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Qu’est-ce que la vigilance ?

Qu’est-ce que la vigilance ? 1/2

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Après la tuerie de la Préfecture de Police, Emmanuel Macron a appelé à "bâtir une société de la vigilance" face à "l’hydre islamiste". Notion philosophique proche du concept d’attention, elle suscite l'inquiétude. Pourquoi la vigilance comme principe de société pose-t-il problème ?

Qu’est-ce que la vigilance ?
Qu’est-ce que la vigilance ? Crédits : George Peters - Getty

Lors de son hommage, mardi dernier, aux victimes de la tuerie à la Préfecture de Police, le président de la République a donc appelé à « bâtir une société de la vigilance » face à « l’hydre islamiste ».
La vigilance est une notion presque absente du corpus philosophique, mais qui est pourtant proche du concept d’attention. Elle a immédiatement suscité les commentaires inquiets : serions-nous en train de tomber dans les dérives de la surveillance ? Entre le simple souci porté à autrui et son contrôle obstiné, où situer la vigilance ?  

Peut-on être en vigilance permanente ? 

En appelant à une « société de vigilance », Emmanuel Macron a mis la lumière sur une notion jusque-là peu utilisée, en tout cas en politique.
La vigilance définie comme la « surveillance attentive et soutenue », était jusque-là plutôt utilisée pour nous mettre en garde contre la canicule ou les orages, ou par les médecins pour décrire l’activation du cortex cérébral pendant la phase de veille.
Autrement dit, on avait recours à ce terme à des moments bien précis : d’éveil ou de danger.
Installer la vigilance sur la durée, en faire une habitude, une manière de vivre en société, la transformer en état, semble presque contre-nature, impossible. Imaginez : nous serions tout le temps en état d’alerte, sans cesse sur nos gardes, à guetter la moindre menace, à interpréter le moindre signal… 

Et pourtant, il faut le dire : Macron n’a fait que formuler ce qui est déjà dans l’air du temps, présent en chacun de nous : faire attention à tout. 

Depuis les attentats de 2015, ou même avec la propagation de la haine sur Internet ou le mouvement Metoo, nous sommes déjà et sans y être clairement appelés, attentifs à tous ces petits gestes ou grands symboles qui menacent chacun d’entre nous.
Attitude légitime, naturelle même pour survivre, pourquoi élever la vigilance au rang de principe de société pose-t-il pourtant un problème ? 

La vigilance est-elle une attention accrue ?

Avec son discours, Emmanuel Macron a donc dit à voix haute et officielle ce qui était déjà diffus dans l’espace public, mais il s’est aussi inscrit dans tout un état d’esprit intellectuel : le questionnement de l’attention. 

Plusieurs essais, comme Contact de Matthew Crawford ou La civilisation du poisson rouge de Bruno Patino, déplorent en effet notre perte d’attention dans un monde où celle-ci est déjà tout le temps mobilisée, par Internet ou les informations continues.
Fatigués par cette constante animation, nous sommes pourtant appelés à redoubler de vigilance, mais comment faire si l’on est déjà assaillis par le flux du monde ? 

Car il y a, comme je l’ai dit, le problème d’établir sur la durée une attitude temporaire et circonstancielle, il y a celui de devoir redoubler une attention qui est déjà sollicitée, mais au fond, il y a, et tout concourt à cette bizarrerie : un problème même sur ce qu’on entend par vigilance. Car celle-ci ne consiste pas être plus attentif, curieux, ou à mieux porter attention à l’autre, par souci…
La vigilance est plus que l’attention, que la philosophe Simone Weil définissait la « suspension de sa pensée », proche de l’éveil oriental, vide et disponible à l’objet sans avoir à utiliser ses connaissances, elle en est même le contraire : non pas disponible mais sans cesse préoccupée, pleine d’informations à mobiliser pour se protéger du monde et de certains en particulier. 

Comment est-on passé naturellement d’une culture de l’attention, bonne ou mauvaise, à une politique de la vigilance qui en est le contraire ?
Et comment être attentif sans tomber dans la vigilance ? C’est le philosophe Matthew Crawford qui nous donne la réponse dans Contact en partant de son expérience de motard : pour lui, regarder le danger est précisément ce qui nous fait buter dans le danger, alors que regarder au-delà nous permet au contraire d’y faire attention, de l’éviter, sans en avoir fait le but de notre voyage. 

Sons diffusés :

  • Extrait du discours d'Emmanuel Macron, hommage aux victimes de la tuerie à la Préfecture de Police, BFM TV, 08/10/2019
  • Vidéo de présentation du dispositif Voisins vigilants, disponible sur le site La Banque des Territoire
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