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Philosophie du hip-hop, un groupe à New York City 2012

Philosophie du hip-hop

5 min
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Comment penser le hip-hop et ce qui compose son univers : ses textes, les grafittis au mur et la danse urbaine break ? Jérémie McEwen retrace une philosophie du hip-hop : est-ce un système ? Quelles sont les limites de cette philosophie : faut-il aussi penser le hip-hop à partir de ses sons ?

Philosophie du hip-hop, un groupe à New York City 2012
Philosophie du hip-hop, un groupe à New York City 2012 Crédits : Phyllis Leibowitz - Getty

Il y a quelques jours, une Philosophie du hip-hop est parue aux éditions XYZ. Son auteur s’appelle Jérémie McEwen, il est professeur de philosophie, chroniqueur radio, et il donne depuis 2016, au Canada, un cours sur le sujet. 

Comme c’est essentiellement la musique que j’écoute, j’ai forcément été interpellée.
La tentation est d’ailleurs toujours là, quand on est en terrain familier, de saisir les tenants et aboutissants de ce qui nous touche, de comprendre pourquoi on aime tant une chose. 

À quoi peut bien ressembler une philosophie du hip-hop ? Fait-elle système ? Quels sont donc ses principes, ses formes et sa finalité, tout ce qui fait qu’elle peut résonner en nous, en moi ?

Principes fondamentaux

Comme toute philosophie, il s’agit de commencer par le début, de remonter aux origines, au fondement. Donc, à Grandmaster Flash dans lequel il s’agit de détecter les éléments fondamentaux du hip-hop, au nombre de quatre, selon ce livre : 

  • le DJ qui, avec son autonomie, rapièce, n’importe où, hors des lieux dédiés, des morceaux du passé et crée quelque chose de neuf
  • le graffiti qui énonce, hors des lieux dédiés aussi, sur les murs, dans les métros, des messages tels des écrivains 
  • le break qui donne son mouvement saccadé, explosif au hip-hop.

Et puis, bien sûr, quatrième élément : le rap ! Avec ses rappeurs qui formulent des principes philosophiques : matérialisme, coopération et compétition, réalisme, éthique relationnelle de l’amitié, métaphysique du changement, rapport à la mort et à la folie. 

Je dois dire qu’en lisant ce livre, j’ai été agréablement surprise : pas de plaquage de philosophes connus et surplombants, pas non plus d’évitement du sujet qui passerait par une simple description sociologique du hip-hop. Ce livre n’usurpe pas son titre de philosophie tout en étant au plus près du genre musical. Et pourtant, il m’a manqué quelque chose. 

De quoi est fait le hip-hop ?

Que m’a-t-il manqué dans cette philosophie du hip-hop pourtant complète ? Le problème tient, je crois, à deux choses : d’abord, le fait qu’on attende d’une philosophie qui porte sur des sujets populaires (séries, films ou chansons) qu’elle élève le sujet, qu’elle l’éclaire, le dépouille de sa facilité pour qu’elle acquière une profondeur, mais surtout pour qu’on se dise que ce qu’on écoute tous les jours nous imprègne d’une certaine manière, nous informe, nous donne une conduite, des règles tacites de vie. 

D’où cette deuxième attente : le fait qu’on sache, qu’on mette des mots sur ce qui se joue en nous quand on écoute du hip-hop.
Pourquoi est-ce que j’aime ce genre musical plus qu’un autre ? Pourquoi tel rythme provoque en moi ce qu’il ne provoque pas chez d’autres ? Pourquoi cette voix, son phrasé, résonnent-ils en moi ? Qu’y a-t-il dans cette chanson qui fait qu’instantanément elle me parle ? 

Les éléments fondamentaux, les principes, la structure du break, les sagesses des rappeurs : tout cela est essentiel mais ne dit pas de quoi est fait le hip-hop, pas dans ses énoncés, son architecture, mais dans sa matière même. Est-il possible de penser le hip-hop à partir de sa texture, de ses sons, de ce que tout simplement on entend ? 

Pour une esthétique du hip-hop

L’usage de l’auto-tune, cet outil de correction des voix en studio, moqué à ses débuts mais devenu courant depuis la fin des années 2000 avec Booba, est très frappant. Pourquoi transformer ainsi sa voix ? Pourquoi avoir fait de la correction ponctuelle un usage régulier ? 

On veut beaucoup réhabiliter le hip-hop en tirant de ses paroles, de ses usages, de son contexte une éthique, une politique, un rapport au monde. Mais il s’y joue d’abord quelque chose de physique, sensoriel. Pourquoi tel courant a recours à des rythmes lourds quand d’autres ont des instru évanescentes, psychédéliques ? Que dit cette forme qui n’est pourtant pas énoncé ?
Voilà ce qui reste à écrire : une esthétique du hip-hop. 

Sons diffusés :

  • Chanson de Grandmaster Flash, The message
  • Chanson de Asap Mob, RAF
  • Chanson de PNL, Je vis je visser
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