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Charles Aznavour

Charles Aznavour, ambassadeur de la mémoire arménienne

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Avec la disparition de Charles Aznavour, la France a perdu l’un de ses plus grands chansonniers et poètes. L’Arménie, elle, a perdu son plus grand ambassadeur.

Charles Aznavour
Charles Aznavour Crédits : RB/Redferns - Getty

Aznavour, chansonnier et grand protecteur du peuple arménien

Charles Aznavour, c’est le chansonnier prodigieux que tout le monde connaît, l’auteur et l’interprète de La Bohème, d’Emmenez-moi, mais aussi de Hier encore ou de Comme ils disent, autant de morceaux qui font partie de notre panthéon musical et qui permettent de penser que la chanson n’a rien d’un art mineur.
Mais si la France a perdu l’un de ses plus grands chansonniers et poètes, l’Arménie, elle, a perdu l’un de ses plus grands ambassadeurs. Car Charles Aznavour n’est pas né Charles Aznavour, il est né Shahnourh Varinag Aznavourian, fils de Mamigon Aznavourian et Knar Baghdassarian qui ont fui le génocide perpétré contre les Arméniens par les Jeunes Turcs entre 1915 et 1916.
Du côté maternel, la famille entière a été tuée. Seules ont survécu la mère et l’arrière grand-mère.
De cette histoire douloureuse, Charles Aznavour porte tous les stigmates.
S’il fait sa carrière en France, pays où il est né et où il a grandi, il n’oublie pas le pays de ses parents et, profitant de sa notoriété, devient rapidement un ambassadeur de la cause arménienne dans le monde. Après le séisme de 1988, le chanteur lance son association Aznavour pour l’Arménie et enregistre la chanson Pour toi Arménie pour apporter une aide financière aux victimes de la catastrophe.
En 1995, il est nommé ambassadeur et délégué permanent de l’Arménie auprès de l’UNESCO. Il devient également membre du Conseil d’administration international de Armenia Fund, qui verse des millions de dollars d’aide humanitaire et d’aide au développement à Erevan. 

Aznavour, militant pour la mémoire du génocide arménien

Mais l’engagement d’Aznavour ne se limite pas à l’aide matérielle. Il milite aussi, de manière très active, pour la reconnaissance, par la Turquie, du génocide arménien.
Dans la nuit du 23 au 24 avril 1975, soit très exactement soixante ans après la rafle des intellectuels arméniens du 24 avril 1915 à Constantinople, il enregistre à Londres sa chanson Ils sont tombés

En 2002, il tient le rôle principal dans le film Ararat d’Atom Egoyan qui, à travers l’histoire d’une famille arménienne en exil, traite des difficultés de reconstituer une mémoire collective sur fond de négationnisme. On entend Charles Aznavour y dire : « Toute ma vie, j’ai voulu filmer notre histoire, notre souffrance. Maintenant nous faisons ce film. »

Opération Némésis

Toute sa vie, donc, Charles Aznavour aura œuvré à faire sortir de l’oubli plus d’un million d’Arméniens, représentant les deux tiers de la population arménienne de l'époque, massacrés sur ordre du Comité Union et Progrès, composé du triumvirat d’officiers Talaat Pacha, Enver Pacha et Djemal Pacha, qui dirigeait alors l’Empire ottoman.
Talaat Pacha, c’est l’homme qui auraient donné l’ordre : « Tuez tous les hommes, femmes et enfants arméniens sans exception ». Ayant eu le temps de s’enfuir en Allemagne après la défaite de l’Empire ottoman, il est condamné à mort par contumace en 1919 par la Cour martiale de Constantinople. Il sera finalement abattu en pleine rue à Berlin le 15 mars 1921 par Soghomon Tehlirian dans le cadre de l’opération clandestine Némésis, du nom de la déesse grecque de la juste colère et de la rétribution divine. C’est le procès de Tehlirian qui inspirera au jeune Raphael Lemkin le concept de génocide, qui deviendra par la suite une des pierres angulaires du nouveau droit pénal international.
Des années plus tard, dans Eichmann à Jérusalem, Hannah Arendt saluera l’action de Tehlirian qui par cet acte et par la volonté qu’il a eue d’être jugé pour cet acte a voulu montrer au monde que le droit, parfois, n’épuise pas la justice.

L’espoir de la reconnaissance

Aujourd’hui encore, la reconnaissance du génocide arménien ne fait pas consensus.
Seuls 27 pays dans le monde l’ont officiellement reconnu à ce jour.
En 2016, la reconnaissance du génocide par le Parlement allemand a même entraîné une crise diplomatique entre Berlin et Ankara, le président turc Erdogan ayant clamé haut et fort qu’il n’acceptera jamais de telles accusations. Aznavour s’était alors confié dans les médias pour dire qu’il gardait espoir et qu’il était sûr qu’un jour viendrait où les Turcs reconnaîtraient leur crime. Que cette reconnaissance était nécessaire pour que, selon ses propres mots, ce « peuple sans sépulture » ne sombre pas dans l’oubli.
Alors qu’il s’est endormi, espérons comme lui, que ce jour viendra. Et qu’en attendant, la jeune garde arménienne, reprenne le flambeau de son combat pour la mémoire et pour la vérité.

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