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Jean Paulhan (1884-1968)

Faut-il soutenir une thèse pour être reconnu ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Péguy, Paulhan, Barthes : aucun d’entre eux n’a soutenu de thèses. Ont-ils pour autant raté leur vie académique ?

Jean Paulhan (1884-1968)
Jean Paulhan (1884-1968) Crédits : CRÉDITHARCOURT - AFP

Saviez-vous que Sartre et Camus n'ont jamais soutenu de thèses ? Saviez-vous, aussi, que Mallarmé s'est lancé dans une thèse sur la linguistique pour calmer ses crises existentielles ? Et que Victor Segalen avait hésité entre un doctorat sur la médecine de l'Egypte ancienne et l'hystérie et l'hypnotisme chez Wagner ? 

On pourrait dire au fond que tout cela importe peu, que l'important, c'est ce qui reste, l'œuvre, thèse ou pas... et pourtant, la question est cruciale : jusqu'où la pensée, l'écriture et la méthode d’un auteur doivent-elles avoir affaire avec l'université, ses codes et son autorité ? 

Péguy, Barthes et avant cela : Paulhan, dont on vient d'entendre la voix... voici les trois figures choisies par Charles Coustille, dans cet ouvrage intitulé Antithèses (et qui était d'abord une thèse). Péguy, Barthes et Paulhan, trois figures pour mettre la littérature, lieu de la créativité, de la critique, du jeu et de l'affranchissement des normes, à l'épreuve du genre le plus académique et professoral qui soit : la thèse. 

Charles Péguy, par exemple, décide d'entreprendre (en 1909) une thèse sur « De la situation faite à l'histoire dans la philosophie générale du monde moderne » pour régler ses comptes avec la Sorbonne, sa vision scientiste, horizontale et plate de l'histoire. Thèse insoutenable, dans tous les sens du termes, bien sûr. Jean Paulhan, pour le citer à nouveau, lui, a mis plus de 35 ans... à ne pas faire de thèse, se perdant dans son sujet (« la sémantique du proverbe ») et se perdant, lui, comme sujet... 

Et c’est bien la question : comment écrire dans le cadre d'une thèse ? Pour qui, à qui ? Qui écrit ? Et sur quoi ? Et surtout, pourquoi : pour être reconnu, pour cocher les cases, par goût intellectuel, par plaisir ? Pour soi, pour les autres, pour la pensée ? Il ne s'agit pas d'opposer deux sphères déjà hermétiques (université Vs. écriture, même si l’on pense à cette tendance des écrivains à la misologie), mais de penser leurs relations : écrivains ou philosophes, qu'est-ce qui fait qu'on l'est à un moment donné ? L'institution avec ses étiquettes académiques, et l'université avec ses diplômes peuvent-elles, ont-elles, à légitimer un auteur ? 

Avec Charles Péguy et Jean Paulhan, Roland Barthes est la 3ème figure sur laquelle s'arrête Charles Coustille : après l'insulte thétique à la Sorbonne de l'un et les errances de l'autre, Barthes est celui pour qui la thèse est le lieu d'un désir contrarié... Le lieu ou plutôt le corps, tant Barthes a insisté, moins sur le sujet (il a autant travaillé Racine que la mode, et on ne lui connaît aucun thème de prédilection) que sur le corps d'une recherche : plus précisément, sur le corpus d'une recherche, sur sa matière et sur la manière dont il se fabrique et dont il sculpte, en retour, notre désir. 

La thèse ou le corps érotique pour Barthes, donc. Et là est le déplacement qu'il insuffle : on passe avec lui du sujet de la thèse au corps d'une thèse ; on passe de la question : jusqu'où l'université, l'académie et l'institution peuvent-elles décider de qui est écrivain ou philosophe, à celle-ci : jusqu'où peuvent-elles décider de ce que sont une écriture littéraire ou une pensée philosophique ? Après pourquoi et pour qui écrit-on, c'est donc cette question du comment, d'une écriture ni scolaire ni purement créative, mais entre les deux : comment se jouer des règles d'une thèse ? Comment questionner, critiquer et rendre subjectif un travail qui doit aussi accepter des codes extérieurs et arbitraires ? 

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