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Eric Zemmour, 25 avril 2019

Éric Zemmour : la faute aux médias ?

4 min
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"Faut-il donner la parole à Éric Zemmour ?" : cette question se pose aujourd'hui sous toutes les formes... Quel problème révèle-t-elle du fonctionnement médiatique ? Doit-on incriminer les médias ? Où se place notre responsabilité ?

Eric Zemmour, 25 avril 2019
Eric Zemmour, 25 avril 2019 Crédits : Lionel BONAVENTURE - AFP

Deux essais en cette rentrée font du polémiste Éric Zemmour leur figure centrale d’interrogation : Gérard Noiriel avec Le venin dans la plume : Édouard Drumont, Éric Zemmour et la part sombre de la République, aux éditions La Découverte, et Mark Lilla avec L’esprit de réaction, aux éditions Desclée de Brouwer. Suite à une intervention télé datée de 2016, le polémiste vient d'être définitivement condamné pour incitation à la haine raciale, et ce mercredi, remercié par RTL. 

Le marronnier Zemmour 

Doit-on encore inviter Éric Zemmour ? Faut-il encore lui donner la parole ? Le faire taire, le bannir des médias ?
On a pu entendre, lire et même discuter cette question, déclinée sous toutes ses formes la semaine dernière… mais pas que. En 2014, on en était déjà là.
C'est presque devenu un marronnier, aussi récurrent que les reportages sur la neige en hiver, la chaleur en été, les cadeaux de Noël à Noël. Aussi récurrent, mais aussi tout à la fois légitime et désespérant. Car c'est à la fois un débat nécessaire qui pose la question cruciale, large, fondamentale de : quelle parole a droit de cité ? Et désespérant car le problème ne sera en fait jamais réglé. 

Tant mieux d'une certaine manière, car c'est bien la preuve qu'il y a, quoi qu’on en dise, une réflexivité, une autocritique des médias.
Mais tant pis, car jamais aucune leçon ne semble tirée, avec en plus ce drôle de paradoxe : parler sans cesse d’un individu dont on se demande s’il devrait parler. Pourquoi cette situation absurde ? 

Les médias, toujours coupables… 

Donner la parole ou pas à quelqu’un, le débat retombe toujours sur les mêmes arguments :
d’un côté, les partisans de la liberté d’expression, comme on l’a entendu : il s’agit de donner la parole en vertu du pluralisme, du débat franc et frontal, et de la déconstruction des discours dangereux.
De l’autre, les opposants : il ne faut surtout pas la donner pour éviter les discours délictueux, la propagation de la haine, voire sa banalisation.
D’un côté, l’exercice d’une liberté qui rencontre celle des autres et les limites de la loi, au risque de la haine ; de l’autre, le contrôle d’une liberté avant même qu’elle ne soit exercée au risque du bien-pensant. 

Dans tous les cas, un choix à faire, et qui revient toujours aux médias.
LES médias, toujours eux, ce vaste champ indiscernable, coupable aux yeux de tous, accusés d’être vendus aux puissants ou à l’audience, prêts au pire pour être suivis. Trop ou pas assez critiques, trop à droite, trop à gauche, trop au centre… 

Alors que les médias sont multiples, de la presse écrite, télé et radio aux réseaux sociaux, du débat à l’enquête, de la dépêche à la chronique, c’est pourtant toujours sur eux que retombe la faute.
Pourquoi est-on si prompt à accuser les médias, c’est-à-dire à confondre le médium avec le message ? 

Prenons nos responsabilités 

François Hollande l’a dit, il y a une semaine, sur France Inter : l’outrance s’est introduite dans le système médiatique, mais pas politique…
Ce qui est fou quand on y pense, car qui a évoqué la déchéance de nationalité ? Mis au centre le thème de la sécurité et de l’immigration ? Posé la question de l’identité nationale ? Tous ces thèmes repris par Éric Zemmour… 

Je ne vais pas reporter la faute sur les politiques, on aura tôt fait de m’accuser de défendre mon bout de gras, les médias dont je fais partie.
Mais on ferait bien de TOUS se poser la question : qui regarde Zemmour ? Qui s’informe, qui lit ? C’est nous tous.
Prenons nos responsabilités, nous, reprenons cette liberté au lieu de parler de celle des médias !
L’espace médiatique n’est pas un espace qui flotte dans les airs, nous surplombe et nous dit quoi faire et quoi penser. C’est un espace d’échanges, de messages, d’émetteurs et surtout de récepteurs, que nous sommes tous.
C’est trop facile de charger les médias. Surtout quand on a, comble du sort, la possibilité de le faire grâce aux médias. 

Son diffusé :

  • François Hollande, dans le 7/9, France Inter, 30/09/2019
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