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Soeur Bernadette Moriau lors d'une conférence de presse le 13 février 2018 à Beauvais

Miracle es-tu là ?

4 min
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Si vous ne l’avez pas encore fait, courez voir le dernier film de Xavier Giannoli, L’Apparition.

Soeur Bernadette Moriau lors d'une conférence de presse le 13 février 2018 à Beauvais
Soeur Bernadette Moriau lors d'une conférence de presse le 13 février 2018 à Beauvais Crédits : DENIS CHARLET - AFP

Le film L'apparition raconte l’histoire d’Anna, jeune fille de 18 ans, qui affirme avoir vu une apparition de la Vierge Marie dans une petite ville des Alpes. Des milliers de pèlerins affluent pour rencontrer la jeune fille et se recueillir sur les lieux de l’apparition, mais les autorités ecclésiastiques doutent. Le Vatican décide alors d’ouvrir une commission d’enquête canonique afin de vérifier les dires de la jeune Anna. Pour les besoins de l’enquête, le Saint-Siège recrute Jacques, grand reporter, revenu traumatisé d’un reportage de guerre, où son meilleur ami photographe est mort. Au début très sceptique, Jacques se laisse peu à peu ébranler par le culte grandissant autour d’Anna et par son attitude désarmante d’innocence. 

Pourquoi aller voir ce film? Tout d’abord parce que le film est construit comme un excellent polar, porté par un Vincent Lindon magistral et la jeune actrice Galatéa Bellugi, qui est une véritable révélation, c’est le cas de le dire. Ensuite, parce qu’aussi fou que cela puisse paraître, il est d’actualité. En effet, trois jours avant la sortie du film, le 11 février, l’évêque de Beauvais, a reconnu comme miraculeuse la guérison de la Sœur franciscaine Bernadette Moriau à Lourdes en 2008, après dix ans d’enquête. C’est un véritable événement pour le monde catholique, puisqu’il s’agit de la 70ème guérison miraculeuse survenue à Lourdes et reconnue officiellement par l’Eglise. Or c’est exactement dans cet univers que ce film nous plonge. Comme nous l’explique Bénédicte Lutaud dans La Vie, dans la réalité, l’Église catholique doit régulièrement faire la lumière sur des cas d’apparitions ou de guérisons miraculeuses présumées. À l’issue de ces enquêtes, constituées de religieux et de laïcs avec la présence de médecins et de psychiatres, très peu sont finalement reconnues officiellement. Pour ce qui est des guérisons à Lourdes, sur les 7200 déclarations enregistrées par le Bureau médical de Lourdes qui existe depuis 1883, seuls 70 guérisons miraculeuses ont été reconnues, dont la dernière, le mois dernier, comme je vous le disais. En ce qui concerne les apparitions présumées de la Vierge Marie, parmi les milliers de témoignages à travers le monde, seuls 18 ont été reconnues, la dernière datant de 1983 en Argentine. Elle n’a été reconnue qu’en 2016 après 33 ans d’enquête. Mais ce qui est le plus intéressant, c’est sans doute les critères retenus. 

Ces critères servent à déterminer si l’apparition ou la guérison relèvent du miracle ou non ! Depuis 2012, le Vatican les a rendus publics. Il y a des critères dits « positifs », on évalue alors l’équilibre psychique, l’honnêteté, la moralité, mais aussi des critères « négatifs », comme la recherche d’avantages matériels ou financiers, une éventuelle maladie psychique ou encore la potentielle hystérie collective provoquée par l’événement. À la fin de cette enquête qui dure généralement fort longtemps, l’Église détermine donc s’il y a eu miracle ou non. En mettant toute cette histoire d’enquête canonique au cœur de l’intrigue de son film Xavier Giannoli pose en réalité une question fondamentale : y a-t-il une place pour le mystère et pour le miracle dans nos sociétés sécularisées ? Mais en réalité la question accordée au mystère et au miracle n’est pas nouvelle, Xavier Giannoli le sait aussi. Elle remonte à un débat vieux de plusieurs siècles entre foi et raison. Car si la foi, c’est l’évidence qui s’impose et qui n’est pas rationnellement démontrable, la raison, elle, recouvre justement l’idée qu’il n’y a d’évidence que dans ce qui est rationnellement démontrable. Cette question de la compatibilité ou de l’incompatibilité entre foi et raison agite toute la théologie médiévale qui ne cesse de les unir et réunir. Le débat se poursuit dans la philosophie chez Spinoza, Pascal, Kant, Kierkegaard et bien d’autres encore. Ce débat n’épargne évidemment pas l’Église qui à travers ses enquêtes joue la réconciliation en traquant avec raison les impostures pour déterminer là où, justement, la raison se suspend pour laisser place au miracle. Dans le film, un jeune prêtre confesse : « L’Eglise préférera toujours passer à côté d’un véritable miracle plutôt que de reconnaître une imposture ». Et c’est à la psychiatre de la commission d’enquête qu’il faudrait laisser les mots de la fin : « La foi est un choix libre et éclairé. Avec une preuve, il n’y aurait plus de mystère… »

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