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Françoise Nyssen sortant de l'Elysée (14/02/2018)

Comment lutter contre les fake news ?

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Le chef d’Etat et le gouvernement veulent abattre les fausses nouvelles, mais cette lutte n’est-elle pas d’abord et seulement philosophique ?

Françoise Nyssen sortant de l'Elysée (14/02/2018)
Françoise Nyssen sortant de l'Elysée (14/02/2018) Crédits : LUDOVIC MARIN - AFP

Une question d’actualité aujourd’hui : comment lutter contre les fake news ? Dorian Astor, que vous venez de recevoir, était justement intervenu, à ce micro en juin dernier, sur le sujet : Nietzsche et les fake news. Mais depuis juin, il s’en est passé des choses : il y a deux jours, le mardi 13 février, la Ministre de la Culture, Françoise Nyssen a précisé les contours d’une loi contre les fausses nouvelles. 

Désormais rebaptisée loi sur “la confiance et la fiabilité de l’information”, elle va se déplier en trois axes : 1/ la surveillance des réseaux sociaux et des médias sous influence d’un Etat étranger ; 2/ une procédure de référé pour pouvoir bloquer rapidement les fake news, et 3/ la mise en place d’un devoir de coopération des plates-formes Web… tel que l’avait annoncé lors de ses vœux à la presse, le 3 janvier, Emmanuel Macron : 

De fait, ces fausses nouvelles sont un problème pour les politiques (quels moyens politiques ou juridiques employer pour en diminuer la portée, voire les éliminer), mais aussi une mine d’or pour les philosophes (mine d’or ne voulant pas dire qu’il n’y a pas d’inquiétudes de leur part, bien sûr). Plusieurs se sont ainsi déjà exprimés sur le sujet. Mais parmi toutes ces prises de parole, il faut en distinguer deux vagues : 

-D’abord, il y a eu : Dorian Astor, Claudine Tiercelin, Michel Serres, Philippe Huneman et Mathias Girel… qui se sont attachés aux critères de la vérité : comment distinguer, quand on n’a pas les moyens de le faire et de le savoir, une nouvelle « fake », c’est-à-dire fausse et fabriquée, d’une nouvelle vraie, qui peut amorcer une autre manière d’approcher un phénomène ? Ignorer, est-ce forcément être dans le faux ? Comment critiquer et remettre en cause sans pour autant cultiver une attitude permanente de méfiance, jusqu’à tomber dans le révisionnisme ? Et questionner le concept de vérité, comme l’ont fait de grands philosophes, de Nietzsche à Derrida (comme cela a été interrogé dans plusieurs articles), est-ce nécessairement accepter, en retour, le mensonge, les fake news et les faits alternatifs ? 

-Et puis, il y a eu une 2ème vague, plus récente, faisant suite à l’annonce de légiférer sur les fausses nouvelles, qui a soulevé ces questions (notamment de Chantal Delsol, Jocelyn Benoist, Pierre-Henri Tavoillot et Frédéric Lordon) : qui peut imposer la vérité, à quel titre et comment ? Et quelle vérité ? Tous les moyens sont-ils bons pour imposer la vérité ? La morale et la loi ont-ils un poids et une légitimité pour lutter contre les fake news ? Faut-il criminaliser tout ce qui est faux, tous les mensonges ? Et jusqu’où prendre des mesures pour lutter contre elles, peut-il en venir, paradoxalement, à leur donner une attractivité ? 

Tout récemment, le philosophe et sociologue Frédéric Lordon, à l’émission La Grande table, sur cette même radio, c’était le 19 janvier, pointait encore un autre paradoxe de cette lutte contre les fausses nouvelles : non seulement les combattre, c’est mettre l’accent sur la nouvelle (et non sur le faux), c’est en faire une nouveauté (alors qu’elles sont vieilles comme le monde), mais les combattre, c’est aussi leur donner une caisse de résonance et leur offrir des espaces disponibles d’écoute et de parole… et c’est aussi les alimenter dans la conduite qu’elles présupposent : celle de la méfiance. 

Oui, car si celui qui produit des fausses nouvelles se méfie sans cesse, celui qui craint toutes les nouvelles à cause des fake news, en vient lui-même à adopter cette attitude de méfiance permanente. Comment donc s’en sortir ? Comment donc se confier, ou plutôt comment donc se méfier à bon compte, c’est-à-dire comment accorder sa foi, sa croyance, avec prudence ? Cette question, elle est d’abord philosophique et elle s’applique tout aussi bien aux fake news qu’aux discours politiques qui ont l’air de demander notre confiance sans en donner les critères. 

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