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Pourquoi y a-t-il "Matrix" plutôt que rien, dès que l'on parle de pop'philosophie ? Photo du film "Matrix" des soeurs Wachowski

Qu’est-ce que la pop’philosophie ?

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À retrouver dans l'émission

La pop’philosophie est souvent perçue comme la philosophie du n’importe quoi… Et si c’était vrai ? Et si le n’importe quoi était difficile à atteindre ? On fait le point avec l’essai du philosophe Laurent de Sutter.

Pourquoi y a-t-il "Matrix" plutôt que rien, dès que l'on parle de pop'philosophie ? Photo du film "Matrix" des soeurs Wachowski
Pourquoi y a-t-il "Matrix" plutôt que rien, dès que l'on parle de pop'philosophie ? Photo du film "Matrix" des soeurs Wachowski Crédits : Ronald Siemoneit/Sygma - Getty

Aujourd’hui, de la pop philosophie ! Et j'entends déjà les critiques : encore des séries ou Matrix, encore de la philo pop culture... Eh bien, non ! Non, je ne vais pas vous parler de séries télé, de philo démago, car l'heure est justement venue, grâce au philosophe Laurent de Sutter et son essai Qu'est-ce que la pop'philosophie ? paru aux puf, de faire le point sur ce qu'est la pop'philosophie...
Mais par contre, il y a bien une chose que je vais faire, c’est vous passer un extrait de Matrix

Pourquoi Matrix ? 

Pourquoi y a-t-il Matrix plutôt que rien, dès que l'on parle de pop'philosophie ?
La question est légitime depuis ces années où l'on nous parle de ce film comme du film pop'philo par excellence, comme la question philosophique formulée dans une forme pop. 

Mais que veut dire « pop » dans cette expression de « pop'philosophie » ? Doit-on y entendre le populaire, le peuple, le démocratique, le non-élitisme, la pop culture ou une esthétique pop art ? 

Que reste-t-il de la philosophie quand elle est pop ? Est-elle encore un savoir, une méthode, ou devient-elle une culture, une érudition, une posture ? 

Et que signifie cette apostrophe, glissée entre pop et philosophie, cette petite touche, trop souvent oubliée, mais que Gilles Deleuze, à qui l'on doit ce terme, n'avait sûrement pas mise par hasard ou pour rien ? 

L’exigence du n’importe quoi 

Pour savoir ce qu’est la pop’philosophie, le mieux est encore de revenir à son créateur, Gilles Deleuze, donc. Comme vous l’avez entendu, dans cette introduction à son Abécédaire, ce n’est pas là qu’il en parle ! Non, de “pop’philosophie”, comme le rappelle Laurent de Sutter, il n’en parle que deux fois, deux toutes petites fois : dans les années 70, il l’évoque pour l’opposer à une philosophie universitaire, trop sage, et une autre fois, pour la définir comme une “lecture en intensité”. 

De là, la tentation est grande de voir en cette pop’philosophie ce qui nous arrange, et pour reprendre l’extrait qu’on a entendu, de faire parler un esprit de l’au-delà et de lui faire dire n’importe quoi… Mais là, est justement le point de ce court essai de Laurent de Sutter : en une centaine de pages, 25 parties et 10 thèses, il définit précisément la pop’philosophie, à savoir… “n’importe quoi” : “le style de n’importe quoi”, “la pratique philosophique de transformation de n’importe quoi en quelque chose”, ou encore “l’ascèse du n’importe quoi”. 

Faciles à priori comme thèses… Et pourtant, qui pourrait dire ce qu’est le n’importe quoi ? Qui pourrait le définir ? L’originalité est là : et si le n’importe quoi avait une exigence fondamentale ? Et si en disant que la pop’philosophie, c’était n’importe quoi, on lui attribuait une tâche difficile, notamment pour nos esprits bien réglés et si habitués à hiérarchiser ?

« Ça passe »

On doit à François Dagognet toute une pensée des déchets et des détritus, toute une pensée de matériologue, séduit par tous les objets… Une pensée du n’importe quoi justement, une pop’philosophie.
Car se pencher sur le n’importe quoi, et faire ainsi de la pop’philo, ce n’est pas seulement se pencher sur ce qui est disqualifié (le pop, les séries, les poubelles ou Matrix), pour ensuite retourner dans sa tour d’ivoire conceptuelle (la philo), c’est voir ce qui se passe partout et ce que ça fait, tel de l’électricité qui touche tout, telle cette apostrophe entre “pop” et “philo”. C’est pour reprendre encore une fois Deleuze, c’est “sortir de la philosophie par la philosophie”. 

Sons diffusés :

  • Bande-annonce du film Matrix des sœurs Wachowski (1999)
  • Gilles Deleuze, L’abécédaire (entretiens avec Claire Parnet, produits Pierre-André Boutang, diffusés en 1995)
  • Archive de François Dagognet (France Culture, Staccato, 10/04/1998)
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