LE DIRECT
Que se passe-t-il quand on se met à danser ?

Que se passe-t-il quand on se met à danser ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Récemment, une vidéo de Cédric Villani, dansant maladroitement un "jerk", a fait le buzz sur Internet. Il s’est laissé aller, a osé… mais osé quoi au juste ? Qu’est-ce qu’un simple pas de danse révèle de nous ? Que se passe-t-il quand on se met à danser en public ?

Que se passe-t-il quand on se met à danser ?
Que se passe-t-il quand on se met à danser ? Crédits : George Peters - Getty

Il y a quelques semaines, une vidéo a beaucoup tourné sur les réseaux : on y voyait Cédric Villani, le scientifique politicien, député et candidat pour la mairie de Paris, y danser. En pleine rue, en plein jour, accompagné de son équipe de campagne, lavallière et araignée accrochée à sa veste, le surdoué des mathématiques s'est déhanché sur cette chanson-là bien connue : Le jerk de Thierry Hazard. 

Oser danser

La vidéo a fait le buzz. Et évidemment pas pour saluer la performance chorégraphique de Cédric Villani…
Gentiment moqué ou carrément humilié, il a pourtant été sauvé par quelques internautes bienveillants : au moins Cédric Villani n’était-il pas en représentation, à la différence de tous ces hommes politiques si rigides. Il s’est laissé aller à la danse sans honte, ni peur d’être tourné en ridicule. 

Pour ça, je suis admirative de Villani. J’étais pourtant comme la plupart des gens au début, à la fois gênée et amusée de cet homme maladroit, gauche et pourtant volontaire sur cette piste improvisée.
Puis j’ai changé d’avis : ma gêne amusée, mon “mais comment ose-t-il faire ça devant tout le monde ?” s’est mué en admiration. 

Mais oui, Cédric Villani a osé faire quelque chose en dansant.
D’où ma question : que se passe-t-il quand on se met à danser ? Qu’est-ce que le mouvement dansé vient rompre dans notre routine bien huilée de gestes quotidiens pour retenir autant notre attention ? 

Si le jerk de Villani sur la chanson de Thierry Hazard, qu’on a tous soi-même expérimenté en soirée ou en écoutant Nostalgie, a été tant regardé, c’est bien qu’il a accompli quelque chose qu’on ne fait souvent qu’en toute sécurité, avec des amis ou seul devant sa glace, dans la pénombre de sa chambre ou d’une salle polyvalente, ivre ou joyeusement pompette. Qu’a-t-il osé ? 

Naturel mais pas facile

A quel moment ose-t-on danser ?
Là-dessus, il faut le dire : la danse, dans sa dimension non professionnelle, est l’une des rares formes artistiques, si ce n’est la seule, qui ne nécessite pas tout un dispositif, de concentration, de méthode, de connaissance, elle n’est pas une entreprise, elle se fait sur le moment. A la différence du théâtre ou de la musique, elle n’a besoin que d’un corps et d’une occasion. 

Il y a cependant des moments plus ou moins dédiés à celle-ci : pensez à celui qui se met à danser dans le métro emporté par la musique qu’il écoute au casque, gênant. Ou à l’inverse, à ces passages de danse obligés : mariages, fêtes d’entreprise, premières soirées au collège… où l’on sait que l’on va devoir danser, devant tout le monde. 

Si la danse est donc sans moyen, sans méthode, naturelle, elle n’est pourtant pas tout le temps facile, donnée, que ce soit pour celui qui l’accomplit ou pour celui qui assiste. C’est toujours surprenant de voir un collègue timide hurler sur L’aventurier d’Indochine ou d’examiner son vieil oncle danser le rock.
Dans ces moments-là, j’ai l’impression que les gens apparaissent sous un autre jour, ils se révèlent. En dansant ils osent se révéler, mais que révèlent-ils vraiment d’eux-mêmes ? 

Ce que montre la danse 

Je crois avoir un rapport assez normal à la danse : légèrement plus exubérante peut-être que la moyenne, j’ai pourtant connu comme tout le monde ce malaise à rester assise sur sa chaise lors d’une fête… J’ai toutefois assez vite oublié le regard des autres, au son des chansons de Beyoncé notamment, malgré un manque de grâce évident. Passés 30 ans, on a tous surmonté cette gêne, mais je suis toujours étonnée d’entendre des amis ne pas oser… Qu’ont-ils peur de montrer ? Deux choses, je crois : 

  • d’abord, non pas une forme d’inexpérience physique, mais une forme d’inconfort de leur esprit avec leur corps : ils n’ont pas honte d’eux-mêmes totalement, face aux autres, mais de mettre à nu un dysfonctionnement entre leur tête et leurs jambes, de se rendre compte, eux, que leur corps ne répond pas correctement à leur envie… 
  • et puis, surtout ils ont peur de montrer une illusion : certes, on ne fait pas des gestes habituels en dansant, mais je crois qu’on se trompe en pensant qu’on dit tout de soi avec la danse. Car elle n’est souvent qu’une autre mise en scène de soi, une invention, bien plus qu’un lâché de soi.
    Cédric Villani en est peut-être l’exemple parfait, car il est, n’oublions pas, toujours en campagne… 

Sons diffusés :

  • Chanson de Thierry Hazard, Le jerk
  • Extrait du film La boum, de Claude Pinoteau (1980)
  • Beyoncé, extrait du documentaire Homecoming (2019)
Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......