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La rentrée en philo
Épisode 1 :

Indignation et divertissement

5 min
À retrouver dans l'émission

257 : c’est le nombre d’essais qui paraissent en cette rentrée. Quelle place y prennent les essais philosophiques ? Quel est le ton de cette rentrée philo ?

La rentrée en philo
La rentrée en philo Crédits : mbtphotos - Getty

Si la littérature compte 524 parutions, ce qui en fait une "petite" rentrée, les essais, eux, s’élèvent au nombre de 257.
Bien sûr, il faut faire le tri : entre les disciplines (tout n’est pas de la philo) ; entre les classiques et les inédits ; entre ceux qui font écho à l’actualité et ceux qui se veulent plus universels ; et entre les grands sujets qui s’en dégagent.
Dans un article paru mi-juillet, le magazine Livres Hebdo relevait ainsi les grandes tendances thématiques de tous ces essais : écologie, Intelligence artificielle, éducation, religion et Gilets jaunes. Comment les philosophes s’inscrivent-ils dans ces tendances... ou pas ? Vers quel concept, quel domaine, quel horizon les essais philosophiques nous mènent-ils ?

Indignation

L’indignation ou rien. Certes, on trouve l’écologie (Le toucher du monde de David gé Bartoli et de Sophie Gosselin, éditions du Dehors), l’Intelligence artificielle (avec les Technofictions de Pierre Cassou-Noguès, Cerf), l’éducation (Philosophes en herbe de Jordi Nomen, Desclée de Brouwer). Mais curieusement, ce ne sont pas vraiment ces grands thèmes qui dominent la rentrée philosophique. 

Non, ce qui domine plutôt, c’est un ton : critique, acerbe, parfois même ironique, un ton qui dénonce, un ton indigné. L’indignation ou rien, qu’on s’en serve ou qu’on la prenne en grippe. C’est le cas de Laurent de Sutter avec Indignation totale, ce que notre addiction au scandale dit de nous (éditions de l’Observatoire), ou de Jérôme Lèbre, avec Scandales et démocratie (Desclée de Brouwer), qui, tous deux, pointent cette manie de l’indignation désormais devenue banale. 

L’indignation à bon escient est-elle alors possible ? Elle semble être en tout cas le point de départ nécessaire à certains essais plus politisés : Aux frontières de la démocratie, de Calais à Londres sur les traces des migrants de Sophie Djigo (Le Bord de l’eau), Démocratie, Hic et nunc, de Jean-François Bouthors et Jean-Luc Nancy (François Bourin) ou L’émancipation promise de Pierre-André Taguieff (Cerf). 

Tous ces ouvrages déplorent les excès de la démocratie moderne, aveuglée par ses propres principes ou affaiblie par ses promesses non tenues. La promesse, c’est d’ailleurs le titre du livre de Vincent Peillon dans lequel l’ex-Ministre revient à ses premiers amours philosophiques et célèbre le geste de confiance pour refonder notre époque (PUF). 

Divertissement

L’époque n’est pas qu’à l’indignation, elle est aussi au divertissement. Et les philosophes l’ont bien saisi : Sandra Laugier, spécialiste de Stanley Cavell, du langage ordinaire et du cinéma, voit ses chroniques mensuelles dans Libération augmentées d’analyses, rassemblées dans le livre Nos vies en série (Climats). Séries, mais aussi jeux vidéos et shows télé, le philosophe Byung-Chul Han voit lui aussi dans ces divertissements des lieux de production d’une nouvelle philosophie, basée sur l’expérience, la passion et les formes de vie (Amusez-vous bien ! PUF). 

Et c’est ainsi qu’on relève, à côté du ton politisé et indigné, un ton plus enlevé et optimiste : Mériam Korichi et Jean-Pierre Martin s’amusent à réhabiliter respectivement le mensonge et la curiosité (Autrement) ; Pascal Chabot part de notre travers à parler sans cesse de qualité (qualité de l’air, de l’alimentation, etc.) pour en appeler aux libres qualités centrées sur la saveur de vivre (Traité des libres qualités, PUF) ; quand Justine Lacroix et Jean-Yves Pranchère s’attaquent, non sans malice, à tous les détracteurs des droits en l’Homme en demandant si ceux-ci nous rendent idiots (Seuil). 

Mouche et parking

Depuis quelques jours, je suis dérangé dans mes travaux par une mouche. C’est une assez grosse mouche, toute velue et toute noire, qui ne cesse de bourdonner autour de moi… Clément Rosset

Bonheur de découvrir, en cette rentrée, un tout autre ton : celui de Clément Rosset, disparu en mars 2018, qui a voulu laisser à titre posthume ces Ecrits intimes (Minuit) dont ce texte sur cette mouche. Et enfin, clin d’œil au livre Parking Péguy de Charles Coustille (Flammarion) dans lequel l’auteur, spécialiste de Charles Péguy, accompagné du photographe Léo Lepage, s’est amusé à cartographier la présence de son écrivain fétiche en France (parking, rue ou place) : une autre manière de voir comment les philosophes n’habitent pas seulement une époque, mais nos espaces de vie. 

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