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Opérations du crâne, 12ème siècle, miniature du livre "Practica Chirurgiae", vers 1170, par Rogerius

Histoire des liens entre médecins et philosophes

4 min
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Quel est le point commun entre Platon, Descartes, Kant, Canguilhem et bien d’autres ? C'est d’avoir écrit sur la médecine en se demandant quel genre de discipline elle pouvait bien être...

Opérations du crâne, 12ème siècle, miniature du livre "Practica Chirurgiae", vers 1170, par Rogerius
Opérations du crâne, 12ème siècle, miniature du livre "Practica Chirurgiae", vers 1170, par Rogerius Crédits : DeAgostini - Getty

Le dialogue déjà ancien entre philosophie et médecine

Médecins et philosophes : une histoire est un recueil d'articles publié sous la direction de Claire Crignon et David Lefebvre et qui paraît aux éditions du CNRS.
Cet ouvrage s’intéresse au lien entre les deux disciplines que sont la philosophie et la médecine. On peut déjà établir ce lien parce qu’il y a eu dans l’histoire des penseurs qui ont porté une double casquette de médecin et de philosophe, la figure la plus connue étant Averroès au XIIème siècle.

Mais on peut aussi penser à Maïmonide à la même époque, ou plus proche de nous, à Georges Canguilhem. 

Mais même au-delà de ces personnalités, ce qu’on constate à la lecture de cet ouvrage, c’est qu’il est en fait assez difficile de trouver un philosophe qui n’aurait jamais réfléchi à ce qu’est la médecine, et qu’elle peut donc faire office de point de rencontre entre des œuvres qui à priori ne partagent pas grand chose ou qui ne datent pas du tout de la même époque.
Et le premier mérite du livre, c’est de nous permettre de redécouvrir la pensée d’un auteur par un biais assez original, parce qu’on n’a pas l’habitude de voir par exemple Locke ou Kant comme des grands penseurs de la médecine, alors qu’ils figurent bien dans le sommaire. 

Le parti pris des différents chapitres, c’est que lien entre philosophie et médecine est abordé d’un point de vue épistémologique, c’est-à-dire qu’on s’intéresse à ce que les philosophes ont dit sur le statut scientifique de la médecine. On ne parle pas par exemple des principes de philosophie morale que les médecins devraient ou non respecter, et on ne se demande pas non plus si la philosophie peut servir de remède ou de médecine pour l’âme. La question posée est celle-ci : la médecine est-elle une science ? Si oui, quel genre ? Une science autonome qui n’a pas besoin d’être éclairée par la philosophie ? Ou au contraire, demande-t-elle à la philosophie de lui fournir ses principes ? 

La médecine : un art et non une science

Pour ce qui est du statut de la médecine, on peut par exemple rapprocher Platon et Averroès, parce qu’aucun des deux ne fait de la médecine une science exacte.
Dans la mesure où elle a trait à la pratique, et donc à l’imprévu, elle est une matière qui ne relève pas uniquement de la mesure ou du calcul.

Chez Averroès, « l’art de la médecine est un art opératoire tiré de principes vrais, par lequel on recherche la conservation de la santé du corps. Le but de cet art n’est pas de guérir obligatoirement, mais de faire ce qui est nécessaire selon la mesure qui convient et au moment qui convient ».
Parce qu’elle ne traite pas seulement de nombres, il y a parfois un écart en médecine entre le but, soigner, et le résultat. Ce qui ne veut pas dire non plus que la médecine est une simple routine, ou quelque chose que l’on pratique à l’aveugle, en suivant des règles dont on ignore le fonctionnement. Elle est un art, parce que le médecin possède une vraie connaissance, il sait que tel remède est susceptible de guérir telle maladie, et il sait pourquoi.

Kant diététicien ?

On trouve aussi dans ce volume une étude sur le médecin du XVIIIème siècle Pierre Jean Georges Cabanis qui a pensé une vraie complémentarité entre médecine et philosophie. Pour lui c’est par la médecine que la philosophie deviendra une vraie connaissance de l’homme, mais c’est la philosophie qui donnera au médecin une méthode digne de ce nom, qui lui permettra d’être plus efficace et de se distinguer du charlatan. 

Le texte le plus surprenant reste quand même les indications diététiques dispensées par Kant à la fin de sa vie, dans un texte intitulé Le pouvoir de l’esprit humain de maitriser ses sentiments morbides par une ferme résolution, et dans lequel il conseille, entre autres, de « garder tête et pieds froids pour ne pas s’enrhumer », ou de ne pas trop garder le lit qui est, je cite, « le nid d’une foule de maladies » !

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