait nécessaire à son alimentation, bien que certains docteurs scotistes aient affirmé que sa mère l'allaita et qu'elle pouvait traire de ses mamelles quatorze cent deux feuillettes et neuf potées de lait à chaque fois, ce qui n'est pas vraisemblable, et cette proposition a été déclarée mamallement scandaleuse, blessante pour des oreilles capables de piété, et sentant de loin l'hérésie. Il passa à ce régime un an et dix mois ; quand il parvint à cet âge, sur le conseil des médecins, on commença à le sortir et une belle charrette à boeufs fut construite grâce à l'ingéniosité de Jean Denyau,  dans laquelle on le promenait de ce côté-ci, de ce côté-là, joyeusement; et il faisait bon le voir car il portait bonne trogne et avait presque dix-huit mentons; et il ne criait que bien peu, mais se conchiait à tout moment, car il était prodigieusement flegmatique des fesses, tant par complexion naturelle que par une disposition fortuite, qu'il avait contractée parce qu'il humait trop de purée septembrale. »

Manger à en mourir

La gourmandise à l’excès, voilà un thème bien français, une sorte de péché collectif dont on ne peut empêcher le caractère tragico-burlesque comme dans le film culte La Grande Bouffe de Marco Ferreri, qui raconte l'histoire d'un groupe d'amis qui décident de manger jusqu'à la mort.
La funèbre farce n’est pas que drôle, elle s’attaque au consumérisme et à la décadence de la bourgeoisie ! De quoi nous faire un peu méditer.

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