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Le lac Powell (Etats Unis)

Philosophie de l’eau

5 min
À retrouver dans l'émission

A l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, une philosophie de l’eau, cette matière informe qui occupe pourtant nos imaginaires.

Le lac Powell (Etats Unis)
Le lac Powell (Etats Unis)

Aujourd’hui, le 22 mars, a lieu la journée mondiale de l’eau. Journée instituée par l’ONU en 1994, le thème 2018 est « L'eau : la réponse est dans la nature », l’idée étant de répondre aux problèmes de l’eau (inondations, sécheresse, pollution) en prenant en compte, plus largement, les écosystèmes (forêt, plaines, humidité…). 

Des problèmes, l’eau en a : pénurie en Inde, en Afrique du Sud et au Brésil, eaux usées déversées dans les rivières et la mer, eau contaminée ou difficile accès à celle-ci, comme l’explique le Président du Brésil, Michel Temer, lors du 8ème Forum mondial pour l’eau (qui a lieu en ce moment-même) : 

Comme toute ressource naturelle, l’eau est mise à l’épreuve de problèmes écologiques et politiques. Et ce, parce qu’elle est un des 4 éléments essentiels à notre survie physique, mais aussi à notre vie psychique. Symbole de la mobilité ou de ce qui ne change pas, je pense à Héraclite, berceau maternel, source vive, purificatrice et régénératrice, flot apaisant ou tempête rugissante… c’est bien sûr Bachelard qui avait su en parler dans L’eau et les rêves et dans ses Causeries : 

On pense souvent à Bachelard quand il s’agit d’évoquer l’eau en philosophie, l’eau et sa puissance évocatrice, sa capacité à ouvrir l’imagination et à créer des images persistantes : eaux dormantes, profondes, maternelles ou violentes… L’eau occupe bien cette place intime, sensuelle et poétique, dans laquelle peuvent s’enraciner les préoccupations écologiques et politiques, mais elle est irréductible à celles-ci, tout comme elle est irréductible à son approche scientifique. 

Ivan Illich, dans un texte intitulé « H20 : les eaux de l’oubli » (1988), critique ainsi cette réduction de l’eau à sa formule brute. Elle est plus que ça, nous dit-il, elle déborde. Mais comment donner forme à cette eau, sans cesse mouvante, contradictoire et ambivalente, comme le souligne Bachelard ? Faut-il s’en tenir à sa pure évocation et perception ? A son pur mouvement ? C’est le problème philosophique de l’eau : celui d’un informe qui creuse pourtant son sillon, qui file entre les doigts mais qui a pourtant une épaisseur et n’échappe pas comme l’air s’envole, l’eau est à la fois pesante et légère, présente et absente. 

Prenez par exemple cette chute d’eau qui ne cesse de s’écouler mais que l’on n’entend plus, prenez par exemple la mer constituée de milliers de vagues : entendez-vous chacune de ces vagues, chacune des gouttes qui la composent ? C’est la question que pose Leibniz dans ses Nouveaux essais sur l’entendement (1704)… indiquant par-là la profondeur inaccessible de l’eau, ce qui nous fait perdre pied avec elle, même quand on essaie seulement de la toucher. 

La littérature, et Moby Dick de Melville en fait partie, peut assumer toute cette approche poétique de l’eau, ses tempêtes, ses menaces, ses abîmes ou ses réconforts. Bachelard et Illich assumaient aussi cette approche métaphorique de l’eau. Mais il y a une autre approche encore que j’ai découverte en me penchant sur ce problème de l’eau, c’est celle d’une géographie de l’eau et que l’on doit à Kant. 

Oui, le saviez-vous, Kant a aussi été professeur de géographie, et on lui doit toute une géographie : mathématique, d’abord, où il parle de l’eau, de la terre et de l’air, et une géographie morale, ensuite, où il parle du caractère des hommes en fonction des régions habitées. La présence de l’eau, son abondance, son accès, sa qualité, sont ainsi autant de données mathématiques qui dessinent une géographie morale de l’eau. Et cette eau fait partie, je cite, de ce « monde, de ce théâtre sur lequel nous entreprenons nos expériences », expériences intimes, scientifiques ou politiques. 

    

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