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Les Beatles, 1968

Les Beatles (1/2)

5 min
À retrouver dans l'émission

Chronique en deux épisodes à l’occasion de la réédition d’un double album de rock, deux galettes de vinyle sorties il y a 50 ans tout juste : le célèbre "White Album" des Beatles.

Les Beatles, 1968
Les Beatles, 1968 Crédits : UPI - AFP

Passion commémoration

Nous le disions dans une précédente chronique, notre époque aime les commémorations.
Et la fin de la décennie 2010 correspond aux 50 ans de la fin des années 1960, une des décennies les plus créatives de l’histoire humaine.
Cette année nous avons donc fêté les 50 ans de Mai 68. Mais, plus important encore, ce furent aussi les 50 ans de l’un des plus grands films de tous les temps, 2001, l'Odyssée de l'espace de Kubrick.
Un an auparavant, en 2017, nous célébrions les 50 ans de ce qui est sans doute le plus grand album de musique pop de tous les temps, Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des mêmes Beatles. L’an prochain, c’est Portnoy et son complexe, de Philip Roth, qui aura 50 ans. (Par parenthèse, signalons que les Beatles et Stanley Kubrick ont, à un moment de cette même décennie 1960, envisagé de faire un film ensemble, et pas n’importe quel film puisqu’il se serait agi de la première adaptation au cinéma du Seigneur des Anneaux de Tolkien. Paul aurait joué Frodon et John Gollum mais fermons ici cette parenthèse.)

Edition « deluxe » du White Album

Pourquoi faut-il alors fêter l’anniversaire de ce White album ? L’occasion nous en est donnée par les Beatles et leurs ayant-droits, qui publient cette semaine une édition « deluxe » de The Beatles, puisque tel est le nom officiel de cet album que tout le monde appelle l’album blanc.
Qu’y a-t-il dans cette réédition ? Il y a tout d’abord les trente chansons originales, qui bénéficient d’un nouveau mixage sonore supervisé par Giles Martin, le fils du mythique producteur George Martin, qui permet de mieux entendre chaque instrument. Mais il y a également 27 chansons provenant des Esher Demos, c’est-à-dire des versions de travail, informelles, enregistrées dans la maison de George Harrison et 50 enregistrements alternatifs des chansons de l’album.

Ce sont donc pas moins de 107 chansons qui composent cette réédition « deluxe », parmi lesquelles certaines qui n’ont pas été retenues dans la version finale et que nous retrouverons, bien plus tard, dans les disques solos des anciens Beatles. L’une des curiosités de cette réédition est ainsi Child of nature, de John Lennon, qui n’est autre que le futur Jealous Guy.
Mais le véritable plaisir de l’album est qu’il nous donne l’impression d’assister en personne aux séances d’enregistrement, d’entendre l’immense travail préparatoire, la fantaisie, les plaisanteries, et l’entente (nous y reviendrons) de ces jeunes gens qui ont entre 25 et 28 ans.

L’album de la maturité

Après ces longues heures passées avec les Beatles, dans les studios d’Abbey Road ou chez eux, nous pouvons refaire le point sur l’album. Ecrit principalement dans un ashram en Inde, au début de l’année 1968, ils délaissent quelque peu le son expérimental et psychédélique qui était celui de Sgt Peppers et reviennent à un son plus simple, plus brut. Mais surtout il est, pour le meilleur et pour le pire, celui où chacun des Beatles se singularise et où le groupe part dans tous les sens.
McCartney montre sa plasticité en allant des ballades comme le sublime Blackbird à l’invention du hard rock avec Helter Skelter. Lennon creuse sa voie de poète introspectif et rock, et Harrisson émerge enfin et produit un véritable chef-d’oeuvre.
Mais cette force, pleinement atteinte en 1968, se mue peu à peu en faiblesse, puisque l’album marque aussi le début de la mésentente. En réalité, pendant 10 ans, une grande partie du génie des Beatles a été de bien s’entendre, ce qui est très rare dans l’histoire de l’art, les grands créateurs préférant travailler seuls. 

Philosophie et culture de masse

Mais n’avons-nous pas été ridicules à l’instant en faisant l’éloge d’un album de Pop music ?
Le rôle du philosophe ne consiste-t-il pas à se méfier de la culture de masse, instruments du capitalisme et de la déshumanisation de l’homme, et à ne pas adorer ce que l’époque adore, ou plutôt ce que l’époque de nos parents a adoré ? L’épineuse question des rapports entre la culture de masse, et la haute culture, c’est cela que nous aborderons demain dans la deuxième moitié de cette double chronique blanche.

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