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Qu'est-ce que le vivre-ensemble ?

Le vivre-ensemble

5 min
À retrouver dans l'émission

On côtoie les autres chaque jour dans les transports, la rue, les commerces, au travail... Mais vivre ensemble les uns à côté des autres, est-ce cela le "vivre-ensemble" ? Est-ce plus ? Les essais de philosophie politique en font souvent l'éloge, est-ce une solution aux fractures sociales ?

Qu'est-ce que le vivre-ensemble ?
Qu'est-ce que le vivre-ensemble ? Crédits : Malte Mueller - Getty

Qu'est-ce que le vivre-ensemble ? On le dit assez naturellement, on en comprend l'idée facilement, même mon téléphone — alors que le terme est un néologisme — l'écrit spontanément. Pourtant, chaque jour dans le métro — mais ça aurait pu être en bus, en co-voiturage, dans la rue, ou chez Monoprix — la question m'est revenue ces derniers jours : que veut-on dire quand on promeut le vivre-ensemble ? Pourquoi promouvoir quelque chose qui a déjà lieu, de fait ? Et pourquoi en faire une valeur ? 

Etre ensemble sans être ensemble

Tout a commencé dans le métro : en panne entre deux stations, au bout d’une quinzaine de minutes, sans annonce du conducteur, j'ai envisagé qu'on nous oublie ici. J'ai regardé autour de moi : avec qui finirai-je ma vie ?
Trois ados en route pour le lycée, une mère et son bébé, des hommes en costume, des gens qui vont au travail : voilà ceux qui seraient peut-être mes derniers compagnons de vie. Et je ne les connaissais même pas… On était ensemble... Sans être ensemble. 

D’où ma question : qu’est-ce que le "vivre-ensemble" ? Est-ce vivre ensemble, les uns à côté des autres ? Ou est-ce plus que ça ? Mais alors quoi ? Se parler, partager des choses, se toucher ? Mais n’est-ce pas déjà le cas au fond : dans le métro, sans échanger, je partage pourtant un espace commun, un “transport en commun”, à la cantine, au travail quand je passe plus de temps avec des collègues qu’avec ma fille, avec mes voisins même si c’est pour parler du bruit qu’ils font…
Que dit de plus cette idée de vivre-ensemble que ne contient pas le fait même de vivre ensemble, avec ou à côté d’autres que moi ? 

Une parole creuse

Une fois n’est pas coutume, je suis d’accord avec le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand… et inquiète, car si même lui, homme politique censé avoir une idée, même vague, de comment des individus peuvent faire société, n’en sait pas grand-chose, le vivre-ensemble me semble… mal engagé.
Les dictionnaires n'en disent pas plus, le terme est trop récent et sa définition littérale : le vivre-ensemble, c'est vivre ensemble. Point. 

Voilà pourquoi la question me revient : pourquoi promouvoir le vivre-ensemble, ce que l’on fait déjà tous les jours, donc ? Pourquoi les essais de philosophie politique finissent-ils régulièrement leur propos sur un éloge du vivre-ensemble comme si ça n’était pas déjà le cas et pouvait être la solution aux fractures sociales ? 

Certes, quand on parle de vivre-ensemble, on parle de gens éloignés, socialement, culturellement, ou par leurs âges, on pointe les fractures. Mais pourquoi en formuler l'idée pourrait-il combler celles-ci ?
Voilà le problème qui me frappe avec le vivre-ensemble : penser que l’idée, telle une valeur ou formule magique, permettra, voire suffira, à pallier des failles existantes, éveiller les consciences, imprégner chacun d’entre nous et en arriver à ce que l’on se dise : “Ah mais oui, c’est une belle idée. Tiens, si je vivais avec tout le monde ?” pour finalement s’en contenter. 

L’amour ou rien !

Vous voyez, le problème n’est pas celui de déterminer comment une parole peut faire agir, de la parole performative, au contraire, c’est celui de la parole qui ne fait pas agir, de la parole creuse qui double la réalité, se substitue à l’action et ne change rien. Et cette expression de “vivre-ensemble” en fait hélas partie. Est-ce une fatalité ? Faut-il la penser autrement pour qu’elle agisse autrement ?

Pour moi, “vivre ensemble” c’est le pas que sautent deux amoureux quand ils s’installent ensemble. Ils veulent vivre heure par heure, jour après jour, leur amour et le mettre à l’épreuve de la réalité quotidienne. Mais le “vivre-ensemble” est exactement l’inverse : on est déjà quotidiennement avec des gens mais sans être “ensemble”, sans être amoureux, sans être lié par autre chose que des habitudes, des espaces communs, des horaires, des intérêts. 

De là, l’idée de “vivre-ensemble” me semble un non-sens dès lors qu’il manque l’amour. Impossible à penser autrement. Impossible à penser tout court. De deux choses l’une, donc : soit on veut vivre tous ensemble avec d’autres, et on réhabilite l’amour dans un grand et bel élan même un peu culcul, soit on arrête d’en parler. 

Géraldine Mosna-Savoye

Sons diffusés :

  • Discours de Richard Ferrand, Forum sur le vivre-ensemble, avril 2019
  • Frida Boccara, Pour vivre ensemble
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