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Jair Bolsonaro, président du Brésil, et Donald Trump, président des Etats-Unis, à Osaka au G20 en juin 2019

Trump, Bolsonaro et Johnson : nouveaux modèles politiques ?

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Vulgaires, impolis, sans filtre, mais pourtant plébiscités, serait-on en train d’assister à un changement de paradigme du gouverneur politique ?

Jair Bolsonaro, président du Brésil, et Donald Trump, président des Etats-Unis, à Osaka au G20 en juin 2019
Jair Bolsonaro, président du Brésil, et Donald Trump, président des Etats-Unis, à Osaka au G20 en juin 2019 Crédits : Brendan Smialowski - AFP

La question me revient régulièrement, à chacune des interventions irréelles ou tweets rageurs de Donald Trump. Celui-ci ne nous force-t-il pas à redéfinir ce qu’est un chef politique ? Un chef politique est-il quelqu’un de bien, d’exemplaire, qui allie représentation et présentation ?
Nicolas Sarkozy, déjà, nous avait surpris avec quelques sorties. Silvio Berlusconi aussi. Mais Trump a marqué un tournant, il a institutionnalisé un style et légitimé des Bolsonaro et des Johnson. 

Bien se conduire pour bien conduire 

Plutôt crever au fond d’un fossé que de reporter le Brexit.

La déclaration choc de Boris Johnson a été beaucoup relayée, on s’est d’ailleurs habitués à ces frasques, on s’est un peu faits, paradoxalement, à être outrés, scandalisés ou indignés par cette manière de s’exprimer.
D’où ma question : si cette manière de gouverner est devenue chose courante et acceptable voire désirable, est-elle alors en train d’opérer une redéfinition de ce qu’est un chef politique, de ce qu’il doit être ou ne plus être ?
Pour pouvoir y répondre, il faudrait déjà savoir à quoi devrait ressembler un chef politique, je me suis donc naturellement tournée vers le Dictionnaire de philosophie politique de Philippe Raynaud et Stéphane Rials (éditions puf).
C’est à l’entrée "Gouvernement" qu’est développée l’idée de gouvernement comme conduite par un seul homme, roi ou représentant démocratique, du peuple. On peut y lire cette phrase : Gouverner “ne signifie pas d’abord bien se conduire (même si cette condition reste nécessaire), mais conduire quelque chose”. Autrement dit : bien se conduire équivaut à bien conduire. Est-ce encore le cas ? 

Qu’est-ce qu’agir droitement pour un chef politique ? 

Dans le paysage politique, la plupart des chefs politiques, il faut le dire, continuent malgré tout à appliquer cette définition du gouverneur comme une personne sachant d’abord bien se conduire pour bien conduire son pays.
À côté des Trump, Johnson et Bolsonaro, un ensemble de leaders mettent ainsi un point d’honneur à bien se tenir : Emmanuel Macron, Justin Trudeau, ou Barack Obama, summum de l’élégance jusqu’en 2017.
Mais sont-ils pour autant de bons chefs ? D’où vient cette condition de nécessité de la bonne conduite de soi pour bien gouverner la cité ? En fait, tout vient de l’étymologie : le verbe latin “regere” qui a donné régir, ne signifie pas seulement gouverner, mais “agir droitement” (de la contraction “recte agere”). Et agir droitement, c’est corriger et prévenir les vices profonds de la cité, à condition de savoir gérer les siens, de “bien se comporter”.
Mais c’est une définition morale du gouvernement. Et gouverner n’est pas qu’une affaire de morale. Comment bien gouverner tout en se passant de la morale et de ses attributs extérieurs ? C’est la question. 

La rupture de la politique avec la morale 

Il y a quelques années, bien après la fin de ses mandats, on a assisté à une mode Chirac : t-shirts à son effigie, livres de ses photos les plus cool, l’ancien Président incarnait la classe perdue des chefs d’Etat. Une autre époque. On connaissait pourtant l’animal politique : la bienséance n’avait pas empêché des affaires douteuses. Trump, Bolsonaro et Johnson ne sont pas les premiers à avoir aboli le lien moral et politique, mais ils ne tiennent pas, eux, à préserver les apparences.
Et c’est cette transparence du jeu politique qui plaît. Ils jouent cartes sur table. Ils révèlent l’hypocrisie moralisatrice de la politique qui fait du chef d’Etat un exemple.
Mais en détruisant l’équivalence bien se conduire, bien conduire, ils induisent une idée bien perverse, l’idée contraire : mal se conduire serait désormais, forcément, bien gouverner. Or, n’est rien plus faux, car c’est encore une affaire de bien et de mal, de morale.
Pourquoi ne pas consommer définitivement la rupture entre morale et politique et penser un nouveau chef politique ?

Sons diffusés :

  • Discours de Boris Johnson, 6 septembre 2019, diffusé sur BFM TV
  • Macron répond à Bolsonaro, conférence de presse depuis le G7 de Biarritz, diffusé sur BFT TV le 26/08/19
  • Musique officielle de la campagne de Jacques Chirac pour l’élection présidentielle de 1981
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Bibliographie

Dictionnaire de philosophie politiqueStéphane Rials et Philippe Raynaudpuf, collection Quadrige dicos poche, 2003

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